L'artiste britannique Steve McQueen vient de réaliser son premier film, Hunger, Caméra d'Or du Festival de Cannes 2008. Vidéaste brillant, il expose à la galerie Marian Goodman trois œuvres filmiques, composées de paradoxales images inanimées.

Le rapport au cinéma est prégnant dans l'œuvre de l'artiste anglais à la renommée internationale : lauréat du Turner Prize en 1999, il battra pavillon anglais à la prochaine Biennale de Venise. Cinq ans après sont exposition « Speaking in Tongues » au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, et au moment même de la sortie en France de Hunger, Steve McQueen présente à la galerie Marian Goodman trois œuvres dans lesquelles il prolonge, par le biais d'une pratique plasticienne, sa réflexion sur le cinéma, dont il contredit, dans une esthétique minimaliste et non-narrative, la caractéristique de « motion pictures ».

Rayners Lane (2008), filmé en 16 mm (qui donne à l'image, par ses imperfections, une épaisseur que n'a pas la vidéo) est un plan fixe de dix minutes sur un mur de brique. Rien ne paraît sur le mur ainsi dédoublé de la galerie, nul accident ne vient perturber l'image, nul mouvement ni son ne sont perceptibles, hormis ceux de la pellicule qui défile dans le projecteur. Dans un retour ontologique sur lui-même, le cinéma, ici, est réduit à son essence technique, mécanique, et n'est plus, littéralement, cette « fenêtre ouverte sur le monde » qui succéda à la peinture.

Plus loin, dans les sous-sols voutés de la galerie Marian Goodman où il semble que le passage vers un autre monde soit possible, le film Running Thunder (2007) prolonge la réflexion en abordant le thème du vivant et de la mort. Toujours en plan fixe, il montre un cheval étendu dans un champ verdoyant. Seuls les insectes rôdant autour de l'animal et les clignements de ses grands yeux fixant la caméra indiquent le mouvement, tandis que la lumière palpite à la surface de son pelage noir. Le temps, la mort et son imperceptible avancée sont ici à l'œuvre, à l'abri du monde et de ses passions.

À proximité, une projection de diapositives, Current (1999), donne à voir dans un fondu enchaîné sans bande-son la lente immersion d'une bicyclette dans les eaux bleues d'une rivière. Peu à peu l'image passe du figuratif à l'abstrait, de la vie à la mort, du bruit au silence. Cut.

Steve McQueen, exposition à la galerie Marian Goodman, 79 rue du Temple, Paris, jusqu'au 29 novembre 2008.
Sortie en salles du film Hunger de Steve McQueen le 26 novembre 2008.


Légende des illustrations :
1. Steve McQueen, Rayners Lane, 2008. Projection film 16 mm, couleur, silence. Boucle continue, 11 minutes. Courtesy Galerie Marian Goodman, Paris/New York et Thomas Dane Gallery, Londres.
2. Steve McQueen, Running Thunder, 2007. Projection film 16 mm, couleur, silence. Boucle continue, 11 minutes. Courtesy Galerie Marian Goodman, Paris/New York et Thomas Dane Gallery, Londres.

Magali Lesauvage




• Les news de De Visu, le blog arts
Ce week-end, le Salon Light au Point Ephémère Ce week-end, le Salon Light au Point Ephémère
Plus discret que la Foire du Livre, mais indispensable mine pour...
En images : Ce qu'il reste du passé communiste de Berlin En images : Ce qu'il reste du passé communiste de Berlin
A l'occasion du 20e anniversaire de la chute du Mur de...
Jan Bucquoy inaugure son Musée du Slip à Paris Jan Bucquoy inaugure son Musée du Slip à Paris
Les Belges sont les maîtres du canular, les rois de la blague, les...
Le Louvre invite Umberto Eco Le Louvre invite Umberto Eco
Ecrivain populaire et sémiologue reconnu, spécialiste de Joyce et...
Prix Ricard : de «L'image cabrée» aux «Archipels réinventés» Prix Ricard : de «L'image cabrée» aux «Archipels réinventés»
Plus que quelques jours pour découvrir l'exposition...

• Sur le forum Arts

"Gelsomina" par F.Fellini. J'invite tous a...les anges déchirés à Montoban ? Pour ou co...lettre de motivation pour audition de danseAnimation Magie sculpture de ballon annive...



arts.fluctuat.net
Sortir
Grafitti à la Fondation Cartier Consacrée au graffiti et au street art, l’exposition Né dans la rue met en lumière la vitalité d’un mouvement artistique qui a pris son essor dans les rues de New York...
Palestine à l'Institut du monde arabe L'Institut du monde arabe présente 19 artistes témoignant de la vivacité de la jeune scène contemporaine palestinienne.