Entretien avec Johan Hufnagel
Slate.com, le site d'information américain qui a mis un coup de vieux aux poids lourds de la presse écrite, inaugure en 2009 sa licence française, Slate.fr. Johan Hufnagel, un des fondateurs, nous présente cet ambitieux projet.
Lancé en "version bêta" le 20 janvier 2009, jour de l'investiture de Barack Obama, "une bonne date pour célébrer un partenariat avec les américains" dixit Hufnagel, puis officiellement le 10 février 2009, Slate.fr peut compter sur un budget de 3 millions d'euros pour atteindre son objectif de 700 000 visiteurs uniques par mois.
Comment jugez-vous l’accueil reçu par Slate.fr pour ses premiers jours de lancement ?
Ça fonctionne bien, mieux que ce qu’on attendait. Ça reste confidentiel mais on est vraiment au-dessus de ce qu’on pensait faire. Mardi a été une journée un peu particulière avec le lancement. Beaucoup de journaux ont publié des articles sur nous, et ça nous a renvoyé un énorme trafic.
Vous n’avez pas peur que la marque Slate souffre d’un déficit de notoriété en dehors de la communauté des journalistes ? Pourquoi ne pas avoir lancé votre propre marque ?
C’est moins la communauté des journalistes que celle des gens du web je crois. Pour les gens qui connaissent Slate, c’est une marque très forte. Une marque qui a une promesse, et c’est cette promesse qu’on veut tenir. Si on avait pas voulu autant s’approcher de ce que fait Slate, on aurait probablement choisi une autre marque…
Comment va se traduire cette promesse dans la version française ?
Le ton de Slate, c’est ce journalisme un peu distancié, en même temps extrêmement sérieux, mais qui peut avoir une approche différente soit sur le fond soit sur la forme.
Comme le fait Slate, on aura un mélange entre des papiers extrêmement sérieux, des sujets plus "funs" traités de façon sérieuse, et du léger sur des sujets sérieux. Par exemple, on a toujours parlé de la sexualité des hommes politiques avec les femmes journalistes, mais qu’en est-il des femmes politiques avec les hommes journalistes ?
Slate proposant une approche différente de l’information, il est étonnant de voir que ce projet est porté par des personnalités instituées comme Jean-Marie Colombani ou Jacques Attali, non ?
Non, mais si vous regardez notre équipe, on retrouve des jeunes journalistes comme Matthieu Josse ou Nora Bouazzouni… Mais vous savez, les journalistes qui ont lancé Rue 89, et même Slate, étaient des gens d’expérience. C’est plutôt comme ça qu’il faut voir les choses. Un des intérêts de Slate c’est de pouvoir faire le mélange entre des gens d’expérience et d’autres qui apporteront une voix plus… dans l’air du temps.
Vous laissez une place importante au journalisme participatif ?
Il y a déjà des gens issus de la communauté du web qui travaillent pour nous. Et on va en repérer d’autres. Ca fait 12 ans que je travaille sur Internet, donc je commence à connaître un peu les signatures, les nouvelles signatures. Ce sont eux qu’on va repérer et à qui on commandera des papiers sur des sujets qu’ils nous semblent maîtriser.
Pour l’instant, lancement oblige, on entend tout et rien sur le mystère Slate.fr, notamment que c’est un futur "Rue 89 de droite". En même temps vous accueillez le blog de François Hollande…
Je ne pense pas, après 16 ans à Libération, être un journaliste de droite. On veut être un site extrêmement ouvert à tout le monde. On est tout sauf un site partisan. Il y a effectivement le blog de François Hollande. On a ouvert le site avec un papier d’Henry Rousso sur la recherche, et on ne peut pas dire que ce soit une opinion favorable à la réforme. Notre Une du moment est un article de Louise Beaudoin, ministre québecquoise, qui réagit de manière pas tendre aux propos tenus par Nicolas Sarkozy au Québec. Voilà, on ne veut pas être un site partisan c’est clair…
Slate.fr est en libre accès, c’est parti pour durer ?
L'accès à Slate est gratuit mais on vend aussi du contenu à Orange. Donc on ne s’interdit rien. Si on réussit à trouver suffisamment d’audience dans quelques mois ou années pour avoir un espace abonné, très bien. Je pense que c’est l’addition de contenus qui peut rendre notre modèle viable. Pour l’instant, notre modèle est basé sur la publicité, la vente de contenu, et les contenus additionnels, il est bien prématuré d’imaginer un modèle payant…
Et vous compter nourrir l’équipe de nouvelles recrues ?
A la fin de l’année, le staff complet devrait être en permanence d’une dizaine de personnes, y compris à la technique, avec entre sept et huit journalistes.
Propos recueillis par Emmanuel Haddad
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