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Du 30 septembre au 6 octobre 2009
Alors que les vingt ans de la chute du mur de Berlin s’apprêtent à faire la une des médias, le Festival du cinéma allemand à Paris célèbre l'événement sous forme documentaire. L’Allemagne d’il y a 20 ans rencontre celle d’aujourd’hui devant la caméra de réalisateurs contemporains qui continuent souvent de s'interroger sur leur identité.
Bons baisers de RDA
Le voyage commence dans le passé, avec la catégorie « Le mur en doc ». Nous sommes à l’époque où il y avait encore deux Allemagnes. Premier arrêt temporel le 9 novembre 1989. Le mur de Berlin tombe, c’est le premier événement mondialement retransmis à la télévision. Beaucoup de cinéastes confirmés, mais aussi amateurs s’emparent de leur caméra de famille et filment des milliers d’heures de bobines.
Thomas Heise fait partie de ces curieux qui se baladaient alors avec une caméra à la main. Il se replonge aujourd’hui dans ses centaines d’heures de rush et assemble ses souvenirs d’il y a deux décennies. Dans Material (Grand prix du Festival international du documentaire de Marseille), son documentaire presque sans commentaire ni musique, les images parlent d’elles-mêmes quand son histoire personnelle se lie à celle de la nation. A travers des pièces de théâtre ou des meetings politiques des mois et des années qui ont suivi la chute, on observe la réunification difficile et l’évolution bien chaotique d’un pays déconstruit.
Le voyage se poursuit par une épopée musicale à travers Berlin. Il faut descendre l’allée Lenine jusqu’à la rue Ho Chi Min. Nous sommes le 18 décembre 1989, c’est l’anniversaire de Staline, et tout le monde s’en moque. Les frontières sont à moitié ouvertes depuis un mois et le groupe alternatif et expérimental Einstürzenden Neubauten va jouer pour la première fois à Berlin-Est. Uli M. Schueppel dans Hors des chemins revient sur cette journée. En 2008 il retrace le parcours tumultueux avec les membres du groupe et interviewe des spectateurs de l’époque. Ces images sont montées avec des images d’archives. « Je veux un coca-cola » dit ironiquement l’un des membres du groupe après le passage de la frontière. Chacun ajoute sa petite note au tableau : « il faisait froid », « le train était toujours bondé par les ouvriers rentrant du travail », « l’atmosphère était oppressante », et d’anecdote en anecdote c’est la vie quotidienne et politique en RDA à la fin des années 1980 qui est évoquée sous tous ces aspects. De Berlin-Ouest à Berlin-Est, de 1989 à 2009, le réalisateur porte un regard a posteriori sur la chute du mur, un mois après puis vingt ans après.
Ces deux documentaires ont une facilité déconcertante à passer de l’anecdote personnelle à l’Histoire commune et surtout à jongler entre des images d’archives et des commentaires du présent sans faire sentir le décalage temporel. Ils ne restent pas figés dans le passé. Partir sur les traces d’un mur désormais inexistant, c’est aussi et surtout comprendre le présent. Deux angles d’approche originaux pour aborder la question de l'avant-après 1989.
L’Allemagne sur le vif
Retour vers le présent. Dans Allemagne 09, une série de treize court-métrages réalisée par des cinéastes contemporains (Fatih Akin, Dani Levy, Dominik Graf...), il est fait état de la situation actuelle de la nation allemande. Place de la femme, malnutrition, racisme, surveillance et enregistrement des données, de nombreux sujets universels sont traités, et prennent un tour particulier quand ils sont éclairés sous l’angle allemand. Il faut dire que les réalisateurs ne sont pas tendres envers leur terre d’origine. D’une fiction à l’autre, les protagonistes brûlent des exemplaires du Frankfurter Allgemeine Zeitung, se font traquer grâce à des systèmes de surveillance évolués, ou encore se font prescrire par leur psychologue de la « paragermanine », médicament qui permet de voir la vie allemande en rose. Le constat est souvent pessimiste mais jamais alarmiste. Avec leurs regards particuliers, leurs passés, leurs origines et leurs confessions différents, les réalisateurs d'Allemagne 09 dressent un simple état des lieux, tantôt fictionnel tantôt documentaire et proposent un éclairage intelligent sur leur pays.
Deux-trois curiosités
Après ce voyage aux quatre coins de l’Allemagne d’hier et aujourd’hui, les insomniaques pourront prolonger l’expérience pendant la nuit du cinéma allemand et s’embarquer avec Ulrike Ottinger pour une longue excursion poétique au Passage Sud-Est (le film dure 6 heures...) qui nous entraîne à Istanbul, Odessa et en Europe de l’Est. Cette projection précède une rétrospective consacrée à la cinéaste prévue en avril 2010 au Centre Pompidou.
Autres curiosités à ne pas manquer, surtout pour les nostalgiques des blousons en cuir et des crêtes : le film Dorfpunks, portrait drôle et touchant de la jeunesse allemande des années 80, ainsi que les films de la série Next Generation 2009 qui présente une quinzaine de nouveaux réalisateurs tout juste sortis d’école.
De documentaire en fiction, les films de 2009 offrent un bon aperçu de l’Allemagne : examinée, décortiquée, mise en lumière, étudiée sous toutes ses coutures, vingt ans après la chute du mur.
Festival du cinéma allemand à Paris
Du 30 septembre au 6 octobre 2009 au cinéma l'Arlequin
76 rue de Rennes - 75006 Paris
Le site du festival

Illus1 : Hors des chemins, de Uli M. Schueppel
Illus2 : Allemagne 09 (film collectif)
Illus3 : Dorfpunks, de Lars Jessen
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