Théâtre national de Chaillot, jusqu'au 25 octobre 2008
Angelin Preljocaj voulait créer un « grand ballet contemporain et romantique ». Blanche-Neige, le célèbre conte des frères Grimm, lui en a fourni le prétexte. Sur une musique de Gustav Mahler et dans des costumes de Jean-Paul Gaultier, les 26 danseurs de la compagnie Preljocaj font revivre le mythe... au détriment de la danse ?
Narratif, kitsch, démonstratif, émouvant... Blanche-Neige a tous les attributs du grand ballet romantique à la Belle au Bois dormant. Angelin Preljocaj concède avoir eu « très envie de raconter une histoire », et n'a pas tort lorsqu'il avoue avoir pris un risque dans la création d'un « grand ballet contemporain et romantique ». Car si le spectateur est immanquablement entraîné dans cette histoire, qu'il connaît par cœur, de la jalousie d'une reine vieillissante vis-à-vis de sa belle-fille, inconsciente de sa beauté, il était osé de vouloir, en 2008, créer un ballet où s'enchaînent avec une rigueur quelque peu monotone les tableaux successifs, et où le propos est si narratif que l'on s'attend à chaque instant à entendre les danseurs parler.
Littéralité du mythe
De la tragique naissance à l'apothéose finale du bonheur de Blanche-Neige (dansée par la Japonaise Nagisa Shirai drapée dans un justaucorps-string ballant de J.P.G) et de son Prince charmant (l'Américain athlétique Sergio Diaz), du fameux questionnement spéculaire de la méchante reine (l'impressionnante Gaëlle Chappaz en cuir et latex) à la pomme croquée de force et au cercueil de verre de la gentille héroïne, Angelin Preljocaj suit pas à pas la saga des frères Grimm, dont il se plaît à souligner les sous-entendus psychanalytiques, grâce, notamment, au fameux ouvrage de Bruno Bettelheim, La Psychanalyse des contes de fées.
On craignait une évocation littérale des sept nains, Preljocaj s'en sort bien en les ramenant à leur nature chtonienne : sept danseurs espiègles sortent du mur au fond de la scène, pour effectuer en rappel une danse aérienne. Au fil des épisodes qui se succèdent sans surprise, ce sont les séquences telles que celle-ci, les moins littérales et les plus abstraites, qui délivrent le plus de beauté et d'émotion : le corps rapetissé de Blanche-Neige comateuse sur une plaque de verre minimale, la danse morbide et érotique du Prince sur le célèbre Adagietto de la Symphonie n°5 de Mahler, ou l'apparition aérienne de la Mort maternelle qui hésite à enlever le corps de la jeune fille. Agacé ça et là par la littéralité de certaines scènes, on finit par se laisser emporter par la force de l'histoire des frères Grimm et par la musique romantique de Gustav Mahler, oubliant presque que c'était de la danse qu'on était venu regarder.

Blanche-Neige, jusqu'au 25 octobre 2008 au Théâtre national de Chaillot, Paris
Chorégraphie : Angelin Preljocaj
Musique : Gustav Mahler (musique additionnelle : 79 D)
Costumes : Jean-Paul Gaultier
Décors : Thierry Leproust
Lumières : Patrick Riou
Légende des illustrations :
1 - Blanche Neige, Ballet Preljocaj - Céline Galli, Lorena O'Neill © JC Carbonne (détail)
2 - Blanche Neige, Ballet Preljocaj - Gaëlle Chappaz © JC Carbonne
Sur le Web :
- le site du Théâtre national de Chaillot
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