Retardé, retouché et finalement lâché dans la nature, Rise of the Argonauts est issu d’un accouchement long et difficile. La plupart du temps, ces naissances compliquées donnent des jeux débiles ou boiteux, une règle à laquelle Rise of the Argonauts tente d’échapper en s’inspirant de Mass Effect ou God of War. Handicapé par une technique approximative et une progression mal rythmée, RotA se débat pour imposer ses rares bonnes idées. Reste à savoir s’il mérite la gloire, ou le Tartare.

Tout prédisait un avenir radieux à Jason et Alcème, le jour de leur mariage devait être le plus beau de leur vie. C'était sans compter sur l’ordre des Blacktongues qui assassinèrent Alcème pendant la cérémonie, en envahissant le palais de Iolcus.

Brisé par la perte d’Alcème mais refusant de se résigner, Jason décide de partir à la recherche de la toison d’Or, seule capable de défaire ce qui a été fait. Il laisse alors derrière lui le corps de sa promise sous l’œil vigilant des quatre Dieux protecteurs de l’Île, déterminé à la ramener d’entre morts.
Première étape, Delphes, où l’Oracle l’attend pour lui révéler le formidable destin qui l’attend, lui et l’équipage de son navire, l’Argos.

Ce qui frappe dès les première minutes de jeu, c’est ce manque de finition omniprésent. Les textures des personnages principaux sont décentes, mais celles des décors ou des seconds rôles sont souvent baveuses et mal compressées. Certaines sont même très mal détourées, avec un halo blanc, voire purement bâclées, comme le témoignent les gros pixels blancs oubliés dans les transparences.

Les modélisations sont honnêtes, mais l’animation fat peine à voir, nous donnant l’impression d’une Grèce antique peuplée de robots. L’esthétique de Rise of the Argonauts aligne tous les défauts routiniers d’un Unreal Engine mal exploité. Les textures se floutent au chargement, l’eau ondule sans plier, mais surtout le framerate est assez catastrophique.

La plupart des défauts se retrouvaient déjà dans Mass Effect, à la différence près que ce dernier faisait l’effort de textures moins brouillonnes. D’ailleurs, on sent que Rise of the Argonauts s’est senti une forte filiation avec le titre de Bioware, comme on peut le constater dans son interface et ses dialogues : Roues de choix et alignement des réponses, menus à sélecteur rotatif. L’analogie se fait rapidement, bien que RotA n’ait pas su copier les bons côtés de Mass Effect, en l’occurrence, le rythme.

Quand on met de côté l’aspect technique, Rise of the Argonauts fait face à de lourds soucis de rythme. Dans ses dialogues, surtout, avec des temps morts entre chaque réplique qui plombent la fluidité des échanges. Chaque discussion devient vite pénible et l’on se contente de lire les textes en faisant défiler les lignes.
Dommage, d’autant plus que RotA fait preuve d’un travail de documentation assez sérieux sur son sujet pour pouvoir tordre le cou aux légendes avec intelligence.

Autre problème de rythme lors des déambulations dans les îles, et plus encore dans les villes : Les objectifs de missions nous forcent à faire des allers-retours en permanence, et ce pour des tâches ridicules.
Peu de terrain peut être exploré, chaque couloir a sa raison d’être, le tout cerné par des murs invisibles. On comprend vite que les concepteurs ont rallongé la durée de vie par ces bricolages un peu grossiers, qui ne contribuent qu’à notre ennui.

On pourrait dire que l’ennui serait le pire ennemi de Rise of the Argonauts. Le démarrage de la quête est beaucoup trop lent, laborieux, l’introduction se perd en préparatifs dont on se moque complètement pour finalement nous lâcher dans une aventure très inégale.

Si le scénario simpliste est assez bien soutenu par ses étapes, il n’en est pas de même pour les évènements et les combats, plus que prévisibles. Une clairière entre deux couloirs de forêt ? Attendez-vous à une nuée d’ennemis jetables. En tant qu’Action-RPG, RotA pourrait se dispenser de finesse dans les affrontements, mais les combats sont trop brutaux et répétitifs pour vraiment retenir l’attention. On abat sbire après sbire en espérant que le stock s’épuise plus vite que notre patience.

ROTA a beau se vivre au premier degré, il est involontairement drôle à cause de ses hoquets. Entre Pan le satyre à l’accent écossais, Hercule et sa corpulence absurde, les bugs de scripts qui font courir des grouillots dans les murs et l’oracle de Delphes schizophrène, on finit par se sentir coupable de rire aux dépends du jeu. Malgré lui, Rise of the Argonauts est parfois risible, que ce soit par son archaïsme ou ses stéréotypes.

Dommage que RotA pêche sur autant de points, car il inaugurait un système de leveling et de combos assez novateurs. On n’augmente plus les statistiques de son personnage, on choisit ses talents dans un arbre que l’on débloque au fur et à mesure des grâces que l’on obtient de ses Dieux. En choisissant des dialogues en accord avec sa philosophie, en dédiant ses faits d’armes et ses bonnes actions à un Dieu, on augmente son niveau de faveur et ainsi le nombre de pouvoirs qu’il met à notre disposition.

Au demeurant, c’est ce qui fonctionne le mieux dans Rise of the Argonauts, mieux en tous cas que les combos par changements d’armes dont le timing n’est pas vraiment au point.

Les efforts consentis ne font pas oublier les membres d’équipe avec lesquels on ne s’investit jamais, une détection de collisions déplorable lors des déplacements et une carte uniquement disponible en sous-menu de pause. Ca et encore tellement d’autres défauts.

Rise of the Argonauts est par ailleurs assez court. Assez pour qu’on veuille le recommencer et essayer une autre configuration de talents, entendre les commentaires d’un autre compagnon de route dans une situation donnée.
Si l’envie arrive à supplanter l’ennui, c’est ce que l’on fera. Si par contre on s’arrête sur ses faiblesses techniques et son rythme bancal, il se peut qu’on éjecte la galette avant même la fin du premier acte.

Participer aux aventures Argonautes est avant tout une question de motivation, voire de pardon. Car il faudra une miséricorde divine pour maintenir l’Argos à flot.

Rise of the Argonauts
Développeur : Liquid Entertainment
Editeur : Codemasters
Sortie en France : 12 décembre 2008

Rémi Vermont




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