Le Village de cirque est implanté jusqu’au 2 novembre sur la Pelouse de Reuilly par la coopérative De rue et de cirque. Ceux qui ont raté les premiers spectacles iront voir Aba Daba par le Cirque Electrique et Raté Rattrapé Raté par Nikolaus/Cie Pré-O-Ccupé. A la fois choix de vie et d'économie, ce village de tentes nourrit un projet décliné en quatre idées fortes par Rémy Bovis, directeur de la coopérative.

Loin du formatage des théâtres. « Le Village de cirque est une défense des chapiteaux. Il correspond au choix de certaines compagnies de créer et de tourner de cette manière, même si certaines d’entre elles ne possèdent pas leur propre toile. C’est un choix artistique, de vie, d’économie, différent du formatage du réseau des théâtres. La relation au public est différente, de même que le rapport au métier, aux structures de diffusion. Il y a un nomadisme de la tournée, mais pour les contemporains, l’équilibre économique n’est pas le même que celui des cirques traditionnels. »

Le partage de l’espace public. « La présence d’un chapiteau est importante dans l’imaginaire des villes. Les espaces dédiés au cirque ne doivent pas être isolés, mais accessibles en transports en commun. Les espaces, avec leurs commodités techniques, doivent être partagés avec les tournois de pétanque et les marchés. Il s’agit d’un véritable contre-pouvoir de la télévision : on vient chez les gens, pendant un temps ; on partage l’espace public. Les gens ne peuvent pas l’ignorer. Les urbanistes et les politiques qui suppriment ce genre d’espaces dans les villes se trompent. Un chapiteau, planté dans un quartier avec ses caravanes, ça crée quelque chose. Sous un chapiteau, le rapport à l’œuvre est différent. De Rue et De Cirque va résolument à la rencontre du public, amène des œuvres d’art partout, sauf dans les structures culturelles. Il s’agit de détourner les lieux publics pour les partager. »

La diversité des esthétiques. « Les compagnies choisissent le chapiteau pour pouvoir y adapter une scénographie particulière. Nous avons accueilli, au début du mois, La Valise avec le spectacle Les Passagers, et Le Nadir avec Omnia Palace. Nous sommes contre la normalisation des esthétiques ; nous programmons des œuvres très différentes, pour différents publics. Il est important de proposer une grande variété d’esthétiques pour ne pas formater les regards. Raté Rattrapé Raté (à l’affiche jusqu’au 2 novembre) est un vrai spectacle de cirque contemporain, avec une continuité d’écriture, un propos fort. Aba Daba, du Cirque Electrique (idem), est destiné aux jeunes enfants, à partir de deux ans. Cette compagnie a fait le choix du chapiteau, sans concession, dans un esprit rock’n roll, libertaire. Le cirque contemporain est une passerelle possible entre les générations. Ce n’est pas seulement un spectacle « pour adultes », en opposition à d’autres « pour enfants » ; c’est du spectacle pour tous. Il est intéressant de renverser la relation, que l’enfant emmène ses parents et lui explique son ressenti par rapport à ce qu’il vient de voir. »

Un lieu de convivialité. « Le Village de cirque se veut un lieu de convivialité, un lieu où passer du temps. Il a sa place, entre la permanence, la routine, et l’événementiel. S’installer un mois dans un endroit, sur un temps limité, revient à faire le pari que les gens se disent "C’est déjà fini" et soient impatients du retour du Village l’année suivante. »

Ceux qui prennent le chemin de Reuilly s'imprègneront pleinement de l’ambiance chaleureuse des chapiteau bar, restaurant, bibliothèque, salle de concert … qui trônent fièrement à l’orée du campement. Car outre les spectacles programmés, un tas d’autres activités y sont proposées : brunchs du dimanche, cartes blanches du mardi, afters musicales proposées par le Petit Bain le vendredi, ateliers… Il n’y a pas de contrôle des sacs à l’entrée des chapiteaux ; « un espace de liberté » que la coopérative De Rue et De Cirque met un point d’honneur à préserver.

Le Village de Cirque, jusqu’au 2 novembre, Pelouse de Reuilly, Paris 12e



Légendes des illustrations :
1. Raté Rattrapé Raté par Nikolaus / Cie Pré-O-Ccupé, © Martin Wagenhan
2. Aba Daba par Le Cirque Electrique, © DR
3. Les Passagers par la Cie La Valise, © Natacha Diet

Floriane Gaber



Sur Flu :
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Sur le web :
- Le site de la coopérative De Rue et de Cirque



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