Courtney Love en pieta, Paris Hilton en ultime icône moderne et des barbies en tchador sous les moulures d’une institution classique, la vénérable Monnaie de Paris : bienvenue dans le monde baroque, pop et toc de David LaChapelle, qui à grand renfort de couleurs pétaradantes, de figures kitsch et de people barrés dénonce les obsessions et autres grands pêchés du monde contemporain…


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Faut-il s’émouvoir de la présence entre les murs de la vénérable Monnaie de Paris des œuvres tour à tour kitsch et toc de David Lachapelle, comme certains l'ont fait quelque mois face à l’exposition Jeff Koons sous les ors de Versailles ? Pas franchement. D’abord parce que le petit monde de David LaChapelle n’est pas si scandaleux que ça et que ce qui pouvait faire office d’ultime provocation, voilà quelques années encore, apparaît aujourd’hui, au mieux gentillet, au pire tapageur et un peu décadent. Ensuite, parce que la Monnaie de Paris, institution séculaire et un brin poussiéreuse, s’ouvre, depuis peu, à l’art contemporain, ce qui est plutôt une bonne chose. Bien sûr, il a fallu pousser les murs, jouer des coudes dans des espaces parfois un peu étriqués, oser des accords singuliers dans des pièces où lustres, boiseries, moulures cohabitent pour quelques mois avec des couleurs pétaradantes. Mais tout cela fait souffler un vent frais bienvenu.

People, etc

Cette exposition-événement, qui fait le plein depuis son ouverture, est la plus vaste et la plus complète rétrospective jamais consacrée en France à l’artiste, avec près de 200 photos présentées au fil de treize sections thématiques. Alors, qu'y voit-on ?

Des people, beaucoup. Paris Hilton en icône ou arrêtée par la police, Courtney Love en pieta, portant dans ses bras un Kurt Cobain ensanglanté, la transexuelle Amanda Lepore sniffant des rails de diamants, Lil’Kim avec le logo Vuitton tatoué sur tout le corps, Cameron Diaz dans une maison de poupées, Angelina Jolie dans un champ, Elizabeth Taylor revisitée façon Andy Warhol, Faye Dunaway offerte à une foule de fans en délire...

David LaChapelle, coutumier de la photo de mode, met en scène les stars et leurs travers, leur goût pour l’exhibition et le corps féminin comme objet mercantile. La starification à outrance, la vacuité qui se cache sous une patine glamour, un des grands pêchés contemporains dénoncés via l’objectif du photographe américain. Il y en a bien d’autres…

Consumérisme à outrance

La course au profit, la perte des valeurs et de la spiritualité, la présence incontournable de la publicité et le consumérisme à outrance : voilà ce que l'on retrouve sur quasiment chacun des clichés signés LaChapelle. Une série de voitures écrabouillées façon César pour dire les dérives du luxe et de l’argent, encore une fresque revisitant le Déluge – LaChapelle est fasciné par Michel-Ange : le champagne coule à flots et une bande d’éphèbes et de poupées s’accroche aux vestiges de la société de consommation. Une enseigne de Starbuck’s coffee ici, une autre de Burger King là, encore un caddie de supermarché, un ordinateur... Un autre déluge, de sang et de cendres met en présence Jésus et des soldats sur le front. En lettres capitales, le mot « Holy war ». La guerre, ce n’est pas bien !

Ce sont aussi des visions d’apocalypses en rafale, qui dévoilent des paysages dévastés par des catastrophes naturelles ou technologiques et où, à chaque fois, des créatures immaculées traversent le théâtre du désastre sans broncher. Mention spéciale à la série « Souvenirs d’Amérique ». Sur des photos achetées d’occasion achetées un peu partout dans le monde, LaChapelle a inséré des personnages improbables, un bellâtre type Ken de Barbie, un homme armé ou un noceur bien éméché. Le rêve américain sur le déclin... Quel que soit le lieu, la cause, cette humanité-là panse ses plaies.

La forme, qui ne s’interdit pas parfois un aspect tarte à la crème dégoulinante, est souvent spectaculaire, quoi qu’en dise Gianni Mercurio, le commissaire de l’exposition qui assure sans rire : « Le style est le dernier des soucis de David LaChapelle » ! Les messages, susurrés ou martelés au gré des 200 clichés, lorgnent souvent vers les bons sentiments.

Le photographe, né en 1963, publié à 19 ans par Andy Warhol, et marqué par le sida qui lui a enlevé nombre de ses proches, mais l'a épargné, dit avoir depuis ouvert « une brèche vers l’espoir ». Il invite le public à chercher l’illumination dans ses photos. Illuminé, pas de doute, lui l’est.

Rétrospective David LaChapelle, à la Monnaie de Paris, jusqu’au 31 mai 2009.

Illustrations :
1. Naomi Campbell: Bon Apetite, 1999 © David LaChapelle
2. Paris Hilton: Hi Bitch, Bye Bitch, 2004 © David LaChapelle
3. Xenophobia, 1997 © David LaChapelle

Nedjma Van Egmond



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Jeff Koons à Versailles

Sur le web :
- Le site de la Monnaie de Paris



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