Galleria Continua, le Moulin, à Boissy-le-Châtel (77), jusqu'au 31 mai 2009.
Il y a un peu plus de deux ans, trois Italiens, propriétaires d'une galerie en Toscane et d'une autre à Pékin, prenaient le pari fou de s'implanter dans une friche industrielle de Seine-et-Marne, à une heure de Paris. Pari réussi pour Galleria Continua, qui inaugure en France un type de galerie d'art inédit.
Une galerie locale et internationale
A Paris, on sait que le quartier principal des galeries est le Marais, et plus particulièrement le 3e arrondissement, même si plusieurs galeries d'importance se situent également du côté de la rue de Seine, comme la galerie Vallois, ou dans le 13e, rue Louise-Weiss, avec par exemple la galerie Air de Paris. Pour la plupart des galeristes, il semble hors de question de s'éloigner de ces trois principaux centres, a fortiori d'aller s'implanter en banlieue, que dis-je, à la campagne ! Pourtant l'implantation de Galleria Continua au Moulin de Boissy-le-Châtel, site industriel bordant une rivière, est une réussite, grâce notamment à des vernissages à la bonne franquette fort éloignés des pince-fesses parisiens et à un intérêt pour le public local avec notamment des visites régulières pour les scolaires.
Mais son succès est dû surtout à une impressionnante écurie d'artistes de renommée internationale, parmi lesquels figurent les Chinois Ai Weiwei et Chen Zhen, le Français Daniel Buren, la Belge Berlinde de Bruyckere, le Sud-Africain Kendell Geers, les Indiens Subodh Gupta et Anish Kapoor, la Libanaise Mona Hatoum, les Russes Ilya et Emilia Kabakov, l'Italien Michelangelo Pistoletto, le Camerounais Pascale Martine Tayou, etc. Artistes qui pour la plupart partagent un goût pour le monumental, l'art superlatif, dans des sculptures ou installations (très peu de peintres ou de photographes ici) qui en imposent par leur format ou leur stratégie du coup de poing.

Dialoguer avec le lieu
Pour son exposition semestrielle, plutôt que de snober les concurrents en débitant son listing prestigieux, Galleria Continua a décidé de la jouer main dans la main avec plusieurs d'entre elles pour mettre sur pied une exposition d'envergure. « Sphères » rassemble des œuvres d'artistes représentés par cinq galeries européennes : outre Galleria Continua, on retrouve Chantal Crousel et Kamel Mennour de Paris, Hauser & Wirth de Zürich et Londres, et Krinzinger de Vienne.
Dès l'abord du lieu, le ton est donné par une sculpture de Leandro Erlich, Window & Ladder, Too Late For Help, échelle adossée à une fenêtre en équilibre dans l'air : entre intérieur et extérieur, l'exposition offre un nouveau regard sur le lieu. Dans les deux bâtiments monumentaux qui composent le Moulin, les œuvres dialoguent avec les lieux et leur histoire. Les gigantesques poutres d'acier de Martin Creed (Work No. 700) imposent une diagonale qui modifie l'espace de la halle, tandis que les photographies de fleurs trop parfaites de Jean-Luc Moulène tranchent sur des murs pelés. Claude Lévêque donne une nouvelle version de Mon repos, vu aux Arques, dans le Lot, et au jardin des Tuileries : la Citroën Traction renversée, dans laquelle luit une guirlande lumineuse, devient le symbole d'un temps industriel révolu.
Le même espace, gigantesque, est perturbé par En Enfilade, succession de surfaces colorées translucides de Daniel Buren, qui brouillent la perception tout en magnifiant le lieu à la manière des vitraux médiévaux. Stratégie de brouillage à laquelle fait écho l'installation de Michelangelo Pistoletto, The Labyrinth, qui déploie plusieurs kilomètres de carton ondulé — évocation du Minotaure, des méandres de la pensée, du voyage — autour d'un miroir circulaire dans lequel plonge le regard. Les Plastic Bags de Pascale Martine Tayou consacrent la précarité des lieux, tandis que le Prototype improvisé d'une architecture à base de structures réticulaires de Yona Friedman leur offre une excroissance métallique légère, mais spectaculaire.
Grâce à la reproduction en laiton de son magnifique projecteur (There Is Always Cinema de Subodh Gupta), le cinéma de San Gimignano est présent par métonymie dans l'exposition, en hommage au souci de mémoire des lieux de ses propriétaires.

« Sphères », Galleria Continua, le Moulin, à Boissy-le-Châtel (77), jusqu'au 31 mai 2009.
Avec des œuvres de l'Atelier van Lieshout, Tony Cragg, Martin Creed, Leandro Erlich, Yona Friedman, Subodh Gupta, Fabrice Gygi, Thomas Hirschhorn, Claude Lévêque, Jean-Luc Moulène, Luca Pancrazzi, Werner Reiterer, Zineb Sedira, Shen Yuan, Djamel Tatah, Pascale Marthine Tayou, Mark Wallinger, ainsi que l'installation pérenne d'œuvres de Daniel Buren, Loris Cecchini, Chen Zhen, Kendell Geers, Mona Hatoum, Michelangelo Pistoletto et Nedko Solakov.
Illustrations :
1. Leandro Erlich, Window & Ladder, Too Late For Help, 2008. Echelle et structure en métal, cadre en aluminium, mur de briques en fibre de verre
2. Vue générale, œuvres de Martin Creed, Claude Lévêque, Atelier Van Lieshout
3. Michelangelo Pistoletto, The Labyrinth, 1969-2008. Carton ondulé
Sur le web : le site de Galleria continua
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