Entretien avec Serge Gordey, producteur de la série
Alors que l'armée israëlienne pilonne depuis plus d'une semaine la bande de Gaza, Flu a interviewé Serge Gordey producteur de la série documentaire Gaza Sderot qui diffuse sur le site d'Arte depuis octobre dernier le quotidien d'Israéliens et de Palestiniens vivants de part et d'autre de la frontière.
Avez-vous des nouvelles de vos équipes ?
Pour Gaza, Youssef Atwa, le producteur palestinien que j'ai réussi à avoir deux fois au téléphone, m'a raconté qu'en ce moment l'équipe est dépassée par les événements. Chacun essaie de trouver un abri, c'est-à-dire de partir de Gaza. Les frappes sont ciblées, c'est vrai, mais il reste quand même de gros risques d'être éclaboussé.
Les gens tentent de sortir de la ville pour partir dans le sud ou à la campagne. Conséquence : les rues sont désertes, il est difficile de circuler sans prendre de risque et il devient presque impossible de retrouver les personnages que l'on a suivi pendant quarante jours. Pour lui, aujourd'hui personne n'est en sécurité.
À Sderot, une partie de l'équipe attend son ordre de mobilisation dans l'armée. Toutefois, le contact est gardé avec les personnages. Ce qui a changé la dernière semaine par rapport à ce qui se passait avant, c'est que le rayon d'action des offensives palestiniennes, les tirs des kassams, s'est déployé.
Avant, on pouvait assez facilement partir se réfugier en dehors de la ville, aujourd'hui, c'est beaucoup moins sûr. On vit en plus dans l'angoisse, car il y a des alertes absolument tout le temps qui sont systématiquement suivies de frappes qu'il est impossible de prévoir où elles vont tomber.les rues sont désertes, il est difficile de circuler sans prendre de risque et il devient presque impossible de retrouver les personnages que l'on a suivi pendant quarante jours
Que pensent les personnes rencontrées pour votre documentaire à Sderot de l'action militaire ?
En majorité, nos personnages sont plutôt favorables aux frappes aériennes, même si personne ne semble comprendre où cela va mener. Il reste une certaine inquiétude, car c'est une armée de contingents et tout le monde peut partir d'un moment à l'autre si une action militaire au sol est envisagée.
Quel est votre sentiment aujourd'hui sur le projet et sur son arrêt à quelques jours du début du conflit ?
Le projet s'est arrêté quelques jours avant la fin de la trêve. On est bien sûr inquiet pour les équipes, des deux côtés de la frontière. On regrette que les tournages se soient arrêtés à ce moment charnière, on a un sentiment de frustration, parce qu'on aurait pu - si on avait continué - montrer d'autres facettes de ce qui est en train de se passes et faire comprendre la complexité de ce qui se déroule, la réalité du terrain, plus difficile à palper avec les images de guerre que l'on voit dans les médias aujourd'hui.Il n'y a pas de possibilité aujourd'hui de relancer la production
Pensez-vous reprendre votre documentaire une fois la situation apaisée ?
On espère relancer les choses dès que possible. Actuellement on est en discussion avec Arte. Mais il n'est pas possible pour l'instant de faire le même travail que l'on avait fait jusque là : outre les équipes techniques difficilement contactables à Gaza, il n'y a presque pas de communication possible ni d'électricité. Or, nos reportages nécessitent des une certaine disponibilité d'installations électrique entre le tournage, le montage, l'envoie en France. Il n'y a pas de possibilité aujourd'hui de relancer la production.
Y avait-il un risque, selon vous, à mettre sur le même plan deux communautés qui vivent des réalités très éloignées l'une de l'autre ?
Si nous avons fait en sorte que les réalités sont sur le même écran, elles ne sont pas sur le même plan. Notre idée, c'était de montrer ce qui se passait à un instant t du côté de Gaza et du côté de Sderot. D'un point de vue éditorial, nous nous sommes d'ailleurs interdit de mettre deux actions similaires en parallèle. On n'a jamais montré, par exemple, une fille rentrer de l'école du côté de Gaza et une autre à Sderot dans le même reportage. Mais sur le plan politique, dans une guerre, il y a toujours deux côtés. Ce qu'on montre ce sont les deux côtés. Il faut bien expliquer ce qui les oppose et ceux qui les sépare et ce n'est pas mettre sur le même plan deux réalités, c'est les exposer. L'internaute et le téléspectateur font forcément la part des choses. On l'a vu, par exemple, dans les commentaires de nos vidéos.
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