Curtis James Jackson III revient pointer le bout de la casquette dans un jeu à sa gloire, trois ans après le très mauvais Bulletproof. Plus musculeux et ordurier que jamais, le voilà maintenant exilé au Moyen-orient, où tuer de sang froid soulèvera moins d’objections qu’à New York.
Poussé dans le dos par un scénario sur mesure, secondé par ses homies, 50 Cent est chez lui, et il met les pieds sur la table. Sans civilités et non-civilisé, Blood on the sand se voudrait à l’image de son héros. Si seulement.

50 Cent est avant tout un businessman d’exception, et lorsqu’un organisateur oublie de faire le virement de 10 millions de dollars qu’il attendait après un concert au moyen-orient, c’est l’arme au poing qu’il va s’arranger à l’amiable. Acculé sans préliminaires, l’homme lui donne en échange un crâne incrusté de diamants en guise de compensation.
Ne résistant pas aux charmes du bling de bon goût, Fifty accepte et repart en maugréant. Sur le trajet du retour, son convoi est attaqué par les mercenaires d’un certain Kamal, durant lequel une mystérieuse jeune femme dérobe le crâne. Courroucé parce que naturellement irritable, Fifty se lance à la poursuite de son crâne, prêt à raser la moitié du pays pour sa breloque raffinée. Que le carnage commence, homies.

Dans l’univers de 50 Cent, chaque homme est un motherfucker et chaque femme une bitch. Pas de demi mesure pour Curtis, qui vitrifie l’air à coup de F-Bomb et d’arme automatique. Blood on the sand a tout du buddie movie, avec un soupçon de Rois du désert pour l’intrigue crapuleuse. Le propos du jeu divisera plus profondément les fans et détracteurs du gansta-rap, dans le sens où il fait l’apologie du matérialisme, du machisme et de la violence décérébrée. Entre les exécutions sommaires et le caractère ultra-belliqueux de Fifty, la poudre monologue du début à la fin.

L’univers du rappeur est néanmoins transposé avec fidélité, de la modélisation aux voix, sans oublier l’accoutrement et la bande-son. Pour un jeu dédié au culte de la personnalité, on voit surtout un culte du personnage. Tout y est stéréotypé, des veines stéroïdées qui palpitent sur la peau de Fifty aux one-liners de ghetto noir, Blood on the sand sert le street cred du rappeur en développant son mythe d’übermensch en kevlar.

Entre Gears of war et The Club

Alors que Bulletproof reprenait les ficelles de Max Payne, en introduisant du corps à corps en QTE, cette itération lorgne du côté de Gears of War et The Club. Le système de couverture ressemble pour beaucoup au premier, et la fièvre du score s’inspire du second.

Le cache-cache derrière les pylones n’est pas aussi fluide que le modèle, mais fonctionne assez bien, sans pourtant s’épargner les défauts du principe. Les affrontements tournent à la fusillade alternée, où l’on attend sagement que le pigeon d’argile remue la tête pour le plomber. Avec un débit d’ennemis aussi énorme que celui de Blood on the Sand, la lassitude s’installe rapidement. C’est pour cela que les concepteurs ont recours au score pour redynamiser le cours du jeu.

Tuer en combos, remplir des mini-missions et récolter des objets cachés font partie des gonfleurs de score nécessaires pour améliorer sa note et débloquer des bonus. En bon fan service, ces bonus sont des clips de Fifty, des artworks du jeu et des cheats codes. Une décision de hiérarchie assez pénible fait que les cheats ne sont accessibles que si l’on maîtrise le jeu, ce qui n’a plus trop de sens quand on est déjà en haut de la chaîne alimentaire.

Le mélange entre Gears of War et The Club donnent ainsi à Blood on the sand assez d’inertie pour tenir neuf actes sans s’endormir sur la manette. Le nombre d’explosions à la minute, les vagues d’ennemis et l’armement impliqués parviennent à assurer le spectacle.
Néanmoins, le spectaculaire du jeu a trop souvent recours aux mêmes ficelles, ou aux tours de main éculés des titres concurrents. Les combats de Boss se résument à abattre un chopper au lance-roquettes, fourni avec ses munitions dans le même tableau que le duel. Ce manque de dramatisation se retrouve dans le chapitre final, très court, dont le but est de passer des checkpoints pour récupérer son bien. Une cinématique assez minable conclue un non-affrontement et baisse le rideau sur un jeu qui n’a pas pris le temps de singulariser ses évènements.

On ne peut qu’être déçu par le manque d’ambition qui caractérise la mise en scène et la trame de Blood on the sand. Les adversités sont très surmontables, les personnages secondaires sont mal faits et transparents, le but ne dévie jamais de sa trajectoire en ligne droite.

Par ailleurs, la difficulté est ridicule. On trouve très tôt des armes trop puissantes pour les obstacles rencontrés, et la jauge de vie régénérative de Fifty n’a d’égale que son endurance à toute épreuve. A vouloir le rendre à l’épreuve des balles, on en a tué le challenge. Les rares fois où l’on meurt sont dues à des néglicences, ou à des manques de lisibilité. Les dégats des ennemis semblent souvent aléatoires puisqu’on pourra traverser sans égratignure un passage où l’on s’était auparavant fait cribler en trois secondes.

Dérision inattendue

Malgré une dynamique de progression artificielle et un scénario plus court qu’une blague Carambar, Blood on the sand bénéficie de graphismes qui exploitent plutôt bien l’Unreal Engine, sans vraiment subir de ralentissements. Le mode coop est lui aussi assez bien fait, bien que sommaire. Le manque de personnalité dont souffre le cadre et les seconds rôles, la faiblesse narrative, sont en fin de compte les conséquences d’un jeu centré sur Curtis jusqu’à saturation. Il est glorifié jusqu’au point où tout devient anecdotique, où l’icône atteint le point d’auto-suffisance.

Blood on the sand sert la soupe à Fifty, avec une dévotion qui n’est toutefois pas inconditionnelle. On voit poindre une dérision inattendue, des intentions de briser le 4e mur. A un moment, le partenaire de 50 Cent lui demande comment leur contact, un vendeur d’armes, va pouvoir leur livrer du matériel, alors que le téléphone public qui permet de faire les transactions se trouve dans un cul de sac enflammé, au coeur d’une forteresse ennemie.

Les remarques absurdes se doublent de commentaires sarcastiques, comme lorsque ce même partenaire fait remarquer à Fifty que la métaphore de son one-liner est stupide. Par bribes, on comprend qu’il y a un conflit d’intérêt entre premier et second degré, entre Fifty et le monde qui l’entoure.

Blood on the sand est obligé d’être premier degré. Il est l’étendard de la franchise 50 Cent, qui lui-même ne peut pas se permettre ni auto-dérision, ni faiblesse. Il est le représentant de sa marque et de son culte. Il est enfermé dans un personnage qui n’a pas le droit de dévier de son rôle, au risque de perdre son aura. C’est cette limitation qui finalement fait de Blood on the sand un jeu à mi-chemin de tout, castré par son premier rôle.
Pas assez mauvais pour qu’on lui crache au visage, mais pas assez bon pour être chaudement recommandé, c’est un jeu handicapé par la préservation d’un mythe, au détriment de son contenu.

Blood on the sand a raté l’opportunité d’être un produit de Série B intelligemment crétin. Il est ainsi à l’image du personnage marketé par 50 Cent, caricatural et dénué de recul, un show-man dont la grandiloquence masque la vacuité de son propos. Malgré lui, malgré tout.

50 Cent : Blood on the sand
Développeur : Monumental Manchester
Editeur : THQ
Sortie en France : 20 février 2009

Rémi Vermont




- Consultez les fils Xbox 360, PS3, Sony, Microsoft et Musique et jeu vidéo


• Sur Chamboultout, le blog jeux vidéo
Le Noël de Monsieur Flu : Branché, osé, fauché et plus si affinités Le Noël de Monsieur Flu : Branché, osé, fauché et plus si affinités
La période de Noël est généralement celle où je me serre la...
Recherche Bullshit : La similarité cérébrale entre drogué et gamer Recherche Bullshit : La similarité cérébrale entre drogué et gamer
Des chercheurs coréens viennent de démontrer par l'image...
Brèves de Paddle : Shigeru Miyamoto Brèves de Paddle : Shigeru Miyamoto
Shigeru Miyamoto , Game Designer, Hache Dé Menu...
Captain Forever Captain Forever
Ma principale frustration dans les shooters, c'est de...
Brèves de Paddle : Jon Burton Brèves de Paddle : Jon Burton
Jon Burton , Fondateur de Traveler's Tales , Go-go-Burton...

• Sur le forum Jeux Vidéo

Recherche ami pour jouer à Animal Crossing...Site pour acheter Wii le moins cher!Quelques questions sur WOWles sims 33Balls (2)