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Petite histoire du Saturday Night Live sur NBC
Sans le Saturday Night Live, la scène comique américaine serait aujourd’hui bien terne. L’émission, créée en 1975, a été une soupape de contre-culture à la télévision US avant de devenir une institution, passage obligé de presque tous les humoristes. Trente-quatre ans après sa naissance, avec ses hauts et ses bas, le show continue d’azimuter le paysage audiovisuel outre-Atlantique.
Le show débute ainsi invariablement par un « Cold Opening », disons une pré-ouverture ou un teaser, qui se termine par les mots : « Live from New York, it's Saturday Night ». Un monologue suit, lu par l'hôte de la soirée - un chanteur, un acteur, un comique ou une célébrité du moment. L'invité participe par la suite aux sketchs et fausses publicités qui s'enchaînent pendant une heure et demie. Au programme : des parodies d'émissions télévisées, un journal : le Weekend Update, des fausses allocutions présidentielles, des imitations et des séquences préenregistrées. Un invité musical y chante à deux ou trois reprises en live. Ultime particularité de l'émission : elle est en direct.
Sous la bonne étoile de Lorne Michaels
À sa création, en 1975, le SNL est la vitrine d'une jeune génération, un club de garçons dira-t-on (les filles n'y ont qu'une place réduite). Grâce à lui, un vivier de talents en herbe, pour la plupart arrogants et imbus d'eux-mêmes, ont la chance d'obtenir un créneau horaire le samedi soir de 23h30 à une heure du matin. Mais c'est un homme, Lorne Michaels, qui a fait du SNL ce qu'il est. Né au Canada, Michaels commence à la radio dans son pays avant de partir pour Hollywood en 1968. Il écrit alors pour plusieurs séries dont Laugh-In et côtoie toute la scène comique « underground » américaine et canadienne de son époque. En 1974, Herbert Schlosser, PDG de la chaîne NBC, charge Dick Ebersol, l'un de ses lieutenants, de trouver un programme pour remplacer les rediffusions du Tonight Show le samedi. Il contacte Michaels, qui va faire des merveilles.
Celui-ci s'entoure d'une équipe d'auteurs comiques qu'il connaît déjà bien, dont Michael O'Donoghue, Rosie Shuster (sa femme d'alors), Al Franken, Tom Davis et Tom Schiller : des valeurs reconnues dans le monde de la comédie américaine pour leur style tranchant, décalé et notoirement incontrôlable. Pour le casting, il pioche aux termes de nombreuses auditions dans le vivier des ligues d'improvisation (Second City à Chicago et Toronto, Groundlings à Los Angeles). Ils sont sept, alors peu connus du grand public : Dan Aykroyd, John Belushi, Chevy Chase, Laraine Newman, Gilda Radner, Garrett Morris et Jane Curtin. À la même époque, et pour prendre un peu la mesure du fossé qui sépare les différents paysages audiovisuels, en France, Jacques Martin lance Le Petit Rapporteur tandis qu'en Grande-Bretagne, la quatrième et dernière saison du Monty Python's Flying Circus s'achève.
La belle époque
L'émission, alors intitulée NBC's Saturday Night, est mise à l'antenne en octobre 1975 sous les regards circonspects des dirigeants de NBC, qui se demandent bien qui va rester chez soi un samedi soir pour regarder un show live, surtout s'il s'adresse aux jeunes adultes. Et les invités, souvent des comiques controversés ou jugés un peu trop irrévérencieux selon les critères de l'époque comme Richard Pryor qui affrontait le racisme de manière un peu trop directe, les inquiètent davantage encore en raison des risques de dérapage.
Il faudra attendre quelques épisodes pour que le SNL trouve son rythme et ne soit pas un spectacle de variété de plus. Le succès de la première année est ainsi correct, bien que surtout critique, mais permet aux auteurs et aux acteurs de se faire un nom. Chevy Chase, qui présente le faux journal et qui est le seul à dire son nom en ouverture sous la forme rituelle : « I'm Chevy Chase, and you're not » devient la figure emblématique du show sous les regards envieux de John Belushi censé être « la » star.
C'est avec les rediffusions au cours de l'été 1976 que NBC comprend que l'émission est un véritable carton. Lorsque la seconde saison commence, Chevy Chase part pour Los Angeles et Bill Murray le remplace. Le SNL est devenue en moins d'un an l'émission phare de la jeunesse qui a érigé la culture pop au rang de valeur nationale. Revers du succès, la gloire et le besoin d'être efficace du mardi au samedi, entraînent des abus de drogues. Au dix-septième étage de NBC, là où sont situés les bureaux de SNL, l'atmosphère empeste l'herbe, de nombreux auteurs ont recours à la cocaïne pour rester éveillés tandis que d'autres tournent à l'acide.
À la fin de la quatrième saison, en 1979, John Belushi et Dan Aykroyd devenus des stars s'émancipent et quittent l'émission. En 1980, tous les membres du SNL sont épuisés : pour les auteurs, trop de drogues afin de tenir la cadence, pour les acteurs, trop de gloire pour garder la tête sur les épaules. Lorne veut s'arrêter pour six mois et se décharger du travail de production en choisissant ses successeurs (il a en tête Al Franken et Tom Davis), mais NBC refuse. Il démissionne alors, le casting le suit ainsi que pratiquement tous les auteurs.
SNL sous perfusion
Arrivent alors les années de vaches maigres pour le SNL. La sixième saison est un flop, la productrice, Jean Doumanian, n'arrive pas à constituer une équipe à la hauteur des anciennes saisons. Elle a pourtant dans son casting une valeur montante de la scène comique : Eddie Murphy. Cependant, Dick Ebersol, aux commandes dans l'ombre, refuse d'en faire un « titulaire » et Murphy reste un invité récurrent contre son gré avant de claquer la porte en 1984. Mauvaise expérience pour lui, il ne voudra plus jamais évoquer cette période de sa vie.
En février, Doumanian est virée (un des comédiens a dit « Fuck » à l'antenne) et Ebersol prend la suite. Producteur à l'ancienne, il veut faire du SNL un spectacle de variétés et liquide toutes les propositions un tant soit peu originales ou qui touchent à la politique. L'émission perd de son aura subversive et son estime chute dans le cœur du public historique.
En 1984, Ebersol lance un « all-star casting ». Pour la première fois, au lieu d'être des nouveaux visages, ce ne sont que des vétérans qui sont à l'antenne, dont trois grandes stars : Billy Crystal, Martin Short et Christopher Guest. Finie l'innovation, bienvenue le ronron. La révolution culturelle qu'avait été le SNL première époque est définitivement enterrée, la satire politique disparaît. La présence d'étoiles du show-business assure toutefois de bonnes audiences et leurs talents font de cette année l'une des plus drôles selon les téléspectateurs de l'époque.
À la fin de cette saison, Ebersol quitte le SNL et Lorne Michaels revient. Il lui faudra alors plus d'un an pour réussir à remonter une équipe d'auteurs et un casting acceptable. La saison 85 – 86 est, en attendant, un véritable cauchemar, avec des audiences au fond du trou. Toute cette année-là, une épée de Damoclès plane sur l'émission et il faut toute la persuasion et le bagou de Lorne Michaels pour permettre au show de vivre une saison supplémentaire.
Renaissance et nouveaux talents
Dix ans après sa création, le show s'est assagi. Les drogues dures ont plus ou moins disparu, ce qui n'empêche pas les auteurs de l'émission de continuer d'avoir une vie sociale proche du néant, vivants littéralement dans les bureaux. L'année 1986 marque un tournant : nouveau casting, nouveaux scénaristes, dont Dana Carvey, Phil Harman, Kevin Nealon, Robert Smigel, Bob Odenkirk puis Conan O'Brien et Greg Daniels. En dépit des difficultés qu'a connues - et que connaîtra encore - l'émission, on se bat toujours pour faire partie de la caste du Saturday Night Live.
Cette aura, le SNL l'a gagnée pour ainsi dire avec les cinq premières années de son existence où l'émission était une incroyable soupape dans un paysage somme toute ronronnant. Avec Lorne Michaels revenu à la production, la satire politique est de nouveau à l'antenne - et le show atteint généralement des sommets en période électorale. Ce qui permet à Dana Carvey de peaufiner une imitation plus vraie que nature de George Bush, à Darrell Hammond d'interpréter un très bon Bill Clinton et surtout à Will Ferrell de devenir un incroyable George Walker Bush – encore aujourd'hui un de ses personnages les plus réussis. Les imitations ont ainsi toujours tenu une grande place dans le SNL (Dan Aykroyd était déjà mémorable en Nixon, par exemple) sans pour autant chercher le mimétisme mais en privilégiant toujours la retranscription des attitudes et le phrasé plus que la plastique (le contraire d'un Patrick Sébastien, pour faire bref).
Il est étonnant de voir à quel point le SNL a été et reste le cœur de la comédie américaine au cinéma et à la télévision. Sans l'émission, nous n'aurions pas Tina Fey, Adam Sandler, Ben Stiller, Chris Rock, Mike Myers, Chris Farley. Tout ceci, il faut en remercier Lorne Michaels qui, en trente ans passés à la tête du show, est devenu un genre de Steve Jobs de la comédie américaine. La question de la survie du SNL après son départ reste d'ailleurs entière.
Malgré son succès, l'émission n'a jamais vraiment fait d'émules hors des Etats-Unis. En France, les tentatives comme Les Nuls l'émission ou Samedi Soir avec... se sont avérées peu concluantes et plus personne n'ose désormais la comparaison.

Illus. © NBC
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