Toutes les nuits jusqu'au 31 décembre, la nef du Grand Palais abrite sous son ciel de verre et de fer une manifestation unique en son genre, dédiée au mystère des « images projetées ».

Sous le prétexte de la clôture de la présidence française de l'Union européenne, Dans la nuit, des images a été conçu comme une ode à l'image dans l'art contemporain, dans le cadre fantasmé d'une Europe des créateurs dont l'un des points nodaux serait le Fresnoy – Studio national des arts contemporains, dont on fête les dix ans. Pour Alain Fleischer, directeur artistique de l'opération et patron de l'école d'art, c'est l'occasion de montrer le rôle du Fresnoy comme promoteur de l'usage des nouvelles technologies dans l'art.

Près de 140 œuvres sont déployées dans l'immense (et glacial) espace du Grand Palais, qui depuis La Force de l'Art, en 2006, semble être devenu la vitrine de la création de la « Culture » française, dans tout ce qu'elle a de plus officiel. S'il n'est pas question ici uniquement de la création hexagonale, puisque les artistes français sont une toute petite minorité, le but est tout de même de démontrer, par l'exemple d'une école comme le Fresnoy, qui a produit la plupart des œuvres présentées, le dynamisme fédérateur de la France. L'exposition du Grand Palais, si elle ne reflète que partiellement la réalité d'un panorama de la création multimédia européenne, est vivifiante dans sa manière de faire se côtoyer les références obligées (Chris Marker, Bill Viola, Thierry Kunstzel, Christian Marclay, Nam June Paik...) et les artistes récemment révélés (Gregory Chatonsky, Maïder Fortuné, Fabien Giraud, Mihai Grecu...).

L'évidence des images

Premier constat dès que l'on pénètre sous la verrière du Grand Palais : la muséographie de Dans la nuit, des images est bluffante, même si la lisibilité de certaines œuvres peut être ardue, l'espace n'étant éclairé que par les images. Projetés au sol, au mur ou sur des écrans dont le format varie de l'iPod à la toile de cinéma, les films, vidéos, œuvres d'art numérique et photographies (hélas montrées sur écran, ce qui leur ôte toute dimension iconique), les images s'imposent au visiteur par l'évidence de leur apparition dans l'obscurité. Monumentalité et grandiloquence servent ainsi certaines œuvres qui dans un format différent n'auraient pas eu le même impact, telle la vidéo Naufrage de la jeune Clorinde Durand, séquence au ralenti de lévitation de corps dans l'espace, qui bénéficie d'un écran XXL, tout comme le monumental Data.tron de Ryoji Ikeda, qui absorbe le spectateur dans l'univers informatique infini compris entre le 0 et le 1, ou la fausse battle orchestrée par Fabien Giraud dans The Straight Edge. Par opposition, l'intimité d'un écran de télévision standard n'aurait pas moins sis à la vidéo Totem de Maïder Fortuné, travail sur la fiction du visage.

Second constat : Alain Fleischer n'a favorisé nulle ligne directrice, nul faux prétexte curatorial, et bien lui en a pris. Car la visite de Dans la nuit, des images, intitulé elliptique en forme de haïku qui annonce — ou plutôt n'annonce pas — le programme, se vit comme une balade baudelairienne dans une forêt de symboles, une immersion dans un univers enchanté. A condition de ne pas chercher à résoudre le mystère de la beauté des images.

Dans la nuit, des images, dans la nef Grand Palais, du 18 au 31 décembre 2008. Tous les soirs de 17h à 1h (sauf le 31 décembre, fermeture à 21h). Entrée libre.

A noter plusieurs événements en lien avec l'exposition, notamment une performance de Jeff Mills le 18, le colloque « Vitesses limites » à l'Auditorium les 18 et 19, un Bal blanc le 20 et la programmation de films et vidéo du Fresnoy les 20, 21, 27 et 28.

Magali Lesauvage



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Sur le web : plus d'infos sur le site du Fresnoy



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