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Année 1990

Un paradis pour l'homme ?

Pixar, la boîte à rêves

Comment bosse-t-on dans les studios d'animation ?

Les studios Pixar font rêver le monde entier, non seulement par leur insatiable créativité, mais aussi comme type d'entreprise, où l'employé est invité à se détendre pour mieux travailler. Pixar, un modèle à suivre ?

Emeryville, Californie. Dans la baie de San Francisco, entre Berkeley et Oakland, c'est dans cette petite ville sans prétention, à l'extrême nord de la Silicon Valley, où se déploient les plus importantes industries hi-tech du monde (la Nasa, Apple, Google, Intel, Yahoo!, etc.), que s'étendent sur des centaines d'hectares les bureaux des studios Pixar, société de production d'animation florissante, fondée en 1986 par Steve Jobs et rachetée en 2006 par Disney pour près de 7,5 milliards de dollars.

Terrains de basket, piscine, salles de sport, tables de ping-pong, cuisines tout équipées, salles de yoga et salons de détente sont disséminés un peu partout. Ça n'était donc pas une légende : Pixar serait bien l'entreprise rêvée, celle où effort rime avec plaisir, où l'on n'observe nulle distinction de grade, et où tous sont salariés, du technicien au producteur. Première constatation, le bâtiment principal a été conçu de manière symétrique autour d'un immense hall, où les uniques toilettes, partagées par tous, sont censées servir de catalyseur de création. A une vision verticale de l'entreprise s'oppose ici une vision horizontale, matérialisée par cette architecture et que l'on retrouve dans la conception même des films, où le modèle Pixar s'oppose à celui de Hollywood.

Si à Hollywood, on fixe comme point de départ à un film une idée, unique et définitive, due à une personne extérieure au studio, chez Pixar, le film est le résultat d'un maillage d'idées échangées en permanence entre les salariés. Louis Clichy, jeune animateur français que les responsables de l'animation chez Pixar sont venus pêcher à Paris après des études aux Gobelins et quelques courts films d'animation prometteurs, en témoigne : « Les soixante-dix animateurs qui font évoluer les personnages modélisés en 3D sont en contact direct avec le réalisateur. Régulièrement ont lieu des projections, et le brainstorming est constant ».

Pixar, la boîte rêvée ? Selon John Lasseter, responsable de l'animation (et réalisateur, entre autres, de Toy Story et de Cars), les studios d'Emeryville sont « un paradis pour l'homme ». De fait, le site Internet des studios Pixar le dit lui-même, via l'un des directeurs techniques : « It's fun to work at Pixar ! ». Mais reste à savoir : est-ce fun parce que les assistants de direction se baladent d'un bureau à un autre en patinette, ou parce que l'entreprise compte sa propre section Recherche et Développement et laisse encore dans la conception de ses films d'animation une grande place au crayon (et à la gomme) ? La créativité inépuisable des concepteurs du Monde de Nemo, de Ratatouille ou de Toy Story, qui ont raflé depuis 1995 une vingtaine d'oscars, est-elle en partie due au fait que l'on trouve dans les couloirs des baby-foots à disposition ou des saladiers remplis de céréales ? La révolution qu'a menée Pixar dans l'univers de l'animation (et qui lui valut même une expo au MoMa en 2006), autrefois dominé par les studios Disney, vient-elle de sa conception — très américaine — de l'entreprise : un lieu à la fois sécurisant et de dépassement de soi ?

Car, on l'a compris chez Pixar, le stress n'est pas bon pour le travail : une demi-heure de baby-foot vaut mieux que des coups de trique, et ces « lieux de divertissement » agissent comme des sas de décompression, des doses d'« oxygène », selon John Lasseter. Sans eux, il serait impossible, selon Brad Bird, réalisateur des Indestructibles et de Ratatouille, de terminer les films à temps. Fun donc, mais dans les limites exigées par la dead line.

Travailler chez Pixar, c'est un mode de vie, presque une culture. La vie des employés se confond avec celle de l'entreprise, qui devient pour certains une vraie famille, d'où un certain paternalisme. Même si, selon Louis Clichy, on n'est pas « forcé de l'adopter ».


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Magali Lesauvage - 21 juillet 2009

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