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Jacques Henri Lartigue - Rétrospective

Empailleur de bonheur


Jacques Henri Lartigue - Rétrospective


Au centre Georges Pompidou, jusqu'au 22 septembre 2003.

Comment ne pas partager le sentiment de bonheur qui vous saute au cœur en observant les photos de Jacques-Henri Lartigue ? A la fois autobiographiques et fruit de ses recherches esthétiques, ces images, qui n'étaient à leur conception que des souvenirs assemblés par un amateur, vont nous transporter dans un monde qui respire la joie de vivre.

C'est l'histoire d'un petit garçon qui naît à la fin du XIXe siècle dans l'une des familles les plus riches de France. L'enfant se voit offrir pour ses 7 ans un appareil de photo. Pour s'amuser, il prendra en photo sa famille dans ses différentes activités dans les somptueux cadres de leurs propriétés. Mais le conte de fée ne durera pas et la famille ne tardera pas à perdre toute sa fortune. Le jeune homme n'en aura que faire. Lui a décidé d'être peintre. Mais l'artiste aura du mal à vendre ses toiles. Tout au plus bénéficiera-t-il d'un succès d'estime qui lui permettra d'échanger quelques tableaux contre une table chez Maxim's ou une chambre d'hôtel dans quelque palace. Ce n'est d'ailleurs pas sa peinture qui intéressera le conservateur du Museum of Modern Art de New York qu'il rencontre fortuitement au début des années 60 mais son passe-temps, son amusement : la photo. Jusqu'à sa mort, Lartigue prendra quelques 150 000 clichés qu'il ordonnera en 130 albums, le tout accompagné d'un journal qu'il tiendra quotidiennement sa vie durant. Et là, le conte de fée reprend son cours. En voyage touristique en Californie, en 1962, notre homme est contraint, à cause d'un problème de transport, de faire un détour par New York. On lui présente le conservateur du Museum of Modern Art. Celui-ci tombe sous le charme de ses tirages et organise une exposition en 1963 à New York : Lartigue devient un photographe de renom universellement connu à l'âge de 69 ans !

Que possèdent donc ces photos pour attirer autant le regard ? Tout simplement une impression d'insouciante légèreté qui flotte dans leurs pigments. Ici c'est Zissou (son frère) qui fait un dérapage avec une voiture de sa fabrication, là une cousine de l'artiste qui donne l'impression d'être en lévitation au-dessus d'un escalier. Mais c'est aussi une photographie de mode : celle du début du siècle avec ses élégantes du bois de Boulogne dans leurs longues robes, coiffées de leurs larges chapeaux. Celle des années trente avec le mannequin Renée Perle et ses pantalons larges et ses capelines. Mais la photographie de Lartigue est également une oeuvre expérimentale : expérience de l'instantané avec ces personnages volants au-dessus du sol ou ces aéronefs des débuts de l'aviation, expérience de la vitesse avec ces bolides aux roues déformées par la rapidité, expérience esthétique enfin avec ses cadrages serrés sur les mains d'une femme ou sur le visage sublime de Bibi, Renée ou Florette. A tout moment, la photo abolit l'espace et le temps et plonge directement le spectateur au cœur de l'action ou aux côtés de la belle, assise dans une Hispano Suiza. C'est la force de cet artiste de pouvoir faire partager au spectateur son souvenir très personnel et pourtant si collectif, celui qui vous procure un sentiment d'épanouissement, de joie de vivre, celui qui vous donne envie de croire encore aux contes de fées. Ce que Lartigue exprimait lui-même en se définissant comme un « empailleur de bonheur ».

Courez vous imprégner de la chaleur de ce soleil réconfortant en n'oubliant pas de passer à la galerie Bellier qui expose les rares photos de l'artiste encore en mains privées, le photographe ayant donné tous ses albums à l'Etat en 1979.

Jacques-Henri Lartigue(1894-1986)
Centre Georges Pompidou, jusqu'au 22 septembre 2003.
Piazza Beaubourg, Paris.
Et Galerie Bellier, 20, rue de l'Elysée, Paris 8e,
jusqu'au 11 juillet 2003.

[Illustration : JH Lartigue, Renée à Ciboure, 1930 © Ministère de la Culture-France/A.A.J.H.L]

Eric de Thévenard