Le projet initié par Yann Arthus-Bertrand et l’association Good Planet investit le Grand Palais. Quatre années durant, six reporters ont sillonné la planète et interviewé 5000 personnes. Du Mali aux Etats-Unis, de la France à l’Afghanistan, hommes, femmes, jeunes, vieux confient leurs rêves et leurs peurs. Vingt heures de film pour une plongée dans ce que l'homme a de plus beau, de plus noir parfois.

Tout a commencé par une panne d’hélicoptère, au Mali. En attendant le pilote, Yann Arthus-Bertrand discute pendant toute une journée avec un villageois, qui lui évoque son quotidien, lui confie ses espoirs et ses peurs. Dans la foulée, tout en survolant le monde pour réaliser La Terre vue du ciel, le photographe s’interroge alors sur la parole des habitants, tout petits, au dessous. C'est ainsi que le projet 6 milliards d’autres, généreux et fou, ambitieux et démesuré, bienveillant et curieux, est né. En 2003, le photographe écolo embarque avec lui, dans l’aventure, Sibylle d’Orgeval et Baptiste Rouget-Luchaire.

Quatre années durant, six reporters sillonnent la planète à la rencontre des autres. De l’Autre avec un grand A. A tous, ils soumettent le même questionnaire. Quarante interrogations au total, qui embrassent des thèmes aussi variés que l’amour, la famille, la guerre, la nature. « Quel est votre tout premier souvenir ? », « De quoi rêviez-vous quand vous étiez enfant ? », « Quelle est votre plus grande peur ? », « Vous sentez-vous libre ? », « Croyez-vous en Dieu ? », « Quel a été votre dernier fou-rire ? », « Etes-vous heureux ? », « Qu’est-ce que l’amour pour vous ? » etc. Dans des studios éphémères, ils ont tendu leur micro, leur caméra. En France et aux Etats-Unis, en Afghanistan et au Japon, en Tanzanie et à Cuba, au Mali et au Canada… 75 pays parcourus au total, pour recueillir des témoignages en 45 langues.

Riche kaléidoscope

C’est une formidable galerie de portraits, un kaléidoscope richissime qui se dévoile dans l'exposition. Hommes, femmes, jeunes, vieux, riches, pauvres, yeux clairs ou bridés, blonds ou bruns, la peau lisse ou fanée par les années, à lunettes ou casquettes, chauves ou chapeautés, imberbes ou moustachus, toutes dents blanches dehors ou édentés, l’œil éteint ou lumineux. Un pêcheur, un ex-taulard, un paysan, une rentière, une veuve, un divorcé, une victime de la guerre….

Des sourires et des larmes, des soupirs et des silences, des éclats de rire et des mines singulières. Des doutes et des certitudes, des confidences et des confessions, des récits légers ou des aveux douloureux, des histoires du quotidien, des réflexions métaphysiques. Sous la nef du Grand Palais, c’est la bousculade. Foule immense, on essaie de se frayer un passage sous les petites tentes qui abritent les films, classés par thèmes. L’altérité captive, assurément. Bonne nouvelle, c’est au rayon « histoires d’amour » qu’il y a le plus de monde...

3500 heures de rushes

On n’a pas assez d’une seule journée pour tout entendre, tout voir, bien sûr. Vingt heures de films au total, résultat du montage de 3500 heures de rushes, c’est colossal. Difficile de tout évoquer, on vous citera quand même quelques pépites livrées ici et là. Sur l’amour d’abord. Un Malien: « L’amour, c’est Roméo et Juliette, Adam et Eve, Dodi et Diana ! ». Un Italien : « L’amour, c’est quand ma femme m’a ouvert la porte, et que j’ai découvert le paradis ». Une vieille Sibérienne : « L’amour, c’est l’habitude. Le grand amour c’est pour la télé ». Une Canadienne : « L’amour, c’est monter au sommet des montagnes et descendre au fond des grottes. Mais que c’est dur à trouver ! ». Une Française : « C’est la folie, le rire, la disposition de dire et de faire… absolument n’importe quoi ! ».

Sur la femme, un Iranien: « Sa place est dans le cœur de l’homme, pas sous ses pieds ni sur sa tête ». Sur ce qui met en colère. « La connerie des gens… les enfants capricieux… ce monde » (une Palestinienne, dont le mari est mort en martyr). Un peu plus loin, une rescapée du génocide rwandais raconte son supplice. C’est absolument bouleversant.

La grande réussite de cette exposition fleuve est là. Elle dit l’anecdotique et l’essentiel, le mineur et le majeur, le rose et le noir. Elle dit lui, elle, nous, du particulier à l’universel. Ceux qui le souhaitent sont invités à se confier à leur tour, dans des studios d’où les films sont montés dans la foulée, ou sur des écrans d’Imac. Courrez-y, parlez, mais surtout regardez, écoutez. Vous n’en reviendrez pas…

Six Milliards d’autres, au Grand Palais, jusqu’au 12 février
Coffret 3 DVD 29 euros, livre 19 euros.

Illustrations :
1. 6 milliards d'autres, DR.
2. Yann Arthus-Bertrand © GINIES/SIPA
3. Vue de l'exposition au Grand Palais © GINIES/SIPA

Nedjma Van Egmond



Sur Flu :
- Toute l'actu des expos à Paris, du Grand Palais et de l'art video sur le blog arts

Sur le web :
- Un reportage et un entretien avec Yann Arthus Bertrand sur Doctissimo
- Le site de 6 milliards d'autres



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