La tendance est à l’UGC, l’user generated content. Ce phénomène sur lequel Sony a communiqué pendant des mois avec LittleBigPlanet se retrouve également dans ce Banjo & Kazooie. Cet épisode en rupture avec la forme habituelle de la série s’orne d’outils communautaires et d’un éditeur de véhicules au potentiel énormes. Humble mais néanmoins iconoclaste, Nuts & Bolts se révèle comme un contre-exemple réussi de LittleBigPlanet.

Gruntilda la sorcière est revenue d’entre les morts pour se venger de Banjo. Ce qui en l’état manque de panache, la sorcière n’étant plus qu’un crâne, pedant que l’ours traine en soufflant son quintal de gras. Le Seigneur des Jeux vidéo, une entité vidéoludique à l’origine de chaque jeu, apparaît alors pour recadrer leur rivalité. Il les transporte ainsi à Duelville, une bourgade aux portes magiques qui deviendra le théâtre de leur nouvel affrontement.
Banjo lyposucé est prêt à affronter mecha-Gruntilda selon les nouvelles règles. Pas de quartier, juste des écrous, et une clé à molette magique capable d’assembler des véhicules aptes à relever les défis de Duelville.

La trame débute donc par la désacralisation de ses personnages, tout en brisant le 4e mur. D’une histoire classique à bailler, Nuts & Bolts fait un prétexte avoué qu’il ne compte pas se faire pardonner. Les répliques claquent, l’humour cingle. Si l’esthétique est cartoonesque, les dialogues sont grinçants à souhait.
Nuts & Bolts pose en dix minutes les repères qui satisferont les fans tout délaissant le genre d’origine de la série. Car si l’on saute et court dans N&B, ce n’est qu’accessoire. Le jeu se concentre en effet sur la création de véhicules pour passer les épreuves des différents mondes.

Le processus des quêtes se ramifie depuis Duelville, vers des mondes divisés en portes dans lesquels se trouvent des personnages qui vous donneront des tâches à accomplir. Les objectifs se déclinent sur le thème de la course, du transport et du combat motorisé. Assez semblables sur le fond, la manière dont on peut les boucler dépend des handicaps et des véhicules autorisés.
Nuts & Bolts n’est pas difficile en soi, mais la justesse du chrono et l’impartialité du moteur physique demandent souvent plus de système D que de talent de joueur.

Cette dynamique entraîne des passages à l’atelier, afin de répondre aux conditions imposées. Les quêtes alors accomplies donnent des pièces de puzzle, qui ouvrent d’autres passages dans Duelville. Le principe de collection concerne aussi bien les trophées, les notes de musiques qui servent de monnaie, que les caisses de pièces détachées.

Cette frénésie du tout-collectible dément la première réfléxion du Seigneur des jeux vidéo lorsqu’il met Banjo face à Gruntilda. "Ca n’intéresse plus personne de collecter des objets, maintenant les gens veulent des explosions, des tirs qui fusent". Et pourtant, on passe son temps à glaner les objets, avec gourmandise.

Nuts & Bolts nous a fait retourner notre veste par la limpidité de ses mécaniques de jeu. Il réveille nos habitudes de ramasseur d’étoiles et d’anneaux dorés, tout en posant le style plateforme comme un mécanisme périphérique. La conduite des véhicules devient elle-même accessoire face au temps que l’on passe dans l’atelier de construction.

Monter ses machines revient à emboiter des LEGO sur un quadrillage magnétique. Le placement et la rotation des pièces, tout comme la gestion de la caméra sont exemplaires, on se retrouve facilement dans les constructions complexes.
Tout est évident, la logique de conception s’arrête à l’impératif moteur-carburant-siège pour propulser son engin. Pas besoin d’être rigoureux, tant que ces trois éléments sont soudés à la structure.

La grande flexibilité de l’éditeur se double de dynamiques communautaires, à travers lesquelles on envoie ou reçoit des plans. Le processus est quasiment infini, entre le perfectionnement de ses véhicules favoris et l’étude des montages existants.

En ornement de la construction, les replays et photos contribuent au narcissisme mécanique de chacun, pour prolonger les échanges ou sauvegarder une réussite imprévue avec un engin improbable.
A cela s'ajoute un mode multijoueur réseau très complet, dans lequel on pourra tester son dernier bricolage dans des conditions paramétrables.

Nuts & Bolts tient la route sur tous ses aspects, parvenant à mélanger free-roaming à la GTA, générateur de contenu utilisateur, jeu de plateforme, puzzle et cohérence graphique. Le joyeux fourre-tout qu’il semble être au premier abord s’avère être un game-design modulaire finement élaboré, qui possède une raison d’être au-delà du simple argument créatif-communautaire.

Avant tout, et derrière son soutien inconditionnel pour Microsoft, le jeu reste irrévérencieux dans ses moindres références. De la croisière s'amuse aux fragdolls, il égratigne tout et même les bides commerciaux de son propre studio, Rare Software. L'humour est mordant et se fait l'écho d'un jeu qui ne nous prend jamais pour des idiots.

Le reproche que l’on peut faire à Nuts & Bolts serait d’expérimenter à tout va avec succès, et ainsi de ne pas exceller dans un domaine défini. Apparemment informe, il déstabilisera les joueurs qui recherchent un produit balisé au genre segmenté.

Nuts & Bolts ne fera pas l’unamité, et il se vendra mal. Il représente néanmoins ce qu’on espère de mieux pour l’avenir du jeu vidéo, tant il a su conjuguer au futur ce que LittleBigPlanet écrivit à l’imparfait.

Banjo & Kazooie : Nuts & Bolts
Développeur : Rare Software
Editeur : Microsoft Games
Sortie en France : 14 novembre 2008

Rémi Vermont




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