Réduire Ben Templesmith à 30 jours de nuit serait occulter les trois quarts de sa bibliographie. Et pourtant, c’est cette bande dessinée là qui vient en premier à l’esprit quand on en compare le contenu à celui de Dead Space. Semblables sur la surperficie, ces deux univers donnent néanmoins à Templesmith et son acolyte Johnston matière à un feuilleton haletant et cauchemardesque, qui évite la facilité pour cultiver habilement le matériau de départ.


- Lire également la chronique de Dead Space Downfall, le film.

L’avantage des prequels sur les suites, c’est qu’ils ne doivent respecter qu’un univers en gestation, sans se soucier des antécédents. Leur inconvénient, c’est de préparer un futur cohérent, et de se faire le retro-prophète d’une cosmologie.

Avec une histoire en ligne droite comme celle de Dead Space, on attendait Antony Johnston au tournant, lui qui a collaboré avec Alan Moore. Son travail sur Wasteland et sa vision du post-apocalypse, du catastrophisme devaient se montrer suffisants pour écrire l’effondrement de la colonie d’Aegis 7 dans toute son horreur.

Le résultat est probant, percutant, les évènements s’enchaînent avec crudité. La chronologie est respectée et précise, les personnages sont désespéres. Sur un rythme syncopé, Johnston délie un récit où les figurants tout comme les premiers rôles se font faucher de façon absurde. Il s’est visiblement amusé à traiter ses personnages comme des souris de laboratoire séquestrées, et c’est en cela qu’il rejoint parfaitement les révélations faites au cours du jeu.

Le respect du matériau d’origine est exemplaire mais pas scolaire, grâce à l’humour noir de Johnston, mais surtout au graphisme de Templesmith. Il est ici fidèle à son style et cultivant les concepts graphiques lancés par Bill Sienkiwicz et Dave McKean au début des années 80. Le parallèle avec son 30 jours de nuit vient surtout du bestiaire, dont les dents, les membres longilignes et le grotesque rappellent ses vampires.

La manière dont il dessine le fantastique et défigure le visage humain sont en parfaite adéquation avec les nécromorphes. Le plaisir qu’il prend à les dessiner tout comme sa jubilation dans le découpage lors des carnages contraste avec l’ennui relatif que son trait exprime dans les architectures futuristes. Décors minimalistes, omniprésence de la couleur. Ce qui intéresse Templesmith ne se trouve pas dans le métal, mais dans la chair.

Les six épisodes de la bande dessinée sont la chronique d’un chaos en huis-clos, d’une gradation de violence au sein d’une société aux fissures apparentes. Les thèmes des fanatismes religieux et scientifiques sont abordés de plein fouet, pour en extraire la vanité.

Une fois réunis et lus à la suite, les six volumes forment une une intrigue dont on connaît déjà le dénouement, mais qui explore les délires psychotiques des personnages, leur paranoïa et leur peurs.
A la décrépitude des infra-structures se joint celle des esprits, et l’écriture tout le traitement graphique suivent cette spirale avec brio jusqu’à la conclusion, désabusée.

Certains verront Dead Space la bande dessinée comme un produit de routine de la part des deux artistes, mais l’alchimie fonctionne d’une façon rare, sans tomber dans la facilité.
S’il partage son goût du gore et de la déformation physique avec 30 jours de nuit, Dead Space a sa vie propre. Pour une œuvre de commande, il démontre qu’on peut respecter le cahier des charges sans tomber dans la référence laborieuse.

Ce comics Dead Space se place ainsi comme une création à part entière de Templesmith et Johnston, qui ont su s’approprier un nivers tout en l’étirant au gré de leurs fantasmes morbides. Prolongement abouti et maîtrisé, il mérite d’être lu pour ses qualités intrinsèques et son fatalisme cruel.

Dead Space
Editeur : Image Comics
Dessin : Ben Templesmith
Scénario : Antony Johnston
Publié de mars 2008 à octobre 2008

Rémi Vermont




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