Jeu Musical - Wii - Sortie en France le 14 novembre 2008
Les jeux musicaux reposent avant tout sur un certain sens du rythme. Au-delà des notes jouées de Rock Band et Guitar Hero, tout est question de tempo. Un tyran qui règne sur les cours de solfège et préside au gameplay des jeux à accessoire. Face à cette contrainte, Wii Music joue la carte de l’accessibilité en s’affranchissant du rythme. Dans la plus pure philosophie Nintendo actuelle, Wii Music est le parangon du loisir sans entraves. Mais aussi sans but, et sans la moindre consistance.
Wii Sports et Wii Fit ont déjà montré que le sport, ce rapport masochiste au corps, pouvait être amusant et libérateur, faisant abstraction totale de la douleur physique pour n’en retirer que l’endorphine. Wii Music veut quant à lui donner la pleine satisfaction d’une pratique artistique sans aucun de ses désagréments.
Le concept de Wii Music s’apparente de près à celui de l’Air Guitar. Cette forme libre qui vise à mimer un instrument sur une bande-son se développe ici à travers 60 instruments différents que l’on imite avec la Wiimote et le Nunchuck, pendant qu’une mélodie défile en arrière-plan.
Suivant nos mouvements, le flot de note variera sans jamais froisser la mélopée. Les pistes MIDI se suivent et se ressemblent, alignant les airs d’opéra, les thèmes Nintendo et la pop à l’eau. Le ballet des notes synthétiques au possible reste à la discrétion du jeu, qui n’affichera la partition que si l’on insiste.
Sous couvert de forme libre, Wii Music déstructure la pratique musicale pour la résumer à des mimes approximatifs qui ne seront ni jugés ni sanctionnés puisque les maladresses sont comblées par des arpèges qui raccommodent la partition. Tout au plus, le mode chef d’orchestre fera semblant d’estimer votre sens du tempo, mais la marge d’erreur est énorme. Assez énorme pour qu’on se pose la question du challenge et de la finalité.
Il n’y en a aucun dans Wii Music. Le but est de jouer, purement et simplement. Ou plutôt d’avoir l’impression de jouer, que ce soit d’un instrument ou à un jeu. Wii Music n’est pas à proprement parler un jeu, c’est un atelier d’expression corporelle nunuche.
Les positions à mimer alternent entre les quatre configurations de base, ce qui fait que pipeau, trompette et tous les instruments à vent s’interchangent sans varier le gameplay, artificiellement suscité par la pression des boutons sur la Wiimote.
L’extrême tolérance de Wii Music est aussi ce qui en fait une expérience désarmante. Le fait de ne pouvoir jouer exactement la mélodie, à cause des variations insérées par le logiciel suivant l’inclinaision de la Wiimote contribue à une certaine frustration.
En voulant nier les règles, la précision et l’exactitude passent elles aussi à la trappe. On ne sait jamais vraiment ce qui va sortir des hauts-parleurs, donnant ainsi la ferme impression que tout n’est qu’aléatoire et que le joueur n’est qu’une interface facultative.
Wii Music s’essaye aussi au communautaire pré-mâché avec le mode Jam, qui permet de tester un instrument sur une piste choisie et d’enregistrer sa performance sous quelques angles, pour l’envoyer ensuite à un ami. Les outils de customisation de la pochette frisent l’indigence, tout comme l’intérêt d’une mélodie sur rail accompagnée par un orchestre au répertoire inexistant. On peut même se noter soi-même, dans le plus pur style Ecole des Fans. Tout le monde reçoit un dix parce qu’il a bien fait semblant, sous vos applaudissements.
Les prétentions d’initiation musicale de Wii Music peuvent s’entrevoir dans les mini-jeux qui nous font déceler des notes dissonantes ou des accords, laids et anecdotiques, ou par le biais du mode batterie.
Ce dernier nécessite l’achat de Wii Fit, que vous avez probablement déjà dans un carton si vous êtes un bon petit Wii-consommateur. Le fonctionnement de la batterie est à ce titre en opposition avec le reste de Wii Music, non-intuitif, car il faut se souvenir des combinaisons de touches de la Wiimote et du Nunchuck pour déclencher un son de tom ou de cymbale.
Ce n’est pas la déplacement des périphériques qui importe ici, mais votre capacité à choisir le sample qui doit sortir, tout en faisant attention à contrôler votre exhubérance de batteur fou. La détection des mouvements est en effet assez minable, faisant du son au moindre geste, et la réactivité de la Balance Board laisse vraiment à désirer.
Le postulat de l’initiation aurait pu tenir deux minutes si Wii Music avait le moindre potentiel pédagogique. Il n’en a pas, ses outils sont minables, et sa portée est faible.
Wii Music amusera les enfants une heure ou deux, le temps de les lasser aussi rapidement que n’importe quel jouet dénué d’imagination. Pour tous les autres, il révèlera vite sa vacuité musicale sur tous les plans.
En voulant prendre le contre-pied des jeux musicaux ou la maîtrise récompense le joueur, Wii Music s’embourbe dans une cucuterie bêtifiante, entre jeu d’éveil pour gamin attardé et ultra-permissivité informe.
On aurait pu faire sans challenge, mais il manque avant tout à Wii Music une finalité, une raison d’être. Le pays du sourire n’est qu’un placard à courants d’airs.

Wii Music
Développeur / Editeur : Nintendo
Sortie en France : 14 novembre 2008