Alors que son Triptyque du pouvoir, bien accueilli à Avignon est présenté au Théâtre de la Ville du 19 septembre au 10 octobre, rencontre avec Guy Cassiers, metteur en scène citoyen et expérimentateur.

Mefisto for ever, Wolfskers, Atropa : trois volets d’une œuvre construite en résonance, autour d’un thème central : le pouvoir. Un écho revendiqué à la situation anversoise, où la droite extrême et nationaliste réunit un tiers des électeurs, ainsi qu'à la situation mondiale. Rencontre avec un metteur en scène qui se sent des responsabilités de citoyen.

Un marathon

Le Triptyque du pouvoir a récemment été présenté à Anvers, ville où Guy Cassiers co-dirige la Toneelhuis. « Une véritable expérience, avoue-t-il, pour les acteurs comme pour les spectateurs ». Ces derniers, provoquant le dialogue avec l’équipe artistique à l’issue des représentations, ont éprouvé le besoin de partager une sensation physique de marathon après avoir vu les trois spectacles, proposés, pour la première fois, en série (mais quand même pas dans la même soirée !). À cette impression, s’ajoute la perception accrue des similarités entre les trois propositions, une sensibilité à l’écriture scénique qui creuse un sillon pour mieux se développer. « Comme une autre ligne dans le continu », illustre Cassiers.

Cette expérience inédite, l’équipe d’acteurs l’a également ressentie. Certains artistes, en effet, jouent dans deux, voire dans les trois spectacles, et leurs rôles finissent par dialoguer entre eux. S’ensuit une modification de leur jeu, car chaque personnage se nourrit de l’autre. Cassiers ne l’explicite pas, mais ces échos ont été pensés dès la conception dramaturgique de la trilogie, et la présentation en continu permet à cette cohérence de voir le jour et de prendre de la force. « L’élément "répertoire" se développe par la reprise des spectacles, mais aussi permet de repenser les spectacles, car les uns et les autres s’influencent ».

R&D

S’il est un cheval de bataille actuel, c’est la notion de Recherche et Développement. Si les industriels l’ont théorisée et intégrée depuis des lustres, le domaine culturel s’en empare tout juste, en tout cas pour la terminologie. Le processus des répétitions, avec essais, abandons, reprises, improvisations, recherches, etc, sont autant d’éléments que les chercheurs connaissent bien, dans leur domaine.

Guy Cassiers, lui, a parfaitement assimilé l’idée que la créativité des chercheurs peut être stimulée par la collaboration avec une équipe artistique, au service d’un projet. Aussi a-t-il lancé un chantier avec l’université de Hasselt, chargée de développer l’outil multimedia, si présent dans ses spectacles. « Nous avons des rêves, ils cherchent, en essayant de les transposer. Parfois, c’est possible, d’autres fois pas. La technique doit devenir un crayon que tous peuvent utiliser facilement pour faire des peintures. Le dialogue avec l’ensemble de l’équipe, y compris les techniciens, est très important, dès la phase de conception. » En l’occurrence, Guy Cassiers est en train de préparer sa prochaine trilogie, basée sur L’Homme sans qualité de Musil, et dont la première partie devrait voir le jour début 2010.

Du particulier au général

Cassiers ne s’en cache pas : la situation anversoise, où le Vlaams Belang obtient 31% aux élections municipales, l’inquiète, de même l’état du monde en général. Il l’affirme : « C’est notre responsabilité, en tant qu’artiste et que citoyen, de dialoguer avec le public, pour penser le futur, créer des ouvertures. Le divertissement n’est pas de notre ressort. Nous devons aider le public à y voir clair dans la situation, même si ceux qui viennent nous voir sont en général déjà convaincus du contenu développé. »

Depuis que Cassiers s’est installé à Anvers, il y a deux ans, le succès est clairement au rendez-vous, mais ne le met pas à l’abri des coupes budgétaires qui affectent le milieu culturel de manière générale en Europe. « Couper l’argent de la culture, c’est couper le futur de la civilisation. C’est pourquoi la reconnaissance à l’étranger est si importante pour nous. » Autrement dit, nul n’est prophète en son pays. Aujourd’hui à Paris, dans quinze jours à New York, où une autre de ses pièces est présentée au BAM, Guy Cassiers se donne les moyens, en tout cas, de dialoguer avec le monde. Pour l’heure, le public hexagonal doit se préparer à un « marathon » dont il ne sortira pas indemne, parole de spectateur.


Triptyque du pouvoir de Guy Cassiers au Théâtre de la ville
Mesfisto for ever, d’après Klaus Mann, du 19 au 27 septembre
Wolfskers, du 30 septembre au 4 octobre
Atropa, La Vengeance de la paix, du 6 au 10 octobre

Floriane Gaber



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