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La saison 4 en DVD
Remake américain d’une série britannique, Queer As Folk a tenu cinq saisons à l’antenne de Showtime. Alors que la quatrième saison arrive en DVD, retour sur une série qui retrace avec une acuité inédite et sans non-dit la vie d’un groupe d’homosexuel(le)s de Pittsburgh en Pennsylvanie.
Écrite par Russel T Davies, Queer As Folk a été à la fois appréciée et controversée, en raison de la crudité des dialogues et des situations, dont des séquences de sexe entre hommes - pas loin d’être du jamais vu à la télé. En abordant la majorité des thèmes et des stéréotypes de l’homosexualité, Queer As Folk ne trouva pas que des partisans dans la communauté homosexuelle qui y voyait une célébration du mythe de la vie libérée de toute obligation des gays, mais bien moins encore chez les conservateurs qui critiquèrent ouvertement Channel 4 et le programme.
En revanche, la description de la scène gay de Manchester et le physique plutôt standard des personnages contribuèrent à donner à l’homosexualité une image moins délurée. Achevée au bout d’une saison, Russel T Davies jugeant avoir fait le tour des personnages, la série connaîtra un double épisode final comme « saison 2 » qui laissera plusieurs questions en suspens (anticipant par là sur Les Soprano).
L’opportunisme de Showtime
A la fin des années 1990, la chaîne américaine Showtime cherche à se fabriquer une nouvelle image. Elle voit alors dans Queer as Folk une belle opportunité d'y parvenir, d’autant que la controverse britannique a boosté les scores d’audience de Channel 4. Coproduite avec la télévision canadienne - et tournée en large partie là-bas pour des raisons de coûts -, la version américaine part d'une situation similaire : un groupe d'amis assez proche du microcosme britannique et un jeune garçon (sensiblement plus âgé que Nathan) qui tombe amoureux du Stuart américain.
Brian, une machine de sexe sûr de lui, travaille dans le monde de la publicité. Il est riche, vit seul dans un grand loft et enchaîne les rencontres d’un soir. Il est dragué, au Babylone, un club de Pittsburg, par Justin, 17 ans. Autour de Brian, il y a Michael, son meilleur ami qui cherche à l’impressionner depuis l'adolescence et se rêve son petit ami, Emmett, un homo flamboyant, heureux de vivre et délurée, Ted, un comptable qui vit mal sa situation professionnelle et son homosexualité, Lindsay, la meilleure amie de Brian, et enfin la petite amie de Lindsay, Melanie. Elles ont toutes les deux un enfant, Gus, dont Brian est le père biologique.
Lissée pour mieux durer
Si le premier épisode suit une trame similaire à la série anglaise (notamment avec une scène de sexe entre hommes inédite à la télévision), très vite, QAF se démarque de son modèle britannique.
D'abord, la version américaine insiste sur une perfection des corps et des physiques qui n'était pas dans les préoccupations de la version anglaise. Ici, les gogos dancers et même les personnages principaux affichent leur perfection musculaire largement travaillée en salle de sports, des coupes de cheveux dans le vent, des dents parfaites (ce qui tranche sévèrement avec Manchester) et une aura sexuelle qui font de la série un programme principalement destiné aux gays.
Ensuite, elle atténue certains aspects jugés un peu trop durs ou subversifs de la version anglaise. Justin / Nathan n'est qu'à un an de l'âge légal sexuel, alors qu'il est à trois ans de ce même âge en Grande-Bretagne. Ted (Phil dans QAF UK) fait une overdose dans la première saison mais y survit alors qu’il décède dans la série originale. Brian évolue de bête de sexe à amoureux fidèle au fur et à mesure des épisodes, alors que son alter ego britannique reste sensiblement fidèle à lui-même et son mode de vie.
Enfin, le QAF US joue sur des ressorts plus criminels et dramatiques. Bien sûr en multipliant largement le nombre d'épisodes, Showtime devait trouver des ressorts scénaristiques plus intenses que l’unique saison anglaise. Ainsi dans la troisième saison, certains tentent de faire capoter l’élection d’un maire tandis qu’on essaie de faire réouvrir une enquête autour de la mort d'un jeune homo. Quant à la première saison, elle s'achevait dans un parking après que Justin fut frappé par une batte de base-ball à la tête, laissé pour mort.
Vers le happy end
La troisième saison a ainsi placé les personnages en pleine déconfiture : Ted tente de se remettre de sa dépendance à la méthamphétamine après s'être vu dans un film de cul dont il était le « passif principal » ; Michael et son petit copain s'inquiète de l'avenir d'un enfant qu'ils ont recueilli ; Brian est presque ruiné pour avoir au dernier moment délaissé le maire qu’il soutenait. La saison quatre, saison de transition, va expliquer les modifications comportementales des personnages. Brian affrontera un cancer des testicules ce qui lui fera réaliser la vacuité de son existence de queutard invétéré, Justin trouvera un producteur de film intéressé par sa bande dessinée, Rage – l’histoire d’un super héros homosexuel qui entend régler l’homophobie dans le monde. Elle prépare ainsi les éléments de la cinquième saison qui se terminera sur un final larmoyant, réconciliateur, et qui entérinera toutes les vertus de la fidélité, de l'amour et de la croyance.
Sur bien des points et en dépit des controverses, Queer As Folk aura prouvé la force d'une série pour faire accepter l’image d’une minorité dans la culture populaire. En démocratisant la reconnaissance à la télévision de l'homosexualité tout en affrontant ses stéréotypes et ses thématiques majeures (coming-out, mariage du même sexe, abus de drogue, adoption, gays catholiques, discrimination professionnelle, prostitution, homophobie, etc.), elle a ouvert la voie à de nombreux autres programmes sur des chaînes de moins en moins spécifiques. Sans elle, pas de The L Word ou bien encore pas de Queer Eyes for a Straight Guys et sûrement pas de Perez Hilton.
Au-delà des stéréotypes, Queer As Folk n’est pas loin d’être d’utilité publique. Même si les épisodes se montrent par moments un peu poussifs ou démonstratifs, il n’y a pas de doute qu’elle a ouvert au grand public les portes de la communauté homosexuelle.

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