Malgré la semi clandestinité dans laquelle le confinent les différentes législations nationales, le ciné porno entame le nouveau millénaire en bonne santé. Vite accoutumé à Internet, il va en faire l’instrument privilégié de sa diffusion. Première industrie mondiale du divertissement (avec celle de la musique), il devient le premier centre d’intérêt des internautes du monde entier.

Et si l’Age d’Or du cinéma pornographique commençait avec le nouveau millénaire ? Après avoir vécu une naissance difficile dans les années 1970, une croissance contrariée puis favorisée par l’apparition du VHS et de la télévision par câble dans les années 1980, et une production en augmentation constante grâce à la baisse des budgets due à l’apparition du gonzo et à l’arrivée sur le marché des filles de l’Est, l’industrie du X aborde les années 2000 avec une satisfaction d’autant plus considérable que la dernière invention à la mode lui convient tout à fait : Internet. Très vite, les sites de vente par correspondance apparaissent, les listes d’échange, les banques de données, puis les sites mettant à disposition un contenu d’abord repiqué d’autres supports, ensuite original (webcams, films tournés spécialement pour le site, etc.). Leur multiplication et leur succès est si important que, très vite, les spécialistes estiment que le porno constitue la majeure partie du contenu disponible sur Internet, et concerne l’écrasante majorité des connexions. Au départ le fait de francs-tireurs, le web deviendra très vite le premier souci des plus grandes entreprises du cinéma porno : en 2006, le site le plus visité au monde est ClubJenna.com, le site de la superstar Jenna Jameson.

Same players play again

A côté d’Internet, les DVD, qui ont rapidement remplacé les VHS, poursuivent l’histoire apparue dans les années 1990. D’une part, un hard sans façon et sans fioriture dévidé à longueur de série par des acteurs-réalisateurs qui osent les gang-bangs les plus visqueux ; de l’autre des films toujours plus chers et toujours plus luxueux, que les grands studios promeuvent avec énergie sur Internet. Champions des premiers, les productions Red Light District trustent les hit-parades des meilleurs ventes en alternance avec les péplums de Antonio Adamo pour Private, ou les adaptations de grands succès du box-office mainstream, comme Star Wars, ou Pirates des Caraïbes – voire même, phénomène nouveau, les remakes de classiques du X (comme la version de The Devil in Miss Jones de Paul Thomas). Mais, de plus en plus, le gonzo devient une sorte de terrain d’entraînement où les nouvelles starlettes font leurs gammes (et testent leur résistance) avant d’aborder les grosses productions – ou à l’inverse du rattrapage quand les nouvelles venues les en ont chassées. Ainsi, dans le premier cas, de Teagan Presley, vedette de l’adaptation porno de Pirates des Caraïbes ; et, dans le second, de Rita Faltoyano, ancienne vedette de la trilogie Gladiator de Antonio Adamo.

Le retour de la loi

Aujourd’hui, le succès considérable que rencontre le porno sur la Toile aussi bien qu’en DVD, ainsi que le côté forcené de certaines productions gonzo, commencent à faire grincer des dents. Après une décennie de paix relative, certaines activistes féministes remontent, via les tribunaux, à l’assaut du cinéma porno, aidées en cela, aux Etats-Unis, par l’administration néo-conservatrice de George W. Bush. Dans le même temps, en France, un décret adopté en 2001, à la suite de l’affaire Baise-moi, et semblant contribuer à une inflexion inverse (en faveur d’un assouplissement du régime d’exception imposé au porno), est redressé en 2005 par un amendement augmentant la charge de TVA sur la location et la vente de produits pornographiques ou très violents, les uns étant assimilés aux autres. Ces mesures n’ont toutefois pas semblé affecter le marché, devenu il est vrai de plus en plus volatile et mondialisé, ni d’ailleurs l’opinion des consommateurs, toujours aussi friands de stars et de starlettes. Que ce soit dans les boîtes branchées, dans les magazines people et même dans les journaux mainstream (une page entière sur Jenna Jameson dans le New York Times lors de la publication de son autobiographie), ils ont désormais une place à part entière dans la pop culture.

Illus. Baise-moi de Virginie Despentes
Laurent De Sutter




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