Dans Pitié!, dernière création d'Alain Platel, le corps des danseurs transpire la douleur de l'âme. Aux limites de la folie, sa chorégraphie extatique renoue avec l'esthétique du baroque, art de l'incarnation.


- Réservez vos places pour le spectacle d'Alain Platel sur Fluctuat

VSPRS, donné il y a deux ans au Théâtre de la Ville à Paris, avait retourné le petit monde de la danse contemporaine et choqué plus d'un spectateur. S'inspirant de la gestuelle irrationnelle de malades psychiatriques, le chorégraphe belge Alain Platel, au son des Vêpres à la Vierge de Monteverdi, y disait les tourments de l'âme aux prises avec le corps, la physicalité des émotions et la pureté de l'expression dégagée de toute convention sociale ou esthétique. Certains avaient crié à l'outrage envers les handicapés mentaux, envers ceux pour qui ces gestes incontrôlés ne sont pas un langage artistique. D'autres avaient salué le courage des danseurs qui osaient rejeter la normalité du corps pour explorer l'expression de la douleur et de l'angoisse mentales.

« Que la parole se fasse chair ! »

Pour Pitié!, dont le titre fait également référence au religieux, Alain Platel et les interprètes des Ballets C. de la B. sondent à nouveau le rapport à un corps extatique, brut et direct. Dès le début du spectacle, l'un des danseurs clame, tel un prophète messianique : « Que la parole se fasse chair ! ». C'est en effet bien du thème de l'incarnation, avec une référence appuyée à l'iconographie chrétienne, dont il s'agit dans la pièce, et plus largement du rapport du corps à l'âme, de la matière à l'esprit.

On ne compte pas, durant les deux heures que dure la représentation, le nombre de figures collectives évoquant la typologie de la Pietà, celle de la Descente de croix ou de l'exhibition des plaies du Christ. Les corps métamorphiques explosent de douleur, se tordent, se triturent, grimacent. Le corps chez Platel est brut, c'est un pur matériau d'expression. Objectivé, il est déconstruit, puis recomposé, comme lorsque les danseurs, mains à terre, exposent leur dos au regard : devenu motif abstrait — on pense au Bœuf écorché de Rembrandt, ou aux portraits difformes de Francis Bacon —, le corps incarne mieux encore l'âme.

Une œuvre baroque

La rhétorique baroque est présente d'emblée dans la musique aux accents liturgiques jouée en live sur scène, adaptée de La Passion selon saint Matthieu de J.S. Bach par Fabrizio Cassol et les membres du groupe Aka Moon. Perchés sur des gradins au fond de la scène, comme l'organiste à l'église, les musiciens dialoguent avec quatre chanteurs (dont le flûtiste Magik Malik), qui mêlent leur corps et leur voix à ceux des danseurs. À la sobriété de la musique de Bach s'opposent les cris et soupirs des interprètes, qui exécutent une danse instinctive, acrobatique et incohérente, tout en étant ancrée dans le quotidien.

Alain Platel élabore dans cette danse une esthétique éprouvante, que l'on retrouve dans la sculpture douloureuse de l'une de ses compatriotes flamandes, Berlinde de Bruyckere (voir son exposition actuellement à l'Espace Claude Berri à Paris). Dans la lignée d'un baroque expressionniste, la danse de Platel conjugue plaisir et douleur, avec un pathos teinté d'érotisme sado-masochiste — comme dans la Sainte Thérèse du Bernin, transpercée par la flèche dorée de l'extase mystique. Baroque également, voire fellinien, le rapport irrationnel au sacré, et la galerie de monstres transfigurés. Baroque, enfin, les allusions à l'exorcisme, à la mortification, à la punition du corps comme remède de l'âme.



Pitié!, création au Théâtre de la Ville, Paris, octobre 2008
Chorégraphie : Alain Platel, interprétée par les Ballets C. de la B.
Musique : Fabrizio Cussol d'après La Passion selon saint Matthieu de J.S. Bach, interprétée par Aka Moon

Les prochaines dates en France (voir le calendrier complet sur le site des Ballets C. de la B.) :
18-19 novembre, Le Manège, Reims
22 novembre, La Filature, Mulhouse
4-6 décembre, Opéra de Lille
16-17 janvier, Le Quartz, Brest
22-23 janvier, Le Volcan, Le Havre
25-28 février, Maison de la Danse, Lyon
13-14 mars, Art Danse, Dijon
17-18 mars, Comédie de Valence
20-21 mars, Espace Malraux, Chambéry
8-9 avril, Scène nationale d'Orléans
23-24 avril, Théâtre de Sète.


Photos : Pitié !, ALAIN PLATEL © CHRIS VAN DER BURGHT

Magali Lesauvage



Sur Flu : Suivez l'actu de la danse sur le blog Scène

Sur le web : - le site du Théâtre de la ville
- Le site des Ballets C. de la B.



• Les news de Saisons, le blog scènes
A mon âge, je me cache encore pour fumer A mon âge, je me cache encore pour fumer
Au hammam, à Alger, il y a le jour des hommes et celui des...
La ronde des spectacles de Noël La ronde des spectacles de Noël
Histoire de se préparer à une indigestion de dinde, ou de...
Catherine Hiegel : par ici la sortie Catherine Hiegel : par ici la sortie
Ça chauffe à la Comédie-Française! Catherine Hiegel, la doyenne...
Le retour d' Allah n'est pas obligé Le retour d' Allah n'est pas obligé
Cette « farce carnassière » signée Ahmadou Kourouma est un récit...
Tour Babel au pied des immeubles Tour Babel au pied des immeubles
L'Atelier du Plateau et la Fabrique des Petites Utopies...

• Sur le forum Théâtre Danse

Le père Noël est une ordure à l'Absurde S...Votre BOOK PHOTO, 90 euros tout compris : ...Salutmarionnettes à Paris

• Diaporamas



theatre-danse.fluctuat.net
Sortir
Philoctète à l'Odéon Un chef d'œuvre méconnu et un grand acteur, Laurent Terzieff : Philoctète, une pièce à ne pas manquer.
Hommage à Diaghilev Tapis rouge à l’un des ballets les plus prestigieux de Russie et à l’un de ceux qui en a écrit les plus belles pages de son histoire : Serge Diaghilev.