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L'Amérique que veulent les écrivains (2/2)
Huit auteurs américains nous donnent leur vision du candidat Barack Obama. Qu'attendent donc Brian Evenson, Alan Furst, Seth Greenland et Lionel Shriver du candidat démocrate ?
Brian Evenson a récemment publié La Confrérie des mutilés aux éditions du Cherche-midi.
"L’élection d'Obama représentera une avancée incroyable, surtout si l’on pense au fait que plusieurs des afro-américains sont venus dans ce pays en tant qu’esclaves et ont été traités comme des biens matériaux pendant des années et des années, et que la ségrégation raciale, dans la loi et dans les usages, qui distinguait les gens en fonction de leur race a bien continué dans les années 50 de façon officielle, et pendant beaucoup plus longtemps de façon officieuse. L’histoire du racisme en Amérique est profondément ancrée et très intense, et il y a tout juste quelques années, j’aurais pensé qu’il était impossible d’élire un président afro-américain. Aujourd’hui cela semble tout juste possible. Je pense que si Obama est élu – et cela semble maintenant une forte probabilité – cela va probablement provoquer une amélioration spectaculaire sur la façon dont les gens envisagent la question raciale au Etats-Unis."
Alan Furst publie ce mois-ci Le Correspondant étranger aux éditions de L'Olivier.
"Il convient de mentionner que le racisme tend à disparaître lentement mais sûrement aux Etats-Unis. Il ne s’agit plus de commenter le fait que des Afro-américains ont été élus au Congrès ou au Sénat, de même que des postes élevés dans l’administration ont été assumés par des afro-américains comme Condoleeza Rice ou Colin Powell. De là, il n’y a plus qu’une marche, une immense marche, mais une simple marche, qui mène à la présidence. Cela comptera réellement dans la vision des Etats-Unis qu’ont l’Afrique, l’Asie et même l’Europe : c'est là où j'attends que l’admiration pour ce que la démocratie américaine a de meilleur augmente considérablement."
"Le véritable changement viendrait d’un renversement de la politique de Bush. Cela s’imposerait à tous les niveaux, de la régulation financière du système bancaire (évidemment !) à la politique étrangère. Obama fera de son mieux pour améliorer les relations avec nos alliés, pour retirer les troupes aussi vite que possible d’Irak et pour amener à la politique étrangère Américaine une lumière différente - moins d’arrogance et d’agression, plus de volonté de travailler diplomatiquement. Cela fera une différence, et rapidement."
Seth Greenland a publié Un patron modèle aux éditions de Liana Levi.
"Nous allons assister à des changements dont certains seront imperceptibles et d’autres plus évidents. Pour ce qui est de la partie visible du spectre, il est fort peu probable qu’une réponse comme celle qui a été donné par le gouvernement fédéral après l’ouragan Katrina se reproduise jamais si Obama est élu. Je pense qu’il y avait une orientation raciale dans la réponse administrative de Bush – si la majorité des sinistrés avait été blancs, j'imagine que l’administration Bush aurait davantage pris la situation en main – et j’espère que nous n’assisterons plus jamais à une chose pareille."
"Dans le domaine de la politique extérieure, j’espère qu'avec Obama, une approche plus nuancée, moins unilatérale, soit mise en place. Il se tournera vers la mise en place d’alliance et, s’occupera de réparer la réputation de l’Amérique dans le monde. J’espère qu’il sera mis davantage de négociations, et généralement, une attitude moins belliqueuse. Obama m’apparaît cependant comme un homme assez robuste, et j’espère donc qu’en cas de nécessité, il n’hésitera pas à user la force.
En ce qui concerne la politique économique, nous avons eu ces huit dernières années un président dont la politique favorisait deux groupes : les riches et les très riches. J’imagine qu’Obama cherchera à faire entrer la classe moyenne dans l’équation. Les américains sont obsédés par le taux des impôts. Bush a favorisé les riches. Obama cherchera à établir un système d’imposition plus juste.
Si Obama est élu, l’Amérique connaîtra plus de changement dans tous les domaine qu’à n’importe quel moment au cours de ces cinquante dernières années. Presque tous les gens que je connais attendent cela avec impatience."
Lionel Shriver est l'auteur de Il faut qu'on parle de Kevin paru aux éditions Belfond.
"Evidemment, un président noir ne clôt pas forcément le chapitre de la lutte pour les droits civiques, et ne prouve pas non plus que le racisme américain est mort. Mais la nomination d’Obama elle-même démontre que dans sa relation à la race , l’Amérique a parcouru un long chemin- plus long, il faut dire, que la plupart des pays européens. Le phénomène Obama est, à juste titre, l’objet d’auto-congratulation nationale pour toutes les minorités. Il est temps que les Américains puissent se féliciter de quelque chose.
Obama court évidemment un risque. Mais le problème vient moins d’un racisme endémique que de la folie endémique. Les Etats-Unis sont particulièrement fournis en fous, et il suffit d’un seul."
"Obama a déjà signalé qu’il était favorable à une approche multilatérale du monde. Nous pouvons espérer qu’il soit être moins porté sur la gachette que l’administration Bush, et s’il va au bout de ses promesses, nous verrons le retrait progressif des troupes en Irak. Parmi ses mesures économiques, j’espère particulièrement qu’il agira sur la sécurité sociale, le thème de mon nouveau roman. Quand bien même, ses mesures ne sont pas du tout suffisamment radicales. Les Etats-Unis ont désespérément besoin d’un système de santé national aligné sur le modèle anglais ou français. Les plans d’Obama sont trop complexes et laissent en place ces suceuses de sang de mutuelles privées."
Propos recueillis par Céline Ngi et Mélanie Duwat
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