A Dharamsala, le peuple tibétain en exil commémore les 50 ans du soulèvement du 10 mars 1959 contre la Chine. Un anniversaire à haut risque pour les mouvements contestataires locaux… Retour sur un demi-siècle de conflits.

Un an après les émeutes de Lhassa, durement réprimées par les autorités chinoises à quelques mois des Jeux Olympiques de Pékin, la situation du Tibet demeure dans l'impasse. Contrôles de police, apparition de campements militaires fortifiés, coupure de connexion internet, le pouvoir central est sur le pied de guerre. Autant de signes que la commémoration du 10 mars 1959 se prépare. A l'occasion de ce funeste anniversaire, Flu revient sur les épisodes majeurs de la contestation tibétaine.

10 mars 1959 – Lhassa s'insurge

Le 10 mars 1959, ou Jour du soulèvement tibétain, 300.000 tibétains se massent autour du palais du dalaï-lama, menacé d'enlèvement par les autorités chinoises. Le lendemain, le gouvernement tibétain proclame l’indépendance. Telle la Commune de Paris, les tibétains posent barricades et fortifications autour de Lhassa, prêt à résister à l’armée chinoise. La suite, c'est une répression féroce des autorités chinoises où 87.000 tibétains sont tués selon le gouvernement tibétain en exil... Et le 14ème dalaï-lama est contraint de s’exiler à Dharamsala. Depuis, la commémoration de cet révolte mort-née est un évènement marquant de la résistance tibétaine à l'occupation chinoise...

Le Tibet sous contrôle
En octobre 1987, une manifestation pacifique dans la région autonome du Tibet tourne à l’affrontement et une dizaine de tibétains sont tués. Pour une fois, des photographies clandestines démentent la version officielle des autorités chinoises selon qui ce sont les tibétains qui ont déclenché les hostilités.

Le dalaï-lama proteste… de loin
Depuis Dharamsala en Inde, le chef spirituel en exil continue à lutter pour améliorer le sort de sa population. 30 ans après le soulèvement, le dalaï-lama dénonce "une solution finale" chinoise au Tibet, et appelle la communauté internationale à venir en aide à son peuple.

Le 10 mars ou l’histoire sans fin
Le 7 mars 1989, en réaction à des manifestations au Tibet, Hu Jintao, le secrétaire du PC chinois pour la région autonome, proclame la loi martiale. 450 tibétains seront tués lors de la répression chinoise selon un ancien journaliste chinois. Des informations confirmées par le quotidien anglais The Observer.
Le 10 mars 2008, le face à face dérape. 300 à 400 moines tibétains défilent dans les rues de la capitale Lhassa pour demander la libération de moines emprisonnés en 2007. D’autres moines et étudiants se joignent à eux dans un sittting. Les autorités chinoises les dispersent par la force et procèdent à des arrestations. Cette fois, la répression chinoise déclenche un mouvement de violence sans précédent depuis celui de 1959. Attaque de boutiques chinoises, affrontements avec la police, les "citoyens ordinaires" de Lhassa se font entendre. Un témoin interrogé par CNN témoigne d’ "une violence organisée ciblée contre un groupe ethnique, ou devrais-je dire deux groupes ethniques, essentiellement l'ethnie Han chinoise vivant à Lhassa, mais aussi les membres de la minorité musulmane Hui à Lhassa". Trois mois avant le début des J.O, ces émeutes tibétaines ont provoqué les foudres de Pékin et un soutien massif en occident. Pékin qui a répliqué avec des tanks, tout en glosant d’un complot anti-chinois mené par la "clique du dalaï-lama".

Depuis, selon Matthieu Ricard, l’interprète français du dalaï-lama, "le régime de terreur installé en mars dernier s’est prolongé de façon silencieuse". Face à la traque du dalaï-lama et de sa clique, à l'origine des émeutes selon les autorités chinoises, le moine bouddhiste français rappelle que "le dalaï lama a dit des milliers de fois qu’il ne demandait pas l’indépendance du Tibet, mais l’autonomie". Mais, face à la modération de leur chef spirituel, les groupes tibétains radicaux qui s’apprêtent à commémorer le 10 mars 1959 à Dharamsala semblent avoir perdu patience.

Emmanuel Haddad





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