Le crash-test qui fait mal
D'un côté une série américaine qui n'en finit pas de rebondir ( Bernard Madoff a même escroqué Steven Spielberg), de l'autre une fiction française prometteuse mais qui patine.. Les affaires Madoff et Kerviel témoignent une nouvelle fois d’un mal bien pire que la dérive spéculative des traders : l’incapacité française à écrire et financer des sagas palpitantes. Crash-test.
LE PITCH
L'affaire Kerviel
24 janvier 2008 : la Société générale convoque la presse. Un trader de 32 ans a réussi à détourner toutes les procédures de contrôle interne pour mener des opérations boursières risquées et couteuses : la banque vient de perdre 4,9 milliards d’euros. Quelques heures plus tard le nom de l'opérateur est révélé : Jérôme Kerviel.
L'affaire Kerviel oscillera entre le pétage de plombs d'un trader pressurisé et l'hypocrisie d'une hiérarchie impliquée qui s'en servirait désormais comme d'un bouc émissaire.
Le 8 février 2008 Kerviel est placé en détention provisoire. Il ne se serait pas enrichi personnellement. Un acte politique, alors ? A fond dans 24 heures, les fins limiers du Figaro jugent utiles de préciser qu’un exemplaire traduit du Coran a été retrouvé lors d’une perquisition au domicile du trader.
The Madoff Scandal
En décembre 2008, un septuagénaire est arrêté par le FBI. Bernard Madoff, figure prestigieuse de la Bourse US aurait réussit à monter la plus grosse fraude pyramidale de l’histoire de l’homme : d’investisseurs en investisseurs, 50 milliards de dollars auraient été détournés. Waouhh!
Un concept clair, des milliards de dollars et un acteur âgé avec de la trempe. Welcome to Hollywood.
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LE HEROS
L'affaire Kerviel
Jérome Kerviel. Ce cadre, qu’on devine beau gosse, déroute des hommes en complets gris par l’ampleur de l’escroquerie et crée un suspense qui déchire : Où est passé ce type qu’on décrit fragile et traversant des difficultés familiales ? Est-ce un névropathe ? Peut-être, mais avec de la classe : « C’est un génie de la fraude », tranche le Gouverneur de la Banque de France dans le Figaro.
Sur le web, le trader au prénom de restaurateur breton devient culte et fait l’objet de Chuck Norris facts : « Jerome Kerviel a passé trois semaines en prison mais après elle a fait faillite. »
The Madoff Scandal
Résidence secondaire en Floride, apparts new-yorkais à 5 millions de dollars, Bernard Madoff ne fait pas profil bas. Self made man absolu, il a commencé comme maitre-nageur avant de devenir un prestigieux innovateur de l'électronique boursier et président du Nasdaq ! On n'a pas autant exagéré les capacités d'un personnage depuis Jack Bauer.
Riche à millions, Madoff n'avait pas besoin de de fric supplémentaire et n'éprouve aucun remords ou presque - il écrira une lettre polie à ses voisins de pallier probablement dérangés par les allers et venues de la police.
Narcissique, compulsif et sans remords... le New York Times se demande si Madoff n'est pas l'équivalent d'un serial-killer, un nouvel American psycho qui frappe au cœur : le portefeuille de ses victimes.
LE CASTING
L'affaire Kerviel
La France a généralement un sérieux problème de seconds rôles ( = elle les utilise tous pour jouer... les premiers rôles).
Daniel Bouton (PDG de la Société Générale) est un peu transparent, aucun rôle féminin n'est là pour rendre l’affaire un peu plus sulfureuse, le « juge des affaires » (Urba, Clearstream, les frégates de Taiwan) Van Ruymbeke reste une "guest star" mal exploitée. Une trouvaille tout de même : Moussa Bakir, un ami de Kerviel bossant pour une filiale de la SG et qui faisait peut-être lien avec les milieux fondamentalistes.
The Madoff Scandal
Toujours dans sa logique simple d’efficacité maximum l’affaire Madoff contrebalance l’immoralité de son protagoniste principal par un personnage de chevalier blanc : Harry Markopoulos.
L'homme a enquêté pendant neuf ans - sur ses propres fonds- sur les malversations de Maldoff. Après avoir alerté les autorités boursières sans succès, l’inspecteur Harry (Libé) indique s’être battu pour le drapeau des Etats-Unis et cultive la parano : " Nous savions qu'il était un des hommes les plus puissants à Wall Street et qu'il pouvait facilement mettre fin à nos carrières, voire pire." (via Eco 89)
Son physique de personnage de Woody Allen accentue le côté East-Coast ( = très cérébré et un peu froid) de la saga déjà en filigrane dans les origines juives et new-yorkaises de Madoff. Markopoulos mériterait son spin-off. D'ailleurs un livre et un film seraient en cours.
SAISON 2
L'affaire Kerviel

Janvier 2009. L’instruction est finie. Kerviel parle pour la première fois à la radio. Pressé par des objectifs intenables de sa hiérarchie ( « Alors t’as été une bonne gagneuse aujourd’hui ? ») il aurait pété les plombs.
Le trader est mis en examen pour "abus de confiance", "faux et usage de faux" et "intrusion dans un système de traitement automatisé de données informatiques".
La saison deux devrait sacrifier au rite de la série de procès, genre dans lequel la France a peu de réussite.
The Madoff Scandal
Pour relancer une machine narrative qui ne craint rien tant que l’essoufflement, le scénario n’hésite pas à multiplier le guest-starring. On apprend que John Malkovitch, Steven Spielberg ou Larry King ont été victimes de ses placements bidons. Euh, gaffe à ne pas trop en faire quand même…
LE VERDICT
L'affaire Kerviel
Malgré un démarrage prometteur, la série Kerviel souffre d'un certain mal français : scénario sans nerfs, manque flagrant de rebondissements et personnages secondaires peu étoffés. Pas de bol côté timing non plus, la crise financière rend la plupart des sommes terriblement faiblardes.
Franchement, dans la tourmente, 4 milliards d’euros tapés à une banque de provinciaux, who cares ? Réponse : personne même la peine maximum qu'il encourt est cheap : 5 ans maximum pour faux et usages de faux...
The Madoff Scandal
Vu le rythme, la série ressemble plus à une version Wall Street de 24 heures qu'à une enquête de The Practice. Même quand elle pêche par manque de réalisme criant, on ne peut qu'accrocher. Le passage du récit d'une escroquerie flamboyante au thriller basé sur le meurtre de substitution ouvre des perspectives métaphysiques : et si la crise financière n'était au fond qu'un gigantesque bain de sang (métaphorique) ?
Bernard Madoff a été condamné à 150 ans de prison et serait devenu un héros dans le pénitencier américain où il est détenu - et où il donnerait même des conseils business aux dealers. De quoi imaginer une saison 6 façon Oz...
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