Entretien avec Renaud Leblond et Frédéric Dardel
L'un est journaliste. L'autre scientifique. Ils ont co-écrit un synthétique et complet ouvrage de vulgarisation : Main basse sur le génome. Renaud Leblond et Frédéric Dardel reviennent ici sur l'aventure de la génomique ces 15 dernières années, notamment sur l'avance vite perdue de la France dans cette révolution.
Au début des années 1990, la France avait une longueur d'avance sur la complexe question du décryptage du génome - finalement totalement achevé en 2004. Daniel Cohen fut le premier à réaliser une carte physique du génome en 1991 comme nous l'apprend Main basse sur le génome.
Ce projet jugé cavalier par une partie de la communauté scientifique à l'époque consistait à découper le génome en gros fragments plutôt que de séquencer tous les gènes. Le premier laboratoire au monde au était donc français, basé à Evry, et s'appelait le Généthon. Pourquoi ? Parce que ça rime avec Téléthon, cette vaste opération de collecte de fonds organisée par l'association française de lutte contre la myopathie (AFM) sans qui rien de tout cela n'aurait était possible.
L'année suivante, Jean Weissenbach réussit à Evry une carte génétique plus affinée, lui aussi en privilégiant de nouvelles approches moins couteuses et plus rapides.
Nouvelles sources de financement, concentration des moyens, renouvellement des méthodes pour plus d'efficacité sont les marqueurs essentiels du code génétique d'une nouvelle science à croissance rapide : la génomique.
Une révolution qui va être poursuivie par un américain plus décomplexé encore : Craig Venter qui ira plus loin et plus rapidement alors que la France décroche.
Grandeur et décadence française
Frédéric Dardel :"Quand Bernard Barataud a monté cette affaire il a embauché pour faire la carte génétique - avec Daniel Cohen d'un côté et Jean Weissenbach de l'autre - via l'ANPE des gens qui n'avaient aucune compétence scientifique parce qu'il s'agissait de faire marcher des machines et robot une fois qu'ils avaient suivi une formation en interne. C'était une façon de pensée complètement différente. Avant c'était un artisanat de gens extrêmement qualifiés".
Le chiffre
70 % des investissements
se font aux Etats-Unis
Renaud Leblond : "Jean Weissenbach - qui vient de recevoir la médaille d'or du CNRS - était très en avance avec sa première cartographie du génome humain. Craig Venter quand il est venu voir les chercheurs français s'est dit "c'est formidable mais il faut le faire en dix fois, cent fois plus gros et industrialiser tout ça. C'est ce qu'il a fait et c'est ce qui a permis aux Etats-Unis de prendre cette avance. " En France on aurait pu imaginer qu'à la suite du financement par le Téléthon, les pouvoirs publics prennent le relais et c'est ce qui a manqué à la France pendant trois ou quatre années de 1993 à 1997, il y a eu un décrochage à ce moment-là.(...)
Elle a fini par réagir, en 1997 sous l'impulsion de François d'Aubert le ministre de la Recherche, il y a eu la création du centre national de séquençage puis du Génopole d'Evry sur le modèle américain des "clusters" mais le retard pris est difficilement rattrapable aujourd'hui. Il y a comme un gâchis quand même."
Frédéric Dardel :" La France a fait d'autres choix stratégiques depuis la guerre (...) On finance l'énergie, les transports, l'espace où a on des grands champions nationaux (...) d'une certaine manière c'est un peu le serpent qui se mord la queue puisque l'argent public va dans des domaines où il y a des débouchés et il y a des débouchés là où on met de l'argent public."
Les risques de discrimination
Renaud Leblond : "Il faut qu'il y ait une espèce de consensus social qui se crée et c'est la raison pour laquelle le gouvernement français dans le cadre de la révisions des lois de bio-éthique a décidé de créer des Etats-généraux pour réfléchir à ces questions et notamment à la question des tests ADN avant de légiférer.
Le fait d'avoir un gène associé à quelque chose est une solution de facilité soir parce que c'est un moyen d'instrumentaliser une classe de la population sur le mode " s'ils sont comme ça c'est qu'ils sont programmés comme ça" ou à l'inverse par le groupe de population humaine qui s'approprie son gène et qui dit "si je suis comme ça, je n'y peux rien, c'est parce que la nature m'a déterminé comme ça."
Frédéric Dardel "Nous ne sommes pas égaux à 99 %, nous sommes égaux à 99,9 %." Ce qui est intéressant c'est que si la population humaine est si homogène, plus homogène par exemple que deux chimpanzés pris au hasard dans la jungle c'est que la population vient d'un tout petit nombre d'individus qui ont quitté l'Afrique il y a quelque chose comme 100 000 ans.
Dans cette dernière vidéo, apprenez depuis quand les Européens ont la peau claire.

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