Le spectacle de James Thierrée s’offre une nouvelle escale à Paris avant un long sommeil. A la croisée du théâtre, du cirque, du mime et de la danse, ce concentré de poésie est un voyage immanquable, passionnant et magique, qui fait inlassablement passer les spectateurs du rire aux larmes.


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Nom : Thierrée. Prénoms James Spencer Henry Edmond Marcel. Signe particulier : enfant de la balle, descendant de deux illustres lignées d’artistes-poètes-fabricants de rêve. D’un côté, la famille Chaplin, le grand-père, Charlie, héros vénéré de nombreuses générations avides d’humour et d’espoir, et la mère, Victoria. De l’autre, la famille Thierrée, le père Jean-Baptiste, circassien aux cheveux fous, adepte de poésie douce et belle. La sœur Aurélia, elle aussi, s’essaie à la scène avec un talent en pleine maturation (voir son Oratorio, sur la même scène du Rond-Point, en mai prochain).

Art protéiforme

James, qui faisait sa première apparition dans « Le cirque invisible » de ses parents à l’âge de 4 ans, baigne tôt dans un art protéiforme, richissime. De son grand-père il a emprunté la gestuelle, une façon de se battre contre les éléments, contre lui-même parfois, d’étendre ses pieds en canard, d'afficher un sourire candide qui ferait fondre les plus irréductibles grognons. Sa mère appose quant à elle sa griffe virtuose sur les costumes, superbes, de ses créations. Son père est un peu partout. Mais James Thierrée invente un monde qui n’appartient qu’à lui. Où cirque et mime, théâtre et musique, danse et poésie se conjuguent en majesté. Où le rêve se bâtit par petites touches, mine de rien.

Avec La symphonie du hanneton et Au revoir parapluie, La veillée des abysses fait partie du répertoire de la Compagnie du Hanneton. Revoilà cette Veillée de rêve au Rond-Point, à l’issue d’une tournée au long cours, quatre ans après son passage au Théâtre de la Ville. Qu’y voit-on ? Cinq êtres étranges, comme échoués après une longue traversée. Ils jouent, dansent, chantent, grimpent, dansent, aux prises avec les éléments capricieux et farceurs qui se trouvent sur leur chemin. Une grille infranchissable, un sofa glouton, un piano à malices… Un danseur virtuose, une contorsionniste magnifique – voyez-la s’entortiller à la grille dans son costume de velours vert, façon gargouille -, une diva pianiste dingue, un Monsieur Loyal. Et lui, James, arborant cette fois longue tignasse et barbe, une allure gitane née d’un tournage avec Tony Gatlif. Lui, James en roi des métamorphoses, qui danse, grimpe, tourne, virevolte. C’est un maître de cérémonie qui ne tire jamais la couverture à lui. Il orchestre mais ne règne pas. Il laisse exploser le talent de ses comparses (Raphaëlle Boitel, Niklas Ek, Thiago Martins et Uma Ysamat), créatures étonnantes, attachantes, cocasses et virtuoses.

Envols lyriques, folies balkaniques, solos poétiques, explosions fantasmagoriques, les séquences se suivent et ne se ressemblent pas, nous faisant passer du rire aux larmes. Inlassablement. Et quand la bande d’aventuriers reprend sa route, dans un navire de bric et de broc, voile blanche au vent qui se gonfle et s’agite, l’émotion et la magie culminent. Magnifique, et mémorable.

La Veillée des abysses de James Thierrée. Au Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 4 janvier.

Illustrations : La Veillée des abysses de James Thierrée © Richard Haughton

Nedjma Van Egmond



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Sur le web : le site du Théâtre du Rond-Point



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