La nomination de chorégraphes ou de personnalités liées à la danse à la tête de grandes institutions comme Chaillot ou le Théâtre de la Cité Internationale ne peut que renforcer la visibilité de l’art chorégraphique. En plein chambardement du paysage francilien, nous avons rencontré trois ténors de ce jeu de chaises musicales : Jean-Marc Granet Bouffartigue, directeur général adjoint du Centre National de la Danse, Pascale Henrot, directrice fraîchement nommée à la tête du TCI et Emmanuel Demarcy-Mota qui succède à Gérard Violette aux rênes du Théâtre de la ville.
Jean-Marc Granet Bouffartigue cite une étude de l’ARCADI, selon laquelle l’Ile de France est une véritable plaque tournante pour la danse. Plus du tiers des compagnies françaises y sont implantées, et la région compte six hauts lieux en la matière : le Théâtre de la Ville, le Théâtre national de Chaillot depuis peu, le Théâtre de la Bastille, le Centre Pompidou, le Centre national de la danse et le Théâtre de la Cité Internationale. Parmi ceux-là, le CND est l’un des « lieux prescripteurs » repérés, « un établissement public avec une mission de service public », rappelle Granet Bouffartigue, pour qui « l’idée n’est pas de courir après le succès, mais de savoir pourquoi on fait les choses ». Aussi a-t-il mis sur pied une « architecture de programmes », soucieux de la diversité des esthétiques comme du rapport au patrimoine et à la formation.
Avec seulement trois studios sur onze (dont deux de petite taille) ouverts au public, le CND a besoin de collaborations extérieures pour présenter ses projets. Chaillot, le Centre Pompidou, le Théâtre de la Ville sont des partenaires fidèles, davantage ouverts sur le grand public. « Un artiste connu du monde de la danse ne l’est pas forcément d’un public plus large. Notre mission n’est pas de présenter à toute force des « jeunes pousses », mais d’aider ceux qui ont besoin de nous et de donner des repères au public, tout en veillant à la diversité des esthétiques ».
Au TCI, pas de discrimination positive
Pascale Henrot, nouvellement nommée au Théâtre de la Cité Internationale, ne souhaite pas que l’on parle de « discrimination positive » dans l’analyse que l’on peut faire de cette « poussée de la danse » dans les établissements. Il faudrait, selon elle, « des lieux interdisciplinaires qui ne se posent pas cette question mais consacrent une place identique aux différents arts. » Et de poursuivre : « C’est mon projet, pas mon parcours, qui a été décisif. » Bref rappel du parcours : danseuse, collaboratrice de Philippe Découflé, puis programmatrice de Paris Quartier d’Eté aux côtés de Patrice Martinet. Son projet : « Réinscrire le théâtre dans le cadre de la Cité Internationale, avec son parc, ses maisons, ses architectures différentes. La saison d’hiver sera en salle ; la saison estivale, dehors, dans le parc, pour toucher les résidents et les promeneurs. » Dehors comme dedans, la danse gardera la place qu’elle occupe déjà dans la programmation du TCI. Nicole Gauthier, la directrice précédente qui signe l’Edition d’hiver 2008, a toujours été attentive à cet art. Pour la suite, Pascale Henrot évoque beaucoup de partenariats en cours. « Il est nécessaire de prendre du temps, de savoir ce qui est juste vis-à-vis de ses convictions, de ses choix artistiques, et vis-à-vis du public. » L’heure est encore au défrichage…
« Les arts dans leur diversité » au Théâtre de la Ville
Emmanuel Demarcy-Mota connaît bien le Théâtre de la Ville dont il vient de prendre la direction. Il y a présenté plusieurs mises en scène, mais surtout il en a étudié l’histoire. Le Théâtre des Nations y a fleuri, de 1961 à 1968, puis Jean Mercure a créé ce grand « théâtre municipal populaire » dédié à « l’art dans la diversité de ses formes, théâtrales, musicales, chorégraphiques ». Demarcy-Mota aime cette citation et vise à « honorer l’histoire de ce théâtre » : une obligation morale et esthétique. Le passage de témoin avec l’ancien directeur, Gérard Violette, s’est fait dans le dialogue. Côté danse, pas question que les fidèles passent à la trappe. Le nouveau directeur est sensible à la notion de répertoire et cite les 27 passages de Pina Bausch, faits de créations et de reprises, insistant sur la question « Quelles œuvres restent modernes ? ». Cela, bien entendu, ne compromet pas la présence d’artistes plus récemment découverts ou encore à découvrir. Une interrogation se pose pourtant : « comment les accompagner le plus justement, et dans quels espaces ? » Le Théâtre de la Ville manquant de salles à jauge réduite et à configuration modulable, des travaux sont à l’étude et des recherches en cours.
Pour ce jeune homme pressé, les chantiers ne manquent pas : élargissement des publics, notamment dans le cadre de l’Education Nationale (Demarcy-Mota est président de l’ANRAT, Association Nationale de Recherche et d’Action Théâtrale), formations croisées théâtre/danse et itinérantes entre grandes villes (Moscou, Berlin, New York, Naples, Lisbonne), rencontres entre actrices et chorégraphes… « Une grande maison doit avoir quelque chose à dire ». Son directeur, en tout cas, est intarissable.
Et aussi… un dansoir à la BNF
C’est entre les tours de la Bibliothèque nationale de France, dans le quartier de Tolbiac que Karine Saporta a installé son « dansoir ». Un Magic Mirror qui accueille, de fin octobre à mi-avril, des spectacles (dont la dernière création de la chorégraphe, A…comme Alice), des stages, des veillées, des rencontres entre écrivains et danseurs … Une formule légère, visant à animer un peu ce no man’s land battu par les vents.

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