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Année 1994

Retrouve Pina désespérément

Wiesenland et Sweet Mambo de Pina Bausch

En janvier au Théâtre de la Ville, Paris.

Les récents spectacles de Pina Bausch sont comme des rêves récurrents. Du répétitif Wiesenland (2000) au plus convaincant Sweet Mambo (2008), les créations de la chorégraphe allemande forment une recherche discontinue et qui menace de lasser sur le thème de l'éternel féminin.

Voici trente ans que Pina Bausch, rare figure chorégraphique médiatique, livre à peu près chaque année une nouvelle création au Théâtre de la Ville, à Paris. Ce rendez-vous obligé entre une artiste et un public marque une fidélité sans faille, mais, comme toute banale histoire de couple, prend le dangereux pari de la lassitude — celle-là même ressentie il y a quelques mois lors de la présentation à Paris de Bamboo Blues, puis, début janvier, avec la reprise d'une pièce de 2000, Wiesenland, œuvre de près de trois heures où l'on retrouvait les sempiternels seaux d'eau et un vocabulaire gestuel connu. L'œuvre au goût de déjà-vu doit beaucoup à l'extraordinaire décor de Peter Pabst, monumental masse végétale suintant en fond de scène, qui capte le regard au détriment de la danse.

On pouvait donc craindre que Sweet Mambo, dernière création en date du Tanztheater, n'accélère le processus de rupture. La sensation de toujours voir le même spectacle commençait à devenir agaçante. Depuis plusieurs saisons, on sent que Pina Bausch tourne autour de son sujet, celui de l'éternel féminin et de la contingence de la condition féminine. Sweet Mambo, comme Wiesenland et Bamboo Blues, matérialise différentes formes de féminité en faisant de la femme une idole ou une furie, face à un homme neutralisé, infantilisé, à qui l'on crie : "Va te coucher !". Là encore, les femmes de Pina Bausch, interprétées par des danseuses-comédiennes d'une présence époustouflante, sont coincées dans leurs longues robes satinées, entre une mondanité codifiée et la répétition des gestes ménagers : dans leur monde, le même geste permet de faire sonner un bol tibétain et de remuer une pâte à crêpe.

Ces femmes...

Pourtant, cette fois, ça fonctionne. Peut-être est-ce dû à une troupe plus resserrée (neuf danseurs), à une bande-son plus retenue, ou plus généralement à une certaine économie de moyens. Dans Sweet Mambo, l'incursion de l'onirique dans le quotidien produit l'angoisse, voire la terreur, un peu à la manière du cinéma de David Lynch. Terreur distillée dans une danse ici plus expressive que dans les pièces précédentes, où derrière l'apparente futilité — incarnée, entre autres, par la figure burlesque de Nazareth « comme la ville » Panadero — pointe l'angoisse réelle.

Des femmes d'une beauté idéale, longues et fines à se briser, passent sur le plateau en se déhanchant comme des mannequins sur un podium, le sourire en plus. Enigmatique, pure et désirable à la fois, sirène ensorceleuse ou sphinge cruelle, la femme de Pina Bausch est toutes les femmes. "Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre", c'est la femme du poète, tout à la fois femme-objet, esclave, maîtresse, bourreau, victime.

Dans un décor de voiles légers où l'on se perd comme l'enfant dans les jupes de sa mère, on se prend à observer, hypnotisé, ces femmes fascinantes — même si leurs solos sont souvent trop longs et se succèdent comme une suite de clips entrecoupées de scènes plus théâtrales. La playlist musicale plus intimiste, avec notamment la voix de Beth Gibbons de Portishead, nous suggère de leur prêter une oreille attentive, tandis que le voile mouvant, devenu écran de cinéma pour scène de couple, projette une fiction bien réelle.

Entre rêve et réalité, Pina Bausch situe Sweet Mambo dans une ambiance surréaliste, comme dans cette scène où un homme tient une femme par les cheveux et la faire courir comme un cheval dans un manège. De plus en plus accessoires dans l'œuvre de la chorégraphe, les hommes sont cependant indispensables au jeu de séduction. Car ce sont eux qui, d'éternité, font tourner les femmes.

Wiesenland, spectacle programmé du 7 au 14 janvier 2009, et Sweet Mambo, du 19 au 30 janvier 2009 au Théâtre de la Ville, Paris. Mise en scène et chorégraphie : Pina Bausch, Tanztheater Wuppertal.

Illustrations :
1. Pina Bausch, Sweet Mambo © LaurentPhilippe
2 et 3. Pina Bausch, Wiesenland © LaurentPhilippe

Sur Flu :
- Suivez les fils d'actu danse, spectacle à Paris et théâtre de la ville sur le blog scènes
- Lire la chronique de Bamboo Blues, le précédent spectacle de Pina Bausch.

Sur le web :
- Le site du théâtre de la ville

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Magali Lesauvage - 23 janvier 2009

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