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Jusqu'au au 5 janvier 2009
"Artiste séculier" et "poète de la ville", comme il se définit lui-même, Jacques Villeglé est l'une des figures les plus singulières du XXème siècle. Membre fondateur du Nouveau Réalisme, il a imposé son art de collecter les affiches lacérées pour en extraire un discours théorique, politique le plus souvent. L'exposition monographique qui lui est consacrée au Centre Pompidou donne l'occasion de (re)découvrir l'œuvre de cet artiste urbain et engagé.
Composé de neuf stations, le parcours thématique proposé à Beaubourg permet d'explorer les différentes facettes de Jacques Villeglé : des affiches lacérées décollées, où s’imposent lettres, images ou couleurs, à Un mythe dans la ville, ce film entamé en 1974 et terminé en 2002, sous l’égide du Centre Pompidou, en passant par "l'alphabet socio-politique" développé à la fin des années 60. « Villeglé lui-même range ses créations selon certaines thématiques. Mon travail a consisté à les mettre en valeur », confie Sophie Duplaix, commissaire de l'exposition. L’artiste, lui, acquiesce totalement à ses choix : « Pendant une année je l’ai écoutée, et je ne l’ai jamais entendu dire de bêtise. ». Une confiance et une complicité qui on permis la mise en place de cette présentation limpide où l'accrochage, aéré, laisse la part belle aux grands formats, principalement arrachés aux murs de la capitale.Ceci n’est pas un ready-made
« Pour choisir les pans d’affiches qu’il arrache, Villeglé opère un cadrage de photographe », poursuit Sophie Duplaix. « D’ailleurs, on se rappelle qu’il a commencé ce travail avec Raymond Hains, lui-même photographe ». Et de poursuivre en vantant l’œil du maître, tant il est vrai que, si l’on trouve des affiches superposées un peu partout, seul un regard aguerri peut piocher dans un amas de formes et d’informations de quoi faire un tableau. D’où la distinction d’avec les ready-made de Duchamp.
Le statut de l’auteur reste pourtant ambigu. Car Villeglé s’en remet aussi au « lacérateur anonyme » qui prépare, en quelque sorte, le terrain avant qu’il passe et découpe les parties qui lui paraissent les plus intéressantes. « Je n’ajoute jamais rien », confie-t-il, « Parfois, je retire, pour les rendre moins lisibles, certains noms – d’hommes politiques, par exemple. Au contraire, dans les dernières affiches, on voit distinctement les noms de groupes (NTM, L’Orchestre National de Barbès, NDRL). Les artistes techno, rap sont parfois finis à 45, 50 ans. Conserver leur nom, c’est conserver la poésie d’une époque. »
De l’affiche à la lettre
Clairement fasciné par l’usage de la typographie chez les cubistes, Jacques Villeglé s’attache, dès 1949, aux brouillages de lettres provoqués par les couches successives de papier, dont les lambeaux révèlent des « calembours rétiniens ». En 1978, l'artiste affirme au sujet de son travail : « Cette écriture emblématique des bas-fonds inscrit nos préoccupations socio-économiques dans les pages blanches de l’histoire ».
Mais les affiches lacérées ne suffisent pas à ce témoin actif. Dès la fin des années 60, il repère sur les murs des inscriptions usant de symboles, comme le A cerclé anarchiste, le S du dollar, et plus récemment le E de l'euro. Il compose, à partir de là, tout un « alphabet socio-politique » dont il se sert pour transcrire des pensées ou des citations d’auteurs, comme celles d’Apollinaire, Rimbaud et autres, qu’il fait fleurir sur des ardoises d’écoliers. L’idée lui est venue de l’utilisation de signes disparates pour composer le mot Nixon sur les murs parisiens, lors du passage de ce dernier à Paris, en pleine guerre du Vietnam : les trois flèches des socialistes allemands des années 30 pour figurer le N, la croix de Lorraine (I), la croix gammée (X), la croix celtique dans un cercle (O) et à nouveaux les trois flèches (N).
Le témoin
L'inspiration de Villeglé est politique à coup sûr : son engagement se retrouve dans certains pans d’affiches où les figures et les slogans sont franchement reconnaissables, même si on doit en deviner certains éléments. Politique aussi, au sens de « préoccupé par la cité », le film Un Mythe dans la ville, conçu en 1974 dans le cadre de la collection la « Caméra pinceau ». Sur un texte composé et lu par le poète sonore Bernard Heisieck, mêlant discours d’hommes politiques à l’Assemblée et reportages de mai 68, le film met en scène L’Hourloupe, figure emblématique de l’œuvre de Dubuffet. Le petit bonhomme tricolore traverse ainsi les séquences, assistant à l’évolution du chantier des Halles et à la construction du Centre Pompidou. Images filmées et affiches donnent un reflet foisonnant des années 70, et constituent sans doute l’un des témoignages les plus pertinents laissés sur cette époque.
L’exposition sera accompagnée, dans les semaines qui viennent, d’une projection, de conférences, et d’un concert de Pierre Henry et David Coll, intitulé un « Un monde lacéré » et inspiré de la production de Villeglé. D’autre part, on ne pourra s’empêcher de trouver des échos entre cette exposition monographique et la proposition concomitante du Centre Pompidou, consacrée au futurisme.

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