Un récit en forme de fable, des personnages d’adultes restés coincés dans l’enfance, des couleurs retravaillées et acidulées... Pushing Daisies c’est un peu Amélie Poulain qui aurait rencontré le Tim Burton de Big Fish. Une série dont la féerie a, du coup, un goût de déjà-vu.

Ned, un pâtissier obsédé par les tartes, est né avec le don de ressusciter les morts. Pouvoir à double tranchant, car s’il ramène les morts de l’au-delà du bout du doigt, un deuxième contact avec eux leur serait à tout jamais fatal. Par ailleurs, s’il ressuscite un mort et ne le renvoie pas d’où il vient dans la minute qui suit, quelqu'un d’autre mourra. Ned en a bien sûr fait la pénible expérience très jeune avec sa mère, qu’il a ressuscitée, ce qui a eu pour conséquence de tuer le père de son amoureuse. Et, au premier câlin, maman est repartie dans l’au-delà pour de bon cette fois. Vingt ans plus tard, il tombe sur le cadavre de son amour d’enfance et décide de la ramener à la vie, une vie au cours de laquelle il n’aura du coup jamais plus le droit de la toucher.

Œuvre de Bryan Fuller, scénariste légèrement obsédé par la mort également à l’origine de Dead Like Me, Pushing Daisies a été saluée à son arrivée à l’antenne de ABC à la rentrée 2007 comme une des meilleures séries de l’année. Il faut dire que son esthétique héritée des cinémas de Tim Burton et Jean-Pierre Jeunet était surprenante à la télé, que la réalisation, assurée par Barry Sonnenfeld (La Famille Addams, Men in Black) pour les premiers épisodes, est particulièrement soignée, que les partis-pris formels sont osés pour le petit écran, et que le tout a une allure de bonbon particulièrement appétissant. Et si les enquêtes – Ned fait équipe avec un détective privé qui profite de son don pour résoudre des crimes – ne sont pas haletantes, leur caractère loufoque et gentiment morbide garde un côté réjouissant. Le titre était d’ailleurs prometteur, « pushing daisies » étant un genre d’équivalent à l’expression française « manger les pissenlits par la racine ».

Mais ce bel emballage ne suffit pas à se passionner pour Pushing Daisies qui lasse après quelques épisodes. La voix off qui raconte l’histoire est franchement inspirée de l’excellent André Dussollier d’Amélie Poulain – « à cet instant précis, il s’était écoulé exactement 19 ans, 3 mois, 24 jours, 45 minutes et 12 secondes… » - mais elle ne peut tenir la comparaison. Tout comme l’esthétique qui, si elle est rare sur nos petits écrans, aurait mérité de prendre plus de liberté par rapport à ses modèles. Comme ce ne sont pas les intrigues, presque secondaires, ni les personnages, sympathiques mais un peu lisses, qui font le sel de Pushing Daisies, mais son ambiance, ses couleurs, sa tonalité de conte moderne, la série pâtit de ses nobles références qu’elle convoque à l’excès. A moins évidemment d’être un accro à Jeunet.

La saison 2 a été diffusée aux Etats-Unis, mais ABC n’a pas commandé de troisième saison.

Illus. © Warner Bros. Television
Vanina Arrighi de Casanova




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