Envie d’exotisme hivernal ? Ciné Nordica propose, à Paris, une semaine de films suédois et norvégien, avec des œuvres inédites, des archives, une Théma Roy Andersson, et même une carte blanche à Arnaud Desplechin, qui viendra parler culture de Fraises sauvages.

Mais c’est quoi, au fait, un film suédois ? Les intellos pensent très fort, et en cœur, à Ingmar Bergman et son Septieme Sceau ascétique, froid et mental comme sa légendaire partie d’échec avec la mort. Le grand public connaît assez bien Lasse Hallström, suédois désormais exilé aux Etats-Unis (Ma vie de chien, Gilbert Grape, Le Chocolat…). Tandis que les amateurs d’ovnis ne jurent que par l’étrangeté des films de Roy Andersson et ses Chansons du deuxième étage… Mais est-ce vraiment « typique » du cinéma suédois, ou même scandinave ? Bien sûr que non, voyons, comment UN film (ou UN auteur) pourrait résumer à lui seul tous les autres, à savoir des auteurs comme Lucas Moodysson, Tomas Alfredson, Jens Jonsson, Petter Naess, Unni Straume, Hans Petter Moland, etc. Certes, des tendances se dégagent... Mais les clichés ont la vie dure !

Evacuons les donc d’emblée, ces clichés, avec l’aide de Laurent Delmas, critique ciné à France Inter : « Dans un film suédois, les meubles ne viennent pas forcément de chez Ikéa après avoir été péniblement montés sur la foi d’un mode d’emploi rédigé en langue des signes, les familles nombreuses ne se déplacent pas dans un break Volvo bleu foncé, l’animal domestique n’est pas un élan débonnaire, on ne mange pas à tous les repas des boulettes de viande avec de la confiture d’airelles, les hommes ne ressemblent pas à des vikings et les femmes ne sont pas des « Suédoises » comme on en voyait autrefois dans les films de Pascal Thomas… »

Voilà qui remet les choses un peu d’aplomb, avant de se pencher plus sérieusement sur ce qu’est le cinéma scandinave d’hier et d’aujourd’hui : le festival Ciné Nordica est là pour ça, initier les novices, passionner les cinéphiles curieux, et faire découvrir des raretés aux aficionados. Au rythme des cinq projections par jour, l’association Saga Nordica, qui organise l’évènement, propose, durant une semaine, des films inédits, des archives, des courts métrages, des documentaires, des ciné-concerts, des débats, des conférences et des expositions. Parmi les œuvres présentées en avant-première au cinéma du Panthéon, il y aura L'Art de la pensée négative du norvégien Bård Breien, Morse de Tomas Alfredson ou Laban le petit fantôme de Lasse Person, mais aussi des films inédits en France comme Le Roi du ping pong de Jens Jonsson, primé dernièrement à Sundance, ou La Rébellion de Kautokeino de Nils Gaup.
Enfin, si vous n’êtes toujours pas rassasiés, Les Fraises sauvages feront office de cerise sur le gâteau scandinave. Le réalisateur Arnaud Desplechin, jamais avare d’une analyse érudite, rendra un hommage au chef d’œuvre d’Ingmar Bergman le dimanche 16 novembre, en confrontant sa pensée sur ce cinéaste mythique (et influence majeure de Rois et reine et Un Conte de Noël) à celle du critique Jean Douchet.

Du 12 au 18 novembre, cinéma du panthéon – 13, rue Victor Cousin, 75005 Paris. Plus d'infos sur le site du festival.

Illus. 1 : L'art de la pensée négative, de Bård Breien
Illus. 2 : La rébellion de Kautokeino, de Nils Gaup

Eric Vernay



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