A l'occasion du lancement (raté) d'Europeana, portail de la bibliothèque numérisée européenne, rapide comparatif avec son ennemi américain, Google Books Search.


Le lancement le 20 novembre du portail de la bibliothèque numérique européenne Europeana a du en faire ricaner quelques uns chez Google. Victime de son succès - 20 millions de "clics" par heure - le site Europeana n'a pas tenu le coup et ferme jusqu'à la mi-décembre. L'occasion de comparer les deux projets concurrents.

Qui a eu l'idée le premier ?

Si Gallica, le site de la BNF est le premier exemple en Europe de numérisation d'un catalogue de bibliothèque, son utilisation est fastidieuse et il est impossible de chercher sur le contenu des œuvres indexées.

L'avantage de l'initiative revient donc indéniablement au géant du moteur de recherche, Google, qui en 2004 lance son projet de bibliothèque numérisée à l'échelle mondiale dont l'indexation cette fois se fera sur le mode texte, permettant de l'incorporer au moteur de recherche.

Face à l'avancée menaçante de Google qui a signé avec six bibliothèques européennes, l'Europe, France en tête par la voix de Jean-Noël Jeanneney alors président de la BNF, lance une contre-offensive portée par Jacques Chirac. Ce sera Europeana.

Qu'est-ce-qu'on y lit ?

Google a conclu des partenariats avec de nombreuses bibliothèques publiques (New York, Lyon, Bavière) et des universités (Oxford, Harvard, Columbia, Université de Lausanne, de Gand, de Keio au Japon, de Madrid...). Ainsi, en Français, on trouve les œuvres tombées dans le domaine public telles que celles de Victor Hugo entièrement numérisées. Pour les œuvres récentes sous droit, 1795 titres en Français publiés entre 2007 et 2008 sont totalement libres d'accès. Il s'agit en majorité des guides de voyages du Petit Futé et des publications de l'OCDE. En revanche la plupart des œuvres récentes sous droit ne présentent qu'un extrait (20% maximum de la totalité de l'œuvre) s'accompagnant de liens commerciaux vers les éditeurs et/ou des librairies pour acheter le livre ou vers une bibliothèque pour l'emprunter.

La France fournit pour l'instant 52% des 2 millions d'œuvres numérisées sur Europeana. Ils proviennent de la BNF, de l"INA, de la cité de la musique... Le reste proviendra des bibliothèques nationales et des musées européens qui accepteront le principe de l'accès gratuit à leur catalogue.

Si Google s'impose avec un nombre vertigineux de titres (plus de dix millions), concédons un léger avantage à Europeana qui proposera, en plus des livres, des œuvres cinématographiques, musicales et picturales.

Comment ça marche ?

La conception du portail Europeana est financé par la Commission européenne, cependant il revient au États membres de procéder à la numérisation de leurs catalogues. Tandis que le géant Google bénéficie de la nette avance qu'on pris ses partenaires universitaires américains en terme de numérisation, et a largement l'assise financière et technique pour assurer la mise en ligne fonctionnelle de millions de titres.

Cependant, Europeana marque un point en proposant un vrai tri hiérarchisé selon des critères de pertinence dans les résultats de recherche et exempts de liens commerciaux.

Combien ça coûte ?

125 millions de dollars versés par Google pour financer un Registre des droits sur les livres, rémunérer les titulaires de droits et régler les procès en cours aux États-unis. Un accord qui devrait concerner aussi les ayants droit européens des ouvrages présents dans les bibliothèques américaines et numérisés par Google. A l'image de l'accord passé avec la ville de Lyon, qui possède la deuxième collection la plus importante de France après la BNF, Google finance la numérisation de A à Z. A Lyon, Le géant du web prend à sa charge et sans contrepartie financière la numérisation de 450 000 à 500 000 ouvrages imprimés dans un délai de dix ans, en mode image et en mode texte. Un appel d'offre pour lequel Europeana n'a pas pu s'aligner, faute de financement.

Car le projet Europeana fait figure de David contre Google/ Goliath. La commission Européenne finance à hauteur de 1,3 petit million d'euros par an le travail de recherche et de développement autour du projet.

Si on ne connaît pas le budget de Google Books, une certitude demeure, le géant n'investit pas massivement dans le livre numérisé par pur humanisme. Sentant le marché des e-books sur le point d'exploser, ceux-ci devant être bientôt techniquement au point, Google ambitionne de s'imposer comme le nouvel Amazon de ce juteux eldorado.

Qu'est-ce-qui cloche ?

Google vient de sortir d'une longue procédure judiciaire qui l'opposait depuis 2005 aux éditeurs et auteurs américains sur la question des œuvres sous droits d'auteur. Si le moteur de recherche a gagné une première manche aux Etats-Unis, il reste à convaincre l'Europe, où la conception du droit d'auteur est très différente et où Europeana peut s'imposer face à l'"impérialisme" de Google. Car de plus en plus de voix s'élèvent contre Google et son mode de fonctionnement monopolistique à la Microsoft, qui écrase tout sur son passage. Un déficit d'image qui pourrait donner lieu à l'organisation d'un "front de résistance" derrière Europeana.

Europeana n'ayant pour l'instant pas l'intention de proposer l'accès à des œuvres sous droits, la bibliothèque ne devrait donc pas rencontrer de difficultés de la part des auteurs et éditeurs. Ses difficultés sont plutôt d'ordre technique. Europe oblige, le site a pour ambition de proposer ses contenus en 22 langues, ce qui laisse entrevoir l'immense tâche de traduction que cela représente, or, au moment du lancement du site, la page d'accueil est en anglais. Et on l'a vu, le site, submergé de visiteurs n'a pas tenu le choc.

Avantage Google, donc, qui a le mérite de fonctionner, dans toutes les langues.

Verdict

A l'arrivée, il semble que Google bénéficie largement de son ancienneté et de sa dimension mondiale. De plus, la conclusion de l'accord sur les droits d'auteur l'a dédouané de l'accusation de grand pilleur de culture, du moins aux États-unis. De son côté, le projet Europeana, lancé sans doute trop vite, a raté en beauté son entrée, très attendue.

Mais cette attente - pour l'instant déçue - pour Europeana laisse entrevoir une immense base d'utilisateurs et un besoin net de plus de moyens de fonctionnement. Car la numérisation en Europe, encore à ses balbutiements, promet un enrichissement des catalogues qui pourrait être exponentiel dans les années à venir, si les États s'en donnaient les moyens, or en ces temps de crise, le projet pourrait devenir le cadet de leurs soucis.

Du côté de Google, les catalogues patrimoniaux et universitaires sont bien avancés mais le moteur de recherche pourrait se voir souffler de nouveaux partenariats en Europe par son nouveau concurrent. De plus, les auteurs et éditeurs pourraient refuser à posteriori de laisser leur œuvres sous droit figurer dans le catalogue Google, s'engouffrant dans la brèche que le moteur a lui-même créée. Le géant américain perdrait alors face à Europeana son atout majeur, qui est de proposer des œuvres récentes encore protégées.

Mélanie Duwat



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