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FPS/Jeu de Rôle – PS3 – Xbox 360 – PC – Sortie en France le 30 octobre 2008
Les hurlements de rage et d’impatience des fans se font entendre depuis les premiers détails révélés sur Fallout 3. La série, qui a acquis ses lettres de noblesses dans la satire et le nihilisme guoguenard, était devenue intouchable pour beaucoup. Les puristes rejetèrent en bloc la prise en main de la saga par Bethesda, pour l’orienter vers un RPG de forme libre à la Elder Scrolls. Fallout a toujours été partisan de la liberté, d’agir ou de penser. Est-il resté le même après son passage par un studio aux intentions plus conventionnelles ?
Jusqu’au jour où la musique s’emballe. Votre père disparaît sans vous prévenir et s’échappe de l’abri 101, l’exposant aux agressions extérieures d’un monde ravagé par une guerre nucléaire. L’Overseer vous pense complice, il vous faut alors fuir, quitter votre cocon de métal pour affronter l’inconnu.
Les rochers arides jouxtent les maisons en ruines, les radiations sont presque palpables dans l’air. Voilà votre nouvel horizon. Quelque part dans cet enfer aride où de rares poches de civilisation subsistent, se cache votre père. Vous partez donc à sa recherche, espérant le retrouver avant que la fatalité ne vous retrouve.
En rupture d’une introduction en douceur qui vous fait créer votre personnage par phases, le jeu vous extirpe de la Vault 101 pour vous jeter en pâture à des étendues hostiles. Les pilleurs et escrocs de tous genres cohabitent avec le peu de gens de bonne volonté que l’holocauste nucléaire a épargné.
Au-dessus de tous ceux-là dans la chaîne alimentaire, les goules et les mutants, produits des radiations environnantes, se disputent la suprématie du territoire avec les autres aberrations déformées qui composent la nouvelle faune nord-américaine.
La configuration de départ est à la fois dépaysante et étrangement familière, parce qu’elle ressemble à s’y méprendre à celle d’Oblivion.
Cette impression qu’on a dès le début ne nous quittera pas jusqu’au générique de fin, tant la patte et le savoir-faire de Bethesda marquent ce Fallout, pour le meilleur comme le pire.
Le meilleur reprend les acquis des anciens jeux Bethesda pour les ciseler. Le leveling du personnage n’est plus inféodé à ses statistiques et talents de départ mais à un simple compteur de points d’expérience. La réduction des facteurs et des capacités à augmenter permet de se concentrer sur l’évolution les talents uniquement, en les agrémentant de Perks.
Ces talents très spéciaux s’apparentent à des pouvoirs permanents qui modifient nos choix de dialogues ou nos spécialisations de combat. Un par niveau, pas plus, sur chacun des 20 niveaux possibles, un plafond qui se justifie par d’autres choix de game-design.
D’autres éléments d’Oblivion font partie de Fallout 3 : Le fast-travel, la sieste improvisée, l’attente. La filiation est on ne peut plus directe.
Bethesda Softworks n’a pas seulement réchauffé ses vieilles recettes, il a aussi tenté d’adapter le système des Action Points au FPS. En résulta le VATS, qui mélange Bullet Time et tir stratégique dont la probabilité varie selon son niveau et ses talents. En tant que FPS pur, Fallout 3 est assez laborieux, puisqu’il fonctionne comme Oblivion, le handicap des armes à feu en plus.
Cette solution s’avère efficace sur le long terme, bien qu’affectant lourdement le rythme du jeu avec ses ralentis intempestifs dès qu’on l’enclenche. Fallout 3 nécessite une certaine connaissance des bugs rencontrés sur la série des Elder Scrolls pour contourner cette nouvelle salve : Les personnages au path-finding médiocre qui se figent sans raison, et des IA radiantes aux réactions chaotiques, les scripts qui plantent ou tournent en boucle et les ennemis passe-muraille.
Quelques exemples parmi tant d’autres qui frustreront profondément les profanes, et feront soupirer les habitués. Le véritable reproche qu’on fera à Fallout 3, c’est d’être foncièrement premier degré. L’humour noir féroce qui caractérisait les épisodes antérieurs est presque absent de cette dernière itération, et ne transparait que rarement, lors de dialogues avec certains robots. Ce profond changement dans l’ambiance de la série rapproche Fallout 3 d’Oblivion d’un point de vue narratif. Ce qui n’est pas une bonne chose. L'aventure manque d'investissement affectif et l’ineptitude de Bethesda à dramatiser les scènes scriptées réduit les morts tragiques à des ragdolls qui s’affaissent au bout de deux lignes de dialogues foireuses. Le traitement des de la narration nous détache progressivement des enjeux qui devraient nous concerner. On ne s’implique pas ou plus, pour atteindre le même détachement que lors du sacrifice de Martin Septim dans Oblivion. L’ensemble du jeu se contente ainsi d’être vaguement fidèle à l’univers de Fallout, en transposant la 3D isométrique des prédécesseurs dans un moteur dopé au Havok. Le rendu est convaincant, sans pour autant parvenir à enrichir cette succession de quêtes dont la finalité nous échappe. Leur nombre n’est même pas à la hauteur d’Oblivion, puisque qu’on culmine à 30 missions, dont le tiers provient de la trame principale. Et quand elle se termine, le jeu prend fin. Le peu de quêtes et la courte durée de vie justifie alors la limite des 20 niveaux. C’est pour nous encourager à refaire une partie avec un héros frais, pour expérimenter de nouvelles choses. "La guerre ne change jamais" déclame Ron Perlman en introduction. Fallout 3
Pour le pire, on notera la multitudes de bugs qui caractérise les productions Bethesda, presque en accord avec la somme de bugs traditionnelle qui plombait les Fallout d’Interplay.
On attend en vain un souffle épique, qui ne gonfle jamais nos voiles. La parfum d’interdit qui chatouillait nos narines dans Fallout I & II ne se fait plus sentir. Les relations sexuelles en vue de faire chanter un personnage, l’exécution sommaire d’enfants ne sont plus d’actualité. Fallout 3 est asexué, peuplé de gnomes en kevlar. Asexué ou plutôt castré.
Mais a-t-on seulement envie de retourner jouer dans une sandbox vidée de son sable ?
Fallout, lui, a changé.
Développeur : Bethesda Softworks
Editeur : UbiSoft
Sortie en France : 30 octobre 2008