Jeu musical - Xbox 360 - PS3 - PS2 - Wii - Sortie en France le 21 novembre 2008
Guitar Hero I & II avaient instauré des bases solides sur lesquelles Neversoft pouvait capitaliser à loisir. Après un Guitar Hero III au succès mitigé, apprécié du clien, mais boudé par les puristes de la licence, le studio avait un nouveau challenge à relever. Ses rivaux d’Harmonix avaient sorti Rock Band entre deux et cette évolution du jeu musical recelait des opportunités ludiques à concrétiser. Ou plutôt économique, vu la manne qu représentent les packs d’instruments vendus à prix d’or.
Tourbe ou glaise, la boue reste de la boue, et les grandes pointures restent désespérément absentes du jukebox. Cette invitation forcée au contenu téléchargeable payant a de quoi énerver.
Les deux autres points sur lesquels GHWT veut concurrencer Rock Band sont le matériel et le multijoueur. Guitar Hero World Tour dispose de guitares aux finitions plus agréables, ainsi que d’une batterie caoutchoutée qui ne fera certainement pas l’unanimité de par sa sensibilité mal calibrée. Bien que plus solide que la batterie de Rock Band, les toms et cymbales sont trop serrés et la pédale en roue libre glisse loin du pied en plein morceau.
Le multijoueur quant à lui n’apporte aucune évolution positive par rapport à Guitar Hero III. Même si les secousses d’écran et les couacs tonitruants ont été éliminés, la présence d’une seule barre de Star Power pour tout le groupe a de quoi laisser perplexe. Sa constitution est commune, mais son utilisation réduite à un seul membre, ce qui rend les passages ardus encore plus complexes quand un élu sauve les meubles et les autres limitent la casse.
La difficulté rééquilibrée depuis GH III amortit à peine la frustration d’un choix de game-design aussi débile.
L’interface et les informations à l’écran deviennent tout bonnement illisibles en session de groupe, accentuant le chaos inhérent aux passages tendus.
Et dans la confusion, les avatars customisés en profondeur dans le magasin, jusqu'aux cordes de leur guitare, passent inaperçus. L'aspect cosmétique, au demeurant très satisfaisant, se fait phagocyter par la frustration qu'engendre le reste.
Histoire d’enfoncer le clou, les rares mises à jour du gameplay, comme les notes liées à faire sur la barre de slide des guitares ou les beats sans notes de la basse ne compensent pas les défauts, voire les aggravent. L’ergonomie ratée des touches de slide sur le manche de la guitare, ce pavé tactile en retrait et sans repères pourrit les solos au lieu de les enrichir.
Le chant est tout aussi mal pensé avec un déroulement à la Singstar qui s’emballe en expert, rejoignant la batterie dans l’inventaire des instruments impraticables dans les plus hauts niveaux de difficulté.
Guitar Hero World Tour souffre de son manque de maturité, mais aussi d’une certaine fainéantise. Le mode carrière est une vaste farce où le mode solo et multijoueur sont identiques, où les set-lists des concerts rivalisent de mauvais goût sous prétexte de rester dans un même genre musical. Comparé au mode World Tour de Rock Band, GHWT fait figure de cancre incapable de copier correctement.
La seule véritable innovation de Guitar Hero World Tour devait être son éditeur de morceaux. Limité à une bibliothèque MIDI, son interface nécessite une bonne dose de patience pour parvenir à un résultat décent. Ceux qui n’ont pas l’oreille musicale et apprécient le jeu pour ce qu’il est, c'est-à-dire un jeu, passeront leur chemin sans s’arrêter, même par curiosité.
Guitar Hero World Tour a tenté de reprendre son titre du roi du rock en singeant Rock Band. Peine perdue. Avec son matériel douteux, sa lisibilité ratée, son mode carrière indigent et son multijoueur bricolé, GHWT est déjà obsolète. Oui, parce que Rock Band 2 est déjà sorti, et le relègue dans le carton des antiquités.

Guitar Hero World Tour
Développeur : Neversoft
Editeur : Activision
Sortie en France : 21 novembre 2008