Œuvres inédites, avants-premières, nouveautés ou classiques, le festival Ciné Nordica propose un tour d'horizon des cinémas suédois et norvégiens au public parisien. Maria Sjoberg, collaboratrice du Festival de Cannes pour les pays nordiques et créatrice de l'association culturelle Saga Nordica à l'origine de la manifestation, revient sur les tendances du cinéma scandinave, et sur le lourd héritage du maître Ingmar Bergman.

Fluctuat : Ciné Nordica est un festival de cinéma norvégien et suédois. Pourquoi avoir voulu présenter les cinémas de ces deux pays scandinaves ? Qu'on-t-il de commun ?

Maria Sjoberg : La Suède et la Norvège sont comme deux sœurs : beaucoup de choses nous unissent et nous différencient, mais nos origines sont les mêmes. Historiquement, nous avons longtemps été un seul pays, nous partageons des valeurs, des traditions et des fêtes. Et nos langues ont les mêmes racines (quand on se parle, on se comprend, un peu comme un Français et un Québécois), ce qui est sans doute le point de rapprochement le plus important. De là découlent un grand nombre de choses et tout particulièrement une vision du monde. Et comme c’est justement leur vision du monde que les artistes expriment, la langue a une importance capitale pour eux. De ce fait, il n’est pas étonnant que les films, la littérature, la musique des pays nordiques se ressemblent. Il faut souligner que Ciné Nordica est une manifestation nordique et que notre ambition pour les prochaines éditions est d’y inclure les 5 pays nordiques. Nous avons bon espoir d’avoir les Finlandais avec nous l’an prochain.

Quelles sont les préoccupations, les thèmes majeurs dans les cinémas suédois et norvégien contemporains que vous présentez à Paris en novembre ?

Le thème majeur est sans doute la description d’une société dans laquelle tout va bien matériellement, mais mise à mal humainement. On le voit dans les longs métrages de Roy Andersson (Chansons du deuxième étage et Nous, les vivants) ainsi que dans ses courts métrages et dans ses films publicitaires (qui seront tous projetés pendant le festival). On retrouve aussi ces préoccupations dans les films de Ruben Östlund, dont le deuxième film, Involontaires, était sélectionné dans la section Un Certain Regard à Cannes cette année, ou encore dans Juin, le film de Fiona Jonuzi. Et d’une autre manière mais tout aussi clairement, dans les films récents venant de Norvège, comme dans Norway of Life ou Autant en emporte la femme, des films bizarres aux ambiances surréalistes et décalées.

Arnaud Desplechin vient parler des Fraises sauvages de Bergman. On connaît l’influence du maître suédois sur le cinéaste français. Qu'en est-il des réalisateurs scandinaves ?

Aucun réalisateur en 2008 ne peut dire qu’il n’est pas du tout influencé par Ingmar Bergman. Maintenant, il s’agit pour tout réalisateur de trouver sa propre voie et de laisser les influences imprégner son œuvre sans pour autant faire de plagiat. Ce n’est pas facile. Mais je ne suis pas persuadée que ce soit plus difficile de se « défaire de Bergman » quand on est suédois que quand on est un réalisateur français, italien ou japonais. L’impact de Bergman est mondial.
Il y a quelques années, la Suède a traversé une période cinématographique caractérisée par une production plutôt pauvre et d’un faible intérêt. Je pense que l’explication qui consiste à dire que c’est à cause de Bergman est trop simpliste, et il faut chercher plus profondément les raisons de ces difficultés. La tendance est maintenant inversée : il y a de plus en plus de jeunes réalisateurs suédois qui font des films très intéressants, même pour les pays étrangers. Et ce n’est pas parce qu’Ingmar Bergman est mort mais plutôt parce que ces réalisateurs réussissent à mieux gérer l’héritage du grand maître.

Qui sont les jeunes réalisateurs scandinaves qu’il faut absolument découvrir en 2008 ?

Il faut absolument découvrir les jeunes réalisateurs de ce renouveau nordique dont je parlais : Ruben Östlund, Jens Jonsson, Thomas Alfredson et Fiona Jonuzi pour la Suède. Jens Lien, Joachim Trier et Bård Breien pour la Norvège.
Et Roy Andersson. Il ne compte peut-être pas parmi les jeunes par son âge (il est né en 1943), mais il a définitivement sa place parmi les jeunes, de par son esprit, son humour et sa vision du monde.

Illus.1 : Les rois du Ping Pong, Jens Jonsson
Illus.2 : Norway of Life, Jens Lien
Illus.3 : Nous, les vivants, Roy Andersson
Eric Vernay




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