Yann-Joël Collin met en scène la troupe de la Comédie de Valence dans « Dom Juan ». Opération coup de jeune : dans cette version, jeu sur la représentation, vision burlesque et adaptation ludique du texte de Molière sont privilégiés, au détriment du côté obscur du personnage.

Hasard du calendrier : Tartuffe est à l’Odéon, Dom Juan au TGP. Deux faces de l’imposture. Alors que Stéphane Braunschweig tisse, avec Tartuffe, une œuvre d’une extrême noirceur –on y revient très vite-, Yann-Joël Collin, metteur en scène tout aussi talentueux et de la même génération, choisit plutôt d’en rire. Presque exclusivement.
Le fondateur de la compagnie « La nuit surprise par le jour » travaille cette fois avec la troupe de la Comédie de Valence et la combinaison fonctionne plutôt bien. Dans cette pièce créée à l’été 2007 et présentée aujourd’hui à Saint-Denis avant une tournée au long cours, tous les ingrédients de la comédie sont réunis. Démarrage en trombe, avec des acteurs qui font leur entrée directement depuis les gradins.

Tréteaux et bouts de ficelle
Sur le plateau, le traditionnel rideau de velours rouge qui s’ouvre et se ferme, des tréteaux de bois. Ici, on fait avec deux bouts de ficelle –en apparence- et l’énergie des comédiens. Vincent Garanger est un très bon Sganarelle à moustache, Olivier Werner un Dom Juan joli cœur à souhait, on est moins convaincus par la partie féminine de la distribution.
La salle est allumée, Elvire surgit du public pour demander réparation à son offenseur, Dom Juan liste ses conquêtes dans la salle, et tout ce petit monde joue à se courir après entre gradins, scènes, coulisses, loges. Il s’offre même une petite virée dans les rues de Saint-Denis. Le tout, filmé par une caméra qui retransmet sur un écran de toile les folles embardées de la troupe. Ça ne manque pas de souffle, c’est plutôt efficace –même si un peu longuet par moments.

« Après Tartuffe et la querelle que l'on sait, il fallait à Molière une pièce qui prône la liberté - et d'abord celle du théâtre : de la parole, de la discussion publique », écrit le metteur en scène dans sa note d’intention. Libre de ses actes et paroles, Dom Juan. Libéré des conventions établies de la représentation, Yann-Joël Collin. C’est autour du public que Collin construit sa représentation. Un public qui, en grande part constitué de scolaires, se marre. Opération coup de jeune réussi. Mais fallait-il éluder, pour autant, les questionnements profonds du personnage, son aspect cynique. Il apparaît, un peu à l’acte IV, où Dom Juan joue les orateurs tel un homme politique en meeting puis se dissout dans le retour de la farce menée tambour battant. Reste le dîner et la scène finale où Dom Juan, confronté à tous ses détracteurs se retrouve peu à peu plongé dans l’obscurité, dans un espace qui se rétrécit au fur et à mesure que les éléments de décor sont démontés à vue. C’est sobre et beau.

« Dom Juan ou le festin de pierre » mis en scène par Yann-Joël Collin jusqu’au 11 octobre, Théâtre Gérard-Philippe de Saint Denis. Puis en tournée 14-17 octobre au Quartz de Brest, 17-25 octobre à la Comédie de Reimsn 13-14 novembre aux Salins de Martigues 04 42 49 02 00. 18-20 novembre Le Bel Image de Valence.

Nedjma Van Egmond



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