Grand comme la moitié de l'Europe, le septième continent est une accumulation permanente de déchets plastiques près des côtes d'Amérique du Nord. Une catastrophe écologique dont presque tout le monde se tape.

Sous l’effet de courants marins combinés, il se forme dans le Pacifique, quelque part entre les côtes hawaïennes et celles d'Amérique du Nord un énorme vortex qui attire à lui les déchets rejetés à la mer par l’homme depuis des années. Le navigateur Charles Moore l'a découvert (par hasard) lors d’une expédition, en 1999. Halluciné par sa trouvaille, il alerte l’ALGALITA, une fondation américaine de recherche océanographique.
En novembre 2006, le navire de Greenpeace, l’Esperanza, croise sur cette partie des océans hors des routes de navigation et, constate l’ampleur des dégâts : une accumulation de tonnes de plastiques favorisée par l'absence de vent et qui forme la Grande plaque de déchet du Pacifique*, amèrement baptisé le septième continent.
Spécialiste en la matière pour Greenpeace France, François Chartier estime l'expression abusive :« Il ne faut pas s’imaginer une île de plastique où l’on déambule tranquillement ! C’est plutôt, une énorme « soupe de plastique » formée par de petites particules qui s’étendrait sur une superficie grande comme la France ! Elle stationne entre Hawaii et la Californie ».

La bonne soupe

Une soupe "dégustée" par un nombre d'espèces menacée aujourd'hui par cette alimentation inattendue : sous l'effet des vagues, les déchets sont fractionnés en microparticules qui confondues avec le plancton sans moufter par les animaux marins et les oiseaux. 267 espèces animales sont menacées par le banquet toxique. Via la chaîne alimentaire, l'homme pourrait être bientôt invité au festin.

La dislocation a un autre effet désastreux : l'absence d'images due à la difficulté de capter même par satellite ces microparticules. Du coup les informations seraient nécessaires pour mesurer l’ampleur du désastre manquent cruellement. François Chartier : «pas mal d’inexactitudes circulent sur sa superficie ! Mais, l’imagerie satellite n’est pas assez puissante ! Et, les photos prises par Greenpeace ne sont pas mieux ! En résumé, photographier ces particules de quelques millimètres ne donne pas une vision exacte du problème !». Une inexactitude qui permet aux sceptiques de douter et remettre en question ce phénomène « attesté et reconnu par la communauté scientifique ».

La communauté internationale s'en tape

A ce jour, il n’y a pas de nouvelles missions prévues pour étudier ce nouveau continent/soupe de plastique. « L’intérêt de la communauté internationale sur ce sujet avoisine le 0 ! », précise, Chartier. Il est vrai qu'outre le manque de clichés chocs, le septième continent pâtît de sa position géographique où croisent peut de navires de pêche ou de plaisance. Loin des regards, une plaque immonde, dont on estime la profondeur à plus de 30 mètres à certains endroits, est en train d'émerger. Et ce n'est que le début, d'ici 2030 elle pourrait avoir triplé de volume. Selon François Chartier, il serait vraiment possible de faire quelque chose pour améliorer la situation avec de la volonté politique et probablement quelques milliards d'euros. Mais, sans les feux de la rampe médiatique, difficile d’attirer l’attention du grand public et de nos dirigeants. Reste à espérer un miracle : après tout bientôt, nous pourrons marcher sur l'eau...

NB : l'illustration du haut n'est pas le "septième continent" mais une mer de déchets photographiée en Indonésie (via Democraticunderground)

Guillaume Roche



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