Far Cry avait en 2004 inauguré les prémisces du FPS guerrier dans un cadre sauvage ouvert. Le plaisir de l’exploration donnait à un scénario de science-fiction foncièrement Série B l’ampleur nécessaire pour décoller et laisser son empreinte dans l’histoire. Quatre ans plus tard, UbiSoft a racheté la licence pour produite une fausse suite qui n’a de Far Cry que le nom, et ce free-roaming en terre inconnue. Usurpateur à peine caché, Far Cry 2 nous plonge en pleine guerre civile dans une Afrique en flammes. Un inquiétant miroir du réel où tout le monde veut votre peau.

Far Cry 2 n’est pas la suite directe de Far Cry. Exit Jack Carver le mutant transgénique, le nouveau héros n’est qu’un mercenaire qui compte faire son beurre aux dépends de deux factions, l’UFLL et l’APR, qui se déchirent pour un lopin de terre brûlée. En marge du conflit, se trouve le Chacal, un énigmatique trafiquant d’armes dont la cagnotte vous intéresse au plus haut point.

Si le chacal semble votre préoccupation première, il faudra néanmoins faire avec un revers de fortune inattendu : Contaminé par la malaria, vous êtes laissé pour mort par vos employeurs, qui préfèrent investir dans une main d’œuvre en bonne santé. Entre survie et cupidité, vous entamez alors une suite de jobs en sous-main pour l’UFL et l’APR, dans le but de financer votre traitement mais aussi vous rapprocher du Chacal.

Sur ces quelques lignes de scénario, Far Cry 2 vous parachute en pleine savane, armé d’une machette, d’une carte et d’un GPS. Au début dépassé par l’immense étendue qui se déploie sous nos yeux, on repère les points d’exclamations sur la carte, qui correspondent à des offres d’emploi potentielles.
La surface à parcourir s’étalant à perte de vue, on embarque dans la première jeep venue pour se faire embaucher par une des factions en présence, ou par un des personnages secondaires rencontrés au cours des missions.

Celles-ci sont variées et concrètes. Récupérer des chargements, livrer des objets, exécuter un personnage ou toute un régiment, les modalités changent mais les objectifs restent sensiblement les mêmes. Leur conclusion est quant à elle toujours identique, c'est-à-dire un carnage bien bruyant livré avec sa caisse d’explosions, quelle que soit votre mission. Rarement le trafic de faux papiers n’aura été aussi pyrotechnique.

Non pas qu’on soit d’un naturel belliqueux, mais il semblerait que toute l’Afrique nous ait décerné le statut d’ennemi public N°1. N’importe quel homme armé ouvrira le feu dès qu’il nous croisera, quand bien même on se trouve en zone de cessez-le-feu, avec une affectation venant de sa propre faction. Ces fusillades forcées et absurdes masquent un temps le caractère répétitif de Far Cry 2.

Durant les 2/3 du jeu, on tentera de préserver son véhicule pour aller d’un rendez-vous à un autre, en roulant à tombeau ouvert pour écourter le trajet. Car vous allez en avaler du kilomètre. On quadrille la carte de long en large, en croisant à chaque carrefour une tour de garde peuplée de mercenaires qui se croient en plein safari. On descend de sa jeep, échange de coups de feu, on remonte dans la jeep. Et quand on repasse au même carrefour, un assortiment tout frais de chair à canon charolaise nous attend pour le même rituel.

Sous le prétexte de missions top-secrètes, nos motivations sont inconnues des différents grouillots, justifiant ainsi leur agressivité à notre encontre. Une excuse assez minable qui expose les limites de l’IA et des scripts de mission à l’échelle d’un territoire aussi grand.

Ce manque de profondeur se retrouve dans la trame principale, dont les choix influencent peu le résultat final, et absolument pas l’univers de jeu. C’est regrettable, car les seconds rôles caricaturaux ne sont fréquentés qu’en surface, leurs motivations et leur passé restent inconnus, leur conférant aussi peu d’épaisseur que le premier grouillot en treillis venu.

Si l’on cherche de la complexité, c’est vers le système de combat qu’il faudra se tourner. L’entretien des armes aura une importance vitale, tout comme le choix de son fournisseur et de son modèle favori selon les arrivages. Le Chacal inonde le marché d’armes d’occasion vétustes et pour éviter les mauvaises surprises en pleine action, il faudra investir ses dollars dans du matériel fiable. L’économie de guerre dans toute sa splendeur.
Une fois équipé jusqu’aux dents, on pourra améliorer ses chances en achetant des manuels d’entretien, ou des poches supplémentaires. C’est qu’on a vite les mains pleines avec une machette, un fusil, un pistolet et une arme lourde sous le bras.

Les affrontements affichent un bodycount impressionnant, ne serait-ce qu’à cause des ennemis qui respawnent après notre passage, mais surtout par les moyens de destruction employés. Les containers explosifs parsèment chaque lieu, provoquant des feux de brousse superbes, et des dégâts impressionnants. Le moteur graphique se met complètement au service des effets spéciaux, lui qui nous épargnait déjà les temps de chargement au volant de notre véhicule.

La difficulté s’aligne sur le spectaculaire des massacres, car si les ennemis meurent d’une rafale pendant qu’on encaisse un chargeur sans sourciller, le nombre d’adversaires et les degrés de blessures compliquent notre survie. Si les égratignures peuvent se soigner avec une piqûre de soin, les entailles profondes et autres hémorragies passeront par une chirurgie de fortune. A cela s’ajoutent les effets de la malaria qu’on doit en permanence traiter avec des pilules.

Tous ces facteurs mettent le challenge à un niveau appréciable, conférant à l’aventure principale seule une durée de vie d’une douzaine d’heure. Prévoyez au moins le double si vous comptez explorer la savane. Et une triple dose de patience pour supporter les trajets en jeep.

Far Cry 2 dispose également d’un mode multijoueur plutôt bien fait, qui fonctionne avec un système de classes à faire évoluer, en même temps que son équipement. Chacune des six classes possède ses particularités, que ce soit le Tireur d’Elite le Saboteur, et peut garnir son coffre à jouets avec l’argent récolté en fin de partie. Anecdotique, mais néanmoins intéressant pour les tactiques que les joueurs utilisent avec les fameux feux de brousse.

Quitte à perdre quelques heures de plus, Far Cry 2 est fourni avec son éditeur de niveaux, flexible sur PC, et vite fastidieux sur les versions console. On se sent moins floué que d’habitude envers le contenu utilisateur, bien que l’interface n’ait profité d’aucune amélioration pour la rendre plus accessible aux joueurs de salon.

Ambitieux et sauvage, Far Cry 2 peine à cacher ses limites quand on y regarde de trop près. Répétitif, voire prisonnier de ses automatismes de game-design, il tente toutefois de sortir le FPS de ses couloirs pour lui offrir un terrain chasse oppressant où chaque élément peut subitement devenir votre prédateur.

Far Cry 2 n’est pas parfait, loin de là, mais il a su saisir par bribes le climat d’une guerre civile désabusée, et c’est pour cette crudité qu’on finit par l’apprécier.

Far Cry 2
Développeur : UbiSoft Montreal
Editeur : UbiSoft
Sortie en France : 23 octobre 2008

Rémi Vermont




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