Hasards du calendrier : l'Oncle Vania » de Tchekhov se joue en ce moment dans deux théâtres à Paris. Aux Bouffes du Nord, Claudia Stavisky en donne une version très lisse, parsemée des morceaux de bravoure des stars de la distribution Philippe Torreton et Didier Bénureau. Au théâtre de la Bastille, le collectif « Les possédés » se livre à une relecture plus fantaisiste, plus tonique, mais trop sage, malgré tout.


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Aller assister à une nouvelle déclinaison de l’ennui de la bourgeoisie russe provinciale ? Pas une perspective véritablement enthousiasmante, surtout lorsqu’on se souvient des versions paroxystiques de La Mouette, Ivanov et autre Platonov qu’en avait donné Éric Lacascade au début des années 2000, et que l’on doute que les mises en scène annoncées soutiennent le choc. Nous sommes cependant allés voir les deux spectacles de Tchekhov en ce moment à l’affiche et en avons conclu : primo, qu’il est bien triste qu’Oncle Vania ait raté sa vie ; secundo, que l’on peut se risquer à un exercice de comparaison…

Soient deux théâtres, totalement différents par leur public et leur programmation, qui présentent en même temps une des plus célèbres pièces de Tchekhov, Oncle Vania. L’intrigue est connue : dans une maison de campagne, Alexandre, un vieux professeur et son épouse, Elena, sèment la zizanie et le désespoir autour d’eux : la belle-mère d’Alexandre, sa fille, Sonia, son beau-frère Vania, ont sacrifié leur vie pour lui sans que cela n’ait jamais pesé sur sa conscience de vieil égoïste. Sa jeune épouse, quant à elle, regrette son mariage et fait, involontairement, tourner les têtes de Vania et du docteur, Mikhaïl Lvovitch, dont Sonia est amoureuse.

Vania fantaisiste...
Cela pourrait être un vaudeville, mais c’est une tragédie parsemée de cocasseries. Cela, le collectif des Possédés l’a bien vu. Formés à l’école du TG Stan, ses membres en ont les qualités, mais aussi les défauts. Le travail d’improvisation donne à l’ensemble un brin de fantaisie et beaucoup d’énergie dans les moments forts de la pièce. En revanche, l’absence d’une lecture d’ensemble, cohérente, de ce que dit le texte et de ce à quoi devrait ressembler un tel spectacle se traduit par de grands vides : il ne se passe plus grand-chose lorsque les personnages sont assommés par l’ennui qui pèse sur leur vie. Rendre palpitant de tels moments est une gageure, mais c’est précisément là que réside le propre de l’écriture tchékhovienne et ce sur quoi la plupart des spectacles achoppent.

ou Vania prévisible...
Quant à la mise en scène de Claudia Stavisky, elle n’échappe pas, et de loin, à ce constat et aligne les poncifs qui traînent dans la tête de tout un chacun dès qu’on évoque le nom de Tchekhov : bouquet de roses et nostalgie sont au rendez-vous, tout comme la vieille servante radoteuse qui dévide une éternelle pelote de laine. Elena est belle et languissante comme il se doit, Didier Bénureau et Agnès Sourdillon se démènent comme ils peuvent pour s’extraire de ce marasme esthétique. Mais celui qui sauve l’ensemble est Philippe Torreton qui a fière allure dans son costume en bleu de chauffe et avec sa dégaine d’homme des bois, au point que l’on comprend pourquoi cette petite écervelée d’Elena s’entiche un moment de ce sauvage, misanthrope et végétarien.

Sensible ou rustre ?
Pour clore la comparaison, précisons qu’au sein du collectif des Possédés, David Clavel campe un Vania dont la fureur hystérique est à la mesure de son désespoir et Nadir Legrand fait d’Ilia Ilitch dit La Gaufre, un être sensible et un personnage à part entière. Alors que, sous la direction de Claudia Stavisky, Jean-Pierre Bagot en donne une caricature de paysan russe mal dégrossi, que l’on voit arpenter le gravier des Bouffes du Nord, chemise de bûcheron à carreaux et casquette assortie.


Oncle Vania d'Anton Tchekhov, mise en scène de Claudia Stavisky. Jusqu’au 3 avril au Théâtre des Bouffes du Nord. Avec Didier Bénureau, Jean-Pierre Bagot, Marie Bunel, Joséphine Derenne, Agnès Sourdillon, Philippe Torreton, Georges Claisse, Maria Verdi.

Oncle Vania de Anton Tchekhov, mise en scène Rodolphe Dana et Katja Hunsiger. Théâtre de la Bastille jusqu’au 29 mars 2009. Avec Simon Bakhouche, Katja Hunsiger, Marie-Hélène Roig, Michelle Farges, Davod Clavel, Rodolphe Dana et Nadir Legrand.

Crédits photo :
1 et 3. Oncle Vania, mise en scène de Claudia Stavisky © Christian Ganet.
2. Oncle Vania mis en scène par les Possédés © Christophe Paou.

Julie de Faramond



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