Spectacle jusqu'au 3 janvier 2009.
Valérie Lemercier, l'inoubliable Lady Palace de la série de Jean-Michel Ribes revient avec un nouveau spectacle à l'écriture, une fois encore, impeccable. Serait-elle devenue la nouvelle Queen Mum des humoristes français?
Parce que Valérie Lemercier saisit avec sensibilité et exactitude ce dont a besoin le public en ces temps de crise, elle est indéniablement la big boss des comédiens de one (wo)man show. Elle traque et croque cruellement - mais toujours avec empathie - les nouvelles beaufitudes. Et délivre ainsi un discours sans prétention, entre la chronique de mœurs et l'effleurement léger mais précis de véritables sujets sociaux et politiques. Dans le but avoué, exempt de toute idéologie, de faire rire, tout simplement, sans une once de culpabilité.
Loin du "moi, mon nombril et ma mère"
Il y a le sympathique échangiste à l’accent du sud qui nous présente sa "vieille carne de bastide", massacrée à coup de déco marocaine bling-bling où se réunissent ses amis libertins "loin de tout parisianisme de mauvais aloi", la manageuse d’artistes enceinte jusqu’aux yeux au zozotement très "besnehardien" coincée dans une geôle égyptienne avec Georges "Moustak’". On retrouve aussi avec grand plaisir certains personnages de son précédant spectacle comme la voisine excédée qui demande "de baisser d’un ton" . D'étudiante prétentieuse qui prépare un "concours extrêmement difficile", celle-ci est devenue une jeune mère insupportable, "avez-vous conscience de la taille du conduit auditif d’un bébé de 18 mois ?", véritable ayatollah du développement durable, "les piles ça ne se jettent jamais, c’est quand même pas compliqué d’aller dans un centre de tri en un coup de Noctambus !". Le père belge qui racontait à son fils les exploits sexuels de sa mère est là aussi: il enterre sa tendre et chère épouse "qu'il ne fallait pas trop pousser pour aller à la sucette." Il y aussi l’aristo près de ses sous, la petite fille qui espionne les patients de sa mère psy, Anh Dao - la fille adoptive des Chirac - hilarante, la prof de danse ukrainienne sadique. Le tout est saupoudré d’une pluie de marques du quotidien - Galak, Bensimon, Senseo, Orlane etc… - somme toute banales, mais qui, prononcées par Lemercier revêtent un potentiel comique insoupçonné.
Toujours décente face au succès
Valérie Lemercier est sans aucun doute la plus moderne et humble des humoristes. Ne mettant pas la grande intelligence de sa plume au service d'un humour réservé à une élite éclairée, elle ne cède pourtant ni à la facilité de la vulgarité, ni à la paresse intellectuelle que présente parfois le stand-up. Elle, a la décence et la pudeur de ne pas tenter de nous faire croire que sa vie et sa personne peuvent faire l'objet d'un spectacle. Seules de courtes pastilles, comme des haïkus, juste le temps de traverser la scène, révèlent des moments d'immense solitude qui pourraient être les siens : "J’étais avec ma sœur dans le salon. La femme de ménage a traversé la pièce. Elle portait le pull que m’a offert ma sœur." La comédienne respecte ainsi suffisamment son public pour prendre le temps de dessiner avec précision une galerie de personnages crédibles et significatifs de notre époque et de ses contradictions. On est loin, très loin ( et c'est tant mieux!) de l'humour adulescent et égocentrique sur les souvenirs d'enfance, les affres sur-éculés des rapports hommes-femmes ou l'humour communautariste et politiquement correct de cette "nouvelle" et vieillissante génération de comiques "vu-à la-télé".

Cette télé, d'ailleurs, si elle a révélé dans Palace la comédienne, qui y fait encore régulièrement de savoureuses apparitions, Lemercier l'a boutée hors de son théâtre. Déclinant l'offre de confortables revenus que lui apporterait la vente de DVD, la lady a l'élégance de réserver l'exclusivité de sa performance à son public. Ici point de coquetterie ou de snobisme, l'artiste avoue volontiers le trac insurmontable que lui inspire l’impitoyable regard d'une caméra face à la scène. Ce sincère refus du mercantilisme de l’industrie du rire n'est pas celui de l'artiste maudite. Car son succès est réel. Avec un spectacle tous les dix ans, elle fait salles combles et ses films audacieux, Le Derrière ou Palais royal, réalisent l'exploit de séduire autant les critiques - gardiens du bon goût - qu'un large public.
Respectée de tous, Valérie Lemercier se réfère aux grandes dames de l'humour au féminin que sont Sylvie Joly et Jacqueline Maillan. Celles-ci ont inventé l'art d'enrober d'une écriture élégante un propos osé et jugé choquant dans la bouche d'une femme. Valérie Lemercier est de cette race-là, de celles qui ont compris le rôle social de l'humour sans pour autant se croire investies d'une quelconque "mission". Elle est fidèle en amitié et co-écrit avec Brigitte Buc depuis ses débuts, fidèle à son public et ses personnages, changeant aux gré des époques, mais surtout, la reine Lemercier reste fidèle à elle-même sans jamais s'ennuyer ni lasser.
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