Dans cet écrin belle-époque qu’est le Théâtre de l’Athénée, Feydeau se trouve dans son élément : La Puce à l’oreille, mis en scène par Paul Golub touche au summum du kitsch et au paroxysme du burlesque. Sur scène, une troupe frénétique sert des personnages aux instincts déchaînés.

À partir de l'hypothèse vaudevillesque classique, où une femme soupçonne son mari de la tromper, Feydeau fait élaborer à la supposée cocue un stratagème pour « pincer » l'infidèle, qui tourne à l’engrenage infernal. Cette comédie de l’adultère où, finalement tous croient être trompés et chacun reste fidèle, est un modèle de construction dramatique, où les gags se succèdent selon une mécanique de l’absurde, et dont les scénaristes se souviendront lors de l’âge d’or de la comédie américaine.

L’intrigue ne souffre pas d'une transposition dans notre époque (la bourgeoisie aurait-elle si peu changé en un siècle ?). Le salon kitsch et moumouteux est assorti aux femmes en fourrure et robes chatoyantes, alors que l’hôtel de rendez-vous relève d’un univers gentiment SM, dans lequel se fondent à merveille le couple de tenanciers et la soubrette flegmatique. Un seul fait tache : c’est Poche, l’homme à tout faire, qui va susciter, bien malgré lui, un embrouillamini indescriptible...

La troupe tout entière donne à l’ensemble une bonne dose de frénésie : David Ayala, qui joue un double rôle - le mari prétendument infidèle et Poche - est particulièrement époustouflant. Tous les comédiens s’intègrent à cette mécanique des désirs qui les entraînent chacun à leur tour. En revanche, les gags ajoutés n’apportent rien à la prestance du spectacle : l’Anglais en faux David Bowie punk et surexcité en fait beaucoup trop, ainsi que les tenanciers de l’hôtel, trop caricaturaux. Au final peu importe : le spectateur en sort comme il reviendrait d'un voyage à mi-chemin entre le train fantôme et les montagnes russes : surprises et éclats de rire garantis... et quelques touches de mauvais goût en prime. Manière de rappeler que sous les ors du théâtre de l’Athénée (aménagé à la toute fin du XIXe siècle à l’intention du public des beaux quartiers), le kitsch n’est pas bien loin.

La Puce à l’oreille de Georges Feydeau, mise en scène de Paul Golub, jusqu’au 7 février au théâtre de l’Athénée-Louis-Jouvet. Avec David Ayala, Emeline Bayart, Philipe Berodot, Brigitte Boucher, Sébastien Bravard, Jean-Yves Duparc, Martial Jacques, Marc Jeancourt, Brontis Jodorowsky, Carolina Pecheny-Durozier, Stéphanie Pasquet, Rainer Sievert, Stanislas de la Tousche.

Julie de Faramond



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