Jusqu’au 27 mars au théâtre de la Ville
Très attendu, Casimir et Caroline, le premier spectacle mis en scène par Emmanuel Demarcy-Mota depuis qu’il est directeur du Théâtre de la Ville laisse de marbre : un texte d’Ödön von Horváth servi par une belle distribution – Hugues Quester et Sylvie Testud en tête - et une mise en scène sans faille, mais qui manque d’émotion.
C’est l’histoire d’une séparation : Casimir, qui vient de perdre son boulot de chauffeur, se rend avec Caroline à la fête de la bière de Munich. Casimir est irascible, et Caroline se demande si, pour réussir dans la vie, elle ne devrait pas se lier avec des hommes d’influence, même si cette influence se réduit à la faire progresser de quelques échelons sa carrière d’employée de bureau. Leur deux destinées ne s’annoncent pas roses, surtout que l’affaire se passe en 1932. C’est ce sentiment de désespérance, renforcée par la joie factice propre à la fête foraine, que le spectacle met en évidence. La pièce d’Odon Von Horvath ne dit pas autre chose.
Ce qui pose question, c’est le regard qu’Emmanuel Demarcy-Mota porte sur ses personnages. Le fait que Caroline soit magnifiquement incarnée par Sylvie Testud, que Thomas Durand soit un Casimir plein d’allant, n’y change rien : la mise en scène – sa première en tant que nouveau directeur du Théâtre de la Ville- trahit un point de vue qui ressemble à celui qu’un entomologiste porte sur ses insectes. Les attractions figurées brillamment sur le plateau donnent à la scénographie un tour expressionniste, ce à quoi renvoient aussi les extraits de films (représentant des visages sur-expressifs tels ceux que filmait Pabst), contemplés par les héros lors de leur séance de cinéma. L’émotion qui se dégage de ces images prises hors contexte rend d’autant plus criante l’absence de toute émotion dans la représentation du destin de Casimir et de Caroline.
Scénographie expressionniste
D’autres films sont projetés sur le fond de scène : on y voit les nacelles des montagnes russes, et leurs occupants en plans rapprochés. La taille du plateau fait que depuis la salle, nous voyons en petit des acteurs réels, et en grand, ces visages filmés. Tout se passe donc comme si la distance créée entre le spectateur et les personnages d’Horvath était partiellement compensée par le sentiment de proximité avec les émotions qui les imprègnent, ainsi représentées métaphoriquement.
Le reste du temps, c’est pourtant la froideur qui domine : que Hugues Quester, en minable séducteur, joue en retrait, cela se comprend, mais que le décor soit aussi écrasant, qu’il traduise avec force échafaudages et toboggans géants la déchéance des personnages et de la collectivité tout entière, cela en rajoute une autre couche dans la déshumanisation des personnages. Pour finir, de grandes grilles se dressent qui désignent à la fois la séparation des fiancés et l’enfermement des personnages dans leur idéaux petits-bourgeois. Tout cela donne un espace parfaitement maîtrisé, une mise en scène sans faille, mais un spectacle qui laisse de marbre.

Casimir et Caroline d’Ödon von Horvath, mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota. Avec Sylvie Testud, Thomas Durand, Hugues Quester.
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