A quoi ressemble une manif geek ? Pour en avoir le coeur net, Flu est allé assister au rassemblement organisé devant le Palais Bourbon en opposition à la loi "Création et Internet". Compte-rendu.


- Sur le forum : Loi Hadopi, protection des auteurs ou entrave aux libertés individuelles.

L’appel a été lancé à la va-vite mercredi soir à l’Assemblée par le député PS Didier Mathus : "Jeudi 12 mars, 18 heures, manifestation anti-Hadopi devant l’Assemblée". Le mouvement hésite. Premiers commentaires sur les sites mobilisés, un groupe Facebook se crée… Finalement, la manifestation aura bien lieu, à 18h30.

"Je pourrai dire à mes enfants que quand on a détruit la liberté sur Internet, j’étais là."

18h00. Personne. C’est raté, l’effet réseau de la toile semble ne pas avoir fonctionné. Christine Albanel avait donc raison ? Les geeks sont incapables de sortir de leur garage…
18h05. D’un pas hésitant, casque aux oreilles, tout de noir vêtu, un premier candidat approche, puis d’autres le rejoignent. Ils sont maintenant une demi-douzaine, habités par l’orgueil du désespoir : "On va vraiment être 5 gus à sortir de notre garage", sourit l’un d’eux. Le débat commence en cercle. Tous pensent que la loi va être adoptée. "Elle passera comme une lettre à la poste. Puis elle sera retoquée par le Conseil Constitutionnel", annonce le visionnaire de la bande. Pourquoi être venu alors ? "Même si ça ne change rien, je pourrai dire à mes enfants dans 15 ans que quand on a détruit la liberté sur Internet, j’étais là", confie un informaticien qui participe à sa première manif.

18h30. Entre le temps du dépit où la lutte semblait vaine et celui de la satisfaction d’être là malgré tout, de nombreux geeks ont pointé le bout de leur nez. Ils sont une trentaine à se diriger vers la place du Palais Bourbon derrière l’Assemblée. Sans l’avoir prévu, la troupe se fond alors dans une foule plus grande. Peut-être 150 au total (35 selon la police), c’est inespéré. "C’est surtout à l’appel de tous ceux qui en ont marre qu’on nous présente un truc pour défendre la création artistique, alors qu’en réalité c’est pour défendre les intérêts économiques de grands groupes industriels", explique Victor, un des militants du MJS (mouvement des jeunes socialistes) qui participe à un happening. "Télécharger, c’est notre liberté des millions de gus, dans les garages", scandent les jeunes socialistes devant l’imposant bâtiment où se déroule le débat parlementaire.

19H00. L’ambiance est bon enfant, ce qui n’empêche pas les CRS de débouler, par peur peut-être d’un black out organisé contre l’Assemblée. Aucun débordement n’aura lieu, le combat reste verbal : "Quand les 2/3 d’une classe d’âge se déclarent pirates, on ne peut pas les punir, ça n’a pas de sens", se désole Hervé, citoyen et blogueur à ses heures.

Après une heure et demi de mobilisation, des papiers roses circulent de mains en mains. Ce sont des invitations pour suivre le débat en direct dans l’hémicycle. Intéressés, de nombreux geeks passeront donc la nuit sur les bancs de l’Assemblée. Du garage à l’amphithéâtre citoyen, les accrocs de l’écran ont finalement réussi leur première sortie dans le monde réel.

Photos : Emmanuel Haddad pour Fluctuat (dr)
Emmanuel Haddad