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Année 1994

Gears à outrance

Gears of War 2

Action/Shooter - Xbox 360 - Sortie en France le 7 novembre 2008

Epic Games poursuit la trilogie amorcée par Gears of War en prolongeant son premier épisode d’un frère presque jumeau. En surface, Gears of War II ressemble de très près à son aîné, voire trop pour ceux qui attendaient des bouleversements dans la franchise. En profondeur toutefois, il révèle une maturité technique dont les remous se ressentent jusque dans la narration. A défaut s’améliorer visuellement, Gears of War II s’est consolidé.

Marcus Fenix avait été sorti de prison dans Gears of War pour retourner tronçonner des Locusts, et dans la foulée accorder un répit à la colonie Sera. La Lightmass Bomb que l’unité Delta avait déposé au centre de la base Locuste semblait avoir ralenti l’invasion souterraine.
En apparence seulement, car les troupes locustes se sont regroupées et réorganisées aussi vite que la bombe les avait dispersées. Marcus, Dom et le reste de l’unité Delta savent qu’ils vont devoir retourner dans les profondeur du Hollow pour régler ce problème une fois pour toutes, en se débarrassant de la Reine Locust. Ils sont le dernier recours d’une Sera en ruines et de Jacinto, dernier bastion de la civilisation humaine.

Le pitch de Gears of War II, bien que léger, couvre autant d’évènements que le scénario tout entier du premier épisode. GoW II ne se contente plus de laisser deviner un univers et des enjeux au-delà des actes de l’unité delta, il les insère progressivement à la trame dans une gradation épique.

Le souffle qui anime GoW II est différent du premier, et il met l’action à un niveau supérieur. L’échelle du conflit a changé pour donner au joueur le rôle de héros et non plus celui d’übermensch : Des ennemis qui auparavant servaient de boss se font ici charcuter à la dizaine, la victoire de David contre Goliath entre dans la colonne Faits Divers.

On peut dire que les choses sérieuses commencent avec GoW II, et ce sur plusieurs plans. Le niveau graphique ayant été établi dès le prédécesseur, Epic Games a pu développer le reste de sa licence en satisfaisant les amateurs de campagne solo et de multijoueur.

La campagne solo, jouable en coopératif sans transition, si elle n’apparaît pas plus longue que la précédente, est autrement plus fournie et diversifiée. Les combats de boss en fin de chapitre ont été éliminés, remplacés par des retournements de situations.
Les niveaux se retrouvent ainsi découpés en chapitres qui possèdent chacun leurs moments forts, assurant un rythme continu à l’action. L’attention se relâche rarement pour contempler les décors, qui surprennent encore par la richesse des textures et leur cohérence graphique.

Les phases s’enchaînent à travers de courtes cinématiques, et l’on peut faire toute l’aventure d’une traite sans rencontrer un seul temps de chargement, excepté lors des Game Over. GoW II est optimisé dans ses moindres détails, ce qui se remarque plus particulièrement par un framerate à de très rares exceptions fluide et constant.

Epic Games, créateur de l’Unreal Engine 3, sait modeler son moteur à la perfection pour en tirer le maximum. Il se paye même le luxe d’ajouter un comportement physique à l’eau, dont la surface se déforme sous les balles et objets qui la troublent.
La grisaille pseudo-réaliste est compensée par la somme d’attentions techniques et détails graphiques qui émaillent les niveaux.

Aussi bien en game-design qu’en level-design, GoW II joue l’efficacité en cultivant son système de tir à couvert. Devenant presque un gimmick dans le premier opus, il reprend une raison d’être grâce à la scénarisation des embuscades et des assauts. Ce n’est plus un argument de vente, mais une mécanique intégrante du jeu, qu’on finit par oublier au profit de l’action.

L’action et donc la narration. Gears of War II boucle et ouvre plusieurs arcs narratifs au cours de la campagne, avec un nouveau registre à son catalogue : le pathétique. Critiqué auparavant pour son style buddy-movie surcouillu, le jeu s’essaye à la nuance, en explorant la détresse et le doute. Il pousse même jusqu’à l’auto-parodie dans un mémorable moment où Cole Train part en délire ordurier sur le canal de communication principal des locusts.

Plus intense et plus complète, la campagne solo n’oublie pas les fans qui attendaient depuis deux que les moyens de locomotion se diversifient. GoW II a choisi d’intégrer plusieurs phases de tir sur rail, où le point de vue change, par le biais de véhicules du COG, ou de montures Locustes. Ces passages viennent ponctuellement relancer l’implication du joueur en lui donnant des moyens à la hauteur de ses objectifs de mission.

Plus longue, plus rythmée, plus variée, le solo arrive à faire oublier la balade de santé du précédent jeu, en dépit d’une IA toujours un peu grossière. Le mode coopératif a d’ailleurs été intégré avec la même efficacité, voire plus, car le binôme peut choisir son niveau de difficulté.

Gears of War II n’est pourtant pas un poème. L’arsenal s’est étoffé de plusieurs armes lourdes, et les grenades peuvent maintenant adhérer aux parois pour devenir des mines. La manière dont on achève les adversaires varie aussi avec l’option bouclier humain, principalement parce que les locustes peuvent dorénavant faire comme vous et se faire régénérer par un camarade avant de mourir.

De son côté, le multijoueur a bénéficié de deux ans d’observation sur les serveurs de Gears of War pour renforcer ses atouts et gommer les faiblesses. C’est un multi fluide et nerveux qui voit l’ajout de deux modes : Exécution et Fugitif. L’un n’éliminera que les joueurs qui ont été achevés au corps à corps, pendant que l’autre vous obligera à ramener un otage dans votre camp.

S’ajoute à cela l’intéressant mode Horde. Jouable seul ou en multi jusqu’à 5, il vous oppose à 50 vagues d’ennemis d’intensité croissante, dirigées par l’IA. Un prolongement du mode solo à mi-chemin du multi en ligne, pour ceux qui préfèrent s’amuser entre eux que contre d’autres joueurs.

Les deux ans de réflexion d’Epic Games auront ainsi engendré un jeu qui n’aura pas crevé le plafond technique, mais trouvé comment se renouveler sur le fond. Sur la forme, Gears of War II souffre d’un sentiment 1.5, d’une suite qui ne renverse pas les valeurs de productions déjà vues sur l’épisode antérieur.

Malgré tout, les nombreuses évolutions qu’on connu la narration et le gameplay prouvent que l’équipe ne s’est pas reposée sur ses acquis. La solidité du mode solo et la quasi-excellence du multijoueur font de Gears of War II le blockbuster d’action qu’on espérait.

Dans les sagas et séries, la deuxième saison est souvent celle de la déchéance. Pas pour Gears of War, où elle est sans l’ombre d’un doute la saison de maturité.

Gears of War II
Développeur : Epic Games
Editeur : Microsoft Games
Sortie en France : 7 novembre 2008


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Rémi Vermont - 19 décembre 2008

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