Dumas, Le Clézio, Max Gallo au programme de l'Elysée
On se souvient tous de la remarque faite par Nicolas Sarkozy sur La Princesse de Clèves, grand classique étudié sur les bancs des grandes et petites écoles. Le monde des lettres n'avait pas beaucoup apprécié. Depuis, le président semble vouloir se rattraper : comme Obama, il a rendu public ses lectures de chevet. Mais pour quelles raisons Sarkozy peut-il bien vouloir se mettre aux romans ?
Le Président assure à la presse que "malgré un emploi du temps très chargé", il "apprécie de lire un roman pour se divertir." Au programme des études sarkozystes ce trimestre, 3 livres qu'on jugerait montés en lecture par un Comité de la Propagande chargé de rappeler qu'en temps de crise et de vaches maigres, un petit livre coûte moins cher qu'un steak haché. Nicolas Sarkozy lit donc La Révolution française de Max Gallo (ouais, ouais, l'axe stratégique, valeurs républicaines, rempart contre la Terreur), Désert de Jean-Marie Le Clézio (la part sensible, la nana mannequin et la littérature qui s'évapore sur le coeur qui bat... mais est-ce que le Clézio n'est pas l'héritier stylistique de Madame La Fayette, Nicolas, prends garde à toi) et - là on doute sévère - La Reine Margot d' Alexandre Dumas.
Mais pourquoi Sarkozy veut-il lire des romans ?
Pour le moment, on ne voit pas trop mais on peut supposer que cela répond aux 5 motivations suivantes :
1. Il veut faire plaisir à sa femme et pouvoir aligner 2 mots lors des soirées de gauche qu'il fréquente désormais. Conseil : laisser tomber Alexandre Dumas car trop difficile à placer en soirée. "J'ai bien aimé Les Trois Mousquetaires. Putain, j'avais jamais réalisé qu'ils étaient quatre en fait. Et vous ?"
2. Il en a marre de passer pour un ignare. Déjà qu'il n'avait pas passé le concours de l'ENA et collectionnait les montres comme Julien Dray, avait pour principal adjoint un ancien assureur (Xavier Bertrand), le Président devait changer son image de bas du front. "Le Clézio c'est lui qui a écrit la Plage, non ?" Conseil : démarrer par Marc Lévy et puis embrayer, si ce n'est pas trop difficile, sur Anna Gavalda. Quitte à faire cool, jouer la carte sociale contemporaine et prétendre plutôt qu'on a lu Olivier Adam. "La vie des gens, c'est dur, p***, j'aurais pas réalisé."
3. En temps de crise, la culture est une valeur refuge anti-bling bling. Quand on n'a pas le sou, la moindre des choses, c'est de faire semblant de pouvoir survivre sur son intériorité. La lecture est un excellent anti-bling bling.
4. Il en a marre de lire les (mauvais) livres écrits sur lui.
5. Un grand homme est toujours (même si c'est du flan) un homme cultivé... en France. Sarkozy en a assez qu'on lui rabâche que Mitterrand était un type incroyablement cultivé et que Jacques Chirac, qu'il a toujours considéré comme un abruti, passe aujourd'hui pour un maître en Arts Premiers, un fin connaisseur des cultures orientales. Sarkozy préparerait ainsi une thèse sur Alexandre Dumas pour enfin devenir un expert en autre chose qu'en Rolex.
5 bis. Comme tout le monde, il en a un peu marre de passer ses nuits avec un mannequin qui joue de la guitare. Comme il ne peut pas regarder la télé quand Carla Bruni chantonne devant la cheminée (sinon elle ne s'entend pas), il a opté pour le livre.
Photo : © SAURA PASCAL/SIPA
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