| . | News arts |
| . | Photographie |
| . | Design |
| . | Billetterie expos |
| . | Entretien avec Claude Lévêque |
| . | Ed Fox : entretien avec un photographe fétish |
| . | Interview Alain Dister |
| . | Marc-Olivier Wahler en interview |
| . | Claude Closky |
| . | Orlan en interview |
| . | Les interviews Arts |
Musée d'Art moderne et contemporain de Strasbourg, jusqu'au 15 février 2009.
Le MAMCS de Strasbourg rend hommage à l'artiste dadaïste Jean Arp, enfant du pays. En prolongement de l'exposition "Art is Arp", le catalogue riche par sa forme comme par son fond permet une plongée au cœur d'une œuvre "élémentaire".
La création en trois phases
Arp, auquel nulle exposition d'importance n'a été consacrée en France depuis 1986, se devait d'être célébré à Strasbourg, ville où cet Alsacien de père allemand et de mère française naquit en 1886. Le fil conducteur du catalogue — qui suit celui de l'exposition — porte l'attention sur le processus de création chez Arp, grand défenseur de l'émancipation des formes et des matériaux mutuellement déterminés. "For Arp, art is Arp" : la phrase qui donne son titre à l'exposition est de Marcel Duchamp, et résume bien le balancement caractéristique de la démarche de l'artiste entre retrait et affirmation de l'auteur. Démarche décrite par l'historien de l'art Thierry Dufrêne en trois phases : expérimentation où intervient le hasard et la natura naturans (résumée dans cette sublime phrase de Arp : "Je me lance au hasard, en état d'innocence"), vie des formes (développement sans auteur de l'œuvre rêvée sous divers modes : reprise, hybridation, destruction créatrice, etc.) et enfin appropriation qui consiste non pas à ajouter à la nature, mais à une augmentation de soi par la nature.
Si ce passionnant développement de Thierry Dufrêne n'intervient qu'en fin de volume, il éclaire de manière limpide une œuvre d'une complexe simplicité, qui revendiquait justement un retour à l'élémentaire. Arp, pionnier du mouvement Dada à Zurich à la fin des années 1910, se revendique "indemne de culture" et avoue une "haine envers les images". L'artiste, compagnon de route de Sophie Taeuber-Arp, son épouse (avec laquelle il collabore au décor de L'Aubette, dancing strasbourgeois), Tristan Tzara ou Max Ernst (ensemble ils inventent en 1920 les Fatagaga, collages dadaïstes), est pour un art collectif, où s'efface la personnalité de l'artiste : faire "œuvre modeste" est son credo, en laissant au matériau une capacité à la mutation. Papiers découpés ou froissés, reliefs peints et assemblés, sculptures en ronde-bosse ou peintures de Arp sont des objets autonomes, ayant une vie propre, sans cadre physique ni temporel.
Calculs faux et résultats plus justes
Dans le catalogue, Georges Sebbag évoque l'"indéterminisme" de Arp qui déclare : "J'aime les calculs faux car ils donnent des résultats plus justes". Dans ses sculptures, notamment les Concrétions et les Constellations, Arp révèle la forme contenue dans la matière, sans idée prédéterminée de la forme à obtenir, comme le pratiquaient les statuaires depuis l'Antiquité. Indétermination des supports et des plans, de la limite entre fond et forme, fini et infini, vide et plein font partie d'un jeu où le hasard est essentiel. Dans les années 1920, Arp développe ce qu'il nomme le "langage-objet" explicité par l'essai de Guitemie Maldonado : à partir d'un certain nombre de formes du quotidien qu'il confond (parmi lesquelles celle, récurrente, du nombril avec par exemple la Bouteille-nombril), l'artiste gomme la distinction entre animé/inanimé, objet/sujet, animal/végétal. Dans son obsession pour la courbe et l'ovale, y prédominent les idées de naissance, de retour à l'origine et de métamorphoses.
Plus loin Eric Robertson évoque l'"Arpoétique" : poète surréaliste, Arp manie la langue comme un matériau malléable. Comme ses œuvres plastiques, ses poèmes gardent un sens ouvert, aux mots ne sont pas assignés de définitions précises. Dans les années de guerre, Arp communique la raison en train de se défaire, pour, en 1939, avouer la défaite du langage : "la langue est bonne/ à laisser pendre hors de la bouche/ et flotter dans le vent".
Pour Dada, il s'agissait de "remplacer le non-sens logique des hommes d'aujourd'hui par le sans-sens illogique". Détruire pour purifier l'art : dans le chaos des papiers déchirés ou des papiers froissés rehaussés de couleurs, des formes au hasard apparaissent, que l'artiste révèle. Pour les surréalistes, l'artiste est un voyant.
Art is Arp, au Musée d'Art moderne et contemporain de Strasbourg, jusqu'au 15 février 2009. Commissaire : Isabelle Ewig.
Catalogue d'exposition publié aux éditions des Musées de la Ville de Strasbourg, 2008, 345 p., 52 euros.
Illustrations :
1. Hans Jean Arp, Cravates et tête ou Configuration au chef perdu (détail), 1925, bois peint, 52 x 56 x 6 cm, Musée d’Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg, legs André Horn, 1948, © photo Musées de Strasbourg, Mathieu Bertola. © ADAGP Paris 2008
2. Marcel Jean, Oscar Dominguez, Hans Jean Arp, Sophie Taeuber-Arp, Cadavre exquis, 1937, collage et crayon, 30,6 x 23,6 cm, Stiftung Hans Arp und Sophie Taeuber-Arp e.V., Rolandseck, photo : Wolfgang Morell. © ADAGP Paris 2008
3. Hans Jean Arp, Composition (le Crucifié, Crucifixion), 1914, bois peint, 120,5 x 120,5 cm, Musée d’Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg, don de François Arp, 1973, © photo Musées de Strasbourg, Mathieu Bertola. © ADAGP Paris 2008
Sur le web :
- le site du Musée d'Art moderne et contemporains de Strasbourg
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Grafitti à la Fondation Cartier
Consacrée au graffiti et au street art, l’exposition Né dans la rue met en lumière la vitalité d’un mouvement artistique qui a pris son essor dans les rues de New York...
Palestine à l'Institut du monde arabe
L'Institut du monde arabe présente 19 artistes témoignant de la vivacité de la jeune scène contemporaine palestinienne.