En cette rentrée théâtrale, deux auteurs qui ont le vent en poupe livrent chacun une variation sur le couple, comme il se fait et/ou se défait. Nous voilà donc partis en mission au théâtre de la Madeleine, pour voir Laetitia Casta dans la pièce de Zeller, et au Studio des Champs-Élysées, retrouver Catherine Jacob dans celle de Foenkinos, afin de savoir qui des deux auteurs restitue avec le plus de bonheur (ou de malheur) les élans et déboires amoureux de nos contemporains….

Le buzz médiatique

Deux auteurs branchés qu’on (re)découvre sur scène. Zeller avait déjà fait parler de lui l’an dernier avec L’autre, pièce qu’il avait écrite et mise en scène. Pas trop mal d’ailleurs. Mais l’événement médiatique, c’était la présence cette fois de Laetitia Casta en tête d’affiche. Un savant plan média a été mis en place et la belle a donné des interviews absolument partout, entre télé et presse écrite dès le mois d’août, avec montée en puissance jusqu’au lever de rideau, le 9 septembre. Foenkinos bénéficiait d’un a priori favorable côté médiatique et public après son savoureux roman Le potentiel érotique de ma femme, mais Catherine Jacob se positionnant un peu plus bas dans l’échelle des people glamour que Casta, le nombre d’articles a été moindre, forcément…

Le cadre : infini contre huis-clos

Dans la pièce de Zeller, la belle Laetitia Casta vient passer quelques jours en vacances en famille, accompagnée de son cher et tendre qui vient de quitter pour elle femme et enfants, et qui se révèle pas si tendre que ça. Parti faire une marche en montagne, la voilà qui l’attend et lui qui ne revient pas... Suspense... Zeller situe sa pièce en Corse (normal, avec Laetitia Casta, me direz-vous...) mais si on suit bien, la Corse est choisie pour sa ressemblance avec les îles de la mer Égée, celle où Ulysse erra si longtemps avant de rentrer chez lui. Zeller fait fond sur L’Odyssée (le frère en fait son livre de chevet, on est pas chez les ploucs, quand même !) et le malaise du personnage masculin est supposé rappeler celui du héros homérique. Et voilà pourquoi, sur le plateau du théâtre de la Madeleine, tout est fait pour suggérer mer et torpeur solaire à perte de vue.

Rien de tout cela chez la pièce de Foenkinos dont l’action se déroule en espace fermé (ça tombe bien : le plateau du Studio des Champs-Élysées est minuscule). Deux êtres solitaires qui travaillent côte à côte dans une agence matrimoniale se découvrent des atomes crochus au moment même où leur employeur décide de fermer boutique. Ils tombent dans les bras l’un de l’autre et on les retrouve, travaillant toujours de concert, à conseiller cette fois les couples en matière de divorce. Deux tables pour représenter à minima le bureau d’une agence matrimoniale, une chambre plongée dans le noir et enfin, un autre bureau, celui d’un conseil en divorce, où les tables reviennent disposées autrement. Claude Régy mis à part, (la comparaison ne s’impose pas, je le reconnais), difficile de représenter cette histoire de manière plus minimaliste...

Les acteurs : méritants au pays du néant

Ne faisons pas de mauvais procès aux acteurs. Ce sont eux qui sauvent la mise dans les deux cas.

Laetitia Casta a bien du mérite à prononcer avec aplomb des tirades inoubliables, du style : « Je suis tellement contente que tu sois là. Que tu puisses voir cet endroit. C’est une partie de moi, tu sais. Oui ça me rend heureuse »... Peut-être avec quelques « oui » de plus et un peu d’inspiration, on aurait atteint Duras, mais pour l’instant, on reste au néant... Les autres se donnent aussi bien du mal, à commencer par Bruno Todeschini qui ne sait pas très bien ce qu’il fait là (vous me direz que c’est le rôle qui veut ça. D’accord, mais cela n’explique pas tout....). Le frère enfin, joué par Nicolas Vaude, profite du fait qu’il incarne le seul personnage qui ait un peu d’épaisseur.

Catherine Jacob et son acolyte, Christian Charmetant, n’ont rien à se reprocher non plus et c’est sans doute grâce à eux que l’on ne peut faire autrement que trouver nos deux esseulés bien sympathiques. On regrette seulement qu’ils n’aient pas mieux à se mettre sous la dent « qu’une main si pleine de doigts » (comme réplique, s’entend...) Et pourtant, cela dans la bouche du protagoniste qui tente de faire un compliment à sa belle, est la phrase qui a le plus fait rire l’assistance... c’est dire.

Bilan : Célibataires vainqueur par demi-KO

Bilan : L’idée de Célibataires est rigolote, mais ne va pas bien loin... On s’y sent devenir claustrophobe et on se dit que Foenkinos est passé à côté d’une vraie histoire d’angoisse. L’argument était bon, dommage qu’il n’ait pas un peu plus poussé du côté de l’enfermement (boulot + couple, ça fait pourtant beaucoup) et du néant que constitue l’existence de ces personnages qui n’ont rien d’autre à faire qu’à classer des fiches et attendre l’hypothétique grand amour.

Quant à Elle t’attend, c’est plutôt le contraire : Zeller a entrepris de gonfler à bloc un ballon de baudruche qui se vide misérablement le temps de la pièce. On est bien triste pour Laetitia Casta, mais comment se fait-il qu’elle mette si longtemps à comprendre ce que tout le monde peut deviner au bout de trois scènes ?

Célibataires, de David Foenkinos, mis en scène par Anouche Zetbon au Studio des Champs-Élysées

Elle t’attend, de Florian Zeller, mis en scène par l’auteur au Théâtre de la Madeleine


Légendes des photos :
1. Célibataires, de David Foenkinos, Catherine Jacob et Christian Charmetant
2. Portrait de David Foenkinos © Flammarion
3. Portrait de Florian Zeller © Flammarion

Julie de Faramond



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