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Jusqu'au 02 février 2009
Dans le Top 10 des artistes dont les expositions sont systématiquement des blockbusters, Picasso est sans doute l'un des mieux classés. Comme si cela ne suffisait pas, trois musées nationaux (Picasso, Louvre, Orsay) ont réuni autour de celui-ci un aréopage de « grands maîtres » avec lesquels le peintre andalou a plastiquement conversé tout au long de sa longue carrière.
« Il n'y a pas de passé ni d'avenir en art »
De la formation très académique de Picasso, dont le père était lui-même professeur à l'Ecole des Beaux-Arts de Málaga, proviendrait son désir de subversion et son implacable énergie à renouveler les dogmes esthétiques. Lecture proche de la psychanalyse, que l'on pourrait appliquer à nombre d'artistes modernes, mais peut-être un peu simpliste. Car Picasso n'a jamais été, comme ses contemporains futuristes italiens ou constructivistes russes, un homme de manifestes, de tabula rasa et autre coup de pied dans la fourmilière. L'artiste vouait une passion sans bornes aux grands maîtres de la peinture, de Vélasquez à Manet, et si la reprise obstinée des grands chefs-d'œuvre de l'histoire de la peinture occupe tant les dernières années de sa vie, c'est que Picasso avait compris que, peut-être, la fin de l'art tant annoncée était proche, et qu'il lui fallait retourner à l'essentiel, pour finalement « comprendre » la peinture. Selon l'artiste, « il n'y a pas de passé ni d'avenir en art. Si une œuvre d'art ne peut vivre toujours dans le présent, il est inutile de s'y attarder ».
La liste des artistes présents au Grand Palais est impressionnante et internationale. Face aux toiles de Picasso, se bousculent sur les cimaises celles des Espagnols le Greco,
Vélasquez, Goya, Zurbarán, Ribera, des Français Poussin, Le Nain, Chardin, David,
Ingres, Delacroix, Manet, Courbet, Toulouse-Lautrec, Degas, Puvis de Chavannes, Cézanne, Renoir,
Gauguin, le Douanier Rousseau, de l'Italien Titien, de l'Allemand Cranach, ou des Hollandais Rembrandt et Van Gogh.
Le parti pris par les commissaires de l'exposition (Anne Baldassari, directrice du musée Picasso, et Marie-Laure Bernadac, chargée de l'art contemporain au Louvre — à qui l'on doit notamment les récentes expos Jan Fabre et Louise Bourgeois), a été de regrouper par thèmes les toiles présentées : nature morte, nu, portrait, etc., au risque, peut-être, de rendre la leçon rébarbative.
La peinture de la peinture
La manifestation du Grand Palais joue la carte de l'éblouissement du spectateur, soumis au contact simultané des œuvres de Picasso et de ses maîtres. Pour le Louvre et Orsay, l'enjeu est différent, puisque de part et d'autre de la Seine, chaque musée invite à un focus sur la pratique de la série par Picasso : rive droite, d'après Femmes d'Alger de Delacroix, rive gauche d'après Le Déjeuner sur l'herbe de Manet. Y est démontré de manière plus précise le « cannibalisme » de l'artiste, qui souligne dans chaque série l'érotisme sous-jacent aux toiles des deux peintres : l'ambiance lascive et la torpeur du harem chez Delacroix, le thème de la « partie carrée » dans un décor bucolique chez Manet.
Là se joue le système Picasso, qu'Anne Baldassari qualifie de « peinture de la peinture » : un perpétuel dialogue entre l'artiste et ses prédecesseurs, qui échappe au processus traditionnel de la copie grâce à une forte dose d'ironie. Système périlleux qui est aussi l'apanage du génie.

Expo Picasso et les maîtres, du 9 octobre 2008 au 2 février 2009 , Galeries nationales du Grand Palais, Paris. (www.rmn.fr) Picasso/Delacroix : Femmes d’Alger , du 9 octobre 2008 au 2 février 2009 , Musée du Louvre, Paris. (www.louvre.fr) Picasso/Manet : Le Déjeuner sur l’herbe, du 9 octobre 2008 au 2 février 2009, Musée d'Orsay, Paris. (www.musee-orsay.fr)
Illustrations :
1. Picasso "at homme" 1971. Crédits Guler /Sipa (droits réservés)
2. Pablo Picasso, Yo, Picasso, Paris, 1901. Collection particulière © Succession Picasso, 2008
3. Diego Velázquez, L'Infante Marie Marguerite, vers 1653. Musée du Louvre, Paris
4. Pablo Picasso, Nu couché jouant avec un chat, Mougins, 10, 11 mai 1964. Fondation Beyeler, Bâle © Succession Picasso, 2008
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