Chrétiens évangélistes, catholiques fondamentalistes ou musulmans dogmatiques, les défenseurs de la théorie de la création s'entendent sur un point : le monde est l’œuvre de Dieu. Au delà de ce postulat de base, les écoles s'affrontent entre créationnistes "jeune terre", "vieille terre" et les défenseurs du dessein intelligent. Tour d'horizon.

Créationnistes "jeune terre"
La Terre a 6 000 ans d’âge et a été créé en six jours de 24 heures. Les dinosaures, à l’origine herbivores comme le reste du règne animal, étaient contemporains de l’Arche de Noé. Neandertal est un sapiens comme les autres qui a vécu à l’époque des pyramides. Bref, le monde tel que nous le connaissons serait figé depuis sa naissance et de signature divine. Voilà, en substance, la thèse défendue par les créationnistes tendance "jeune terre".

"Nous prenons les textes comme la Genèse littéralement. Ce qui est écrit est écrit et ça veut dire ce qui est écrit", explique ainsi Pierre Danis, collaborateur et conférencier pour le site français Au Commencement qui se présente comme un regroupement de "créationnistes bibliques" et compte dans ses rangs un chercheur à l’Inra spécialisé en génétique, André Eggen.

Pour ces créationnistes purs et durs, la beauté et l’harmonie de la nature sont trop parfaites pour être le fruit du hasard. Et aucun arguments ou données scientifiques ne sauraient démentir le récit donné par la Bible. La fiabilité de la datation au Carbone 14 et par radiométrie sont remises en cause. Les paléontologues soupçonnés de déformer la réalité pour coller à la thèse évolutionniste, avec le rappel constat de la célèbre supercherie de l’homme de Piltdown. "Il y a un consensus dans ce pays pour éliminer la notion d’un créateur, parce que s’il y a un créateur, il y a une loi et donc des comptes à rendre. Et ça, ça dérange beaucoup", affirme Danis.

Créationnistes "vielle terre"
Avant que le Concile de Trente (1562) ne vienne imposer une lecture littérale de la Bible au sein de l’Eglise Catholique, la majorité des théologiens juifs ou chrétiens s’accordaient sur le fait que le récit de la Genèse devait être pris comme une allégorie. De nos jours, le créationnisme "vielle terre" apparaît donc comme une école modérée qui accepte un certain nombre de vérités scientifiques concernant l’âge de la terre et le principe du big bang. Il réfute par ailleurs l’idée d’un déluge ayant recouvert la totalité de la surface du globe.

Plus compatible avec la science, ce courant n’en demeure pas moins en opposition avec la théorie de l’évolution et défend généralement l’interprétation d’une création ayant duré six jours de 24 heures. On y retrouve diverses variantes, comme le "gap creationism" (créationnisme du fossé) qui estime que la Genèse s’est déroulé en deux étapes, avec l’apparition de l’homme et des espèces animales sur une Terre déjà vielle. Le créationnisme progressiste ouvre lui la porte à une certaine dose de sélection naturelle. Il rejette en revanche la thèse d’un ancêtre commun à tous les animaux, accordant à Dieu la paternité des nouvelles espèces apparues au fil des âges.

Le créationniste turco-musulman Harun Yahya s’inscrit également dans ce courant "vielle terre". L’auteur du controversé Atlas de la Création déborde tout de même du simple débat théologique, n'hésitant pas à accuser le darwinisme d’avoir donné naissance au nazisme et au communisme.

Les néo-créationnistes et le "dessein intelligent"
Face à la difficulté de faire entrer l’enseignement de la Genèse à l’école, le mouvement dit "néo-créationniste" est apparu dans la seconde moitié des années 1980 aux Etats-Unis pour tenter de proposer une approche moins archaïque et dogmatique de la création. Les faits scientifiques comme l’évolution et la datation de la Terre ne sont plus contestés. On leur adosse simplement la signature d’un créateur. La notion d’un "dessein intelligent" (intelligent design) se substituant à celle du hasard.

Sous couvert de caution scientifique, la théorie de l’intelligent design tente d’exploiter les soit-disant failles de la théorie de l’évolution. Son principal argument est que la complexité extrême de certains animaux ou organes, par exemple l’œil, ne peut être le fruit du hasard et requiert forcément l’intervention d’une force supérieure. C’est la thèse de la "complexité irréductible" du professeur de biochimie Michael Behe, qui reprend la même logique que le grand horloger de Voltaire.

Edouard Orozco



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